Kylian Mbappé sauve la France dans un match tendu contre le Paraguay
Sous la fournaise de Philadelphie, Kylian Mbappé a encore endossé le costume du sauveur. Pas celui du styliste, du dribbleur en smoking. Celui du capitaine qui serre les dents, accepte la poussière et gagne un match qui sent plus la sueur que le parfum.
Un penalty à la 70e minute, son septième but du tournoi, a suffi pour faire tomber un Paraguay accroché et pour le hisser au niveau de Lionel Messi dans la course au Soulier d’or. Une frappe sèche, pleine de sang-froid, dans un stade étouffé par une chaleur à 40 degrés.
Une après-midi sous alerte canicule, un match sous tension
L’affiche s’est jouée sous alerte chaleur extrême, mais le thermomètre le plus parlant n’était pas celui de la météo. C’était celui des nerfs. Très vite, Paraguay a dévoilé son plan : casser le rythme, multiplier les fautes, parler, provoquer. Tout pour sortir la France de son football.
Les duels se sont enchaînés, parfois à la limite, souvent au-delà. Mbappé a passé l’après-midi à encaisser les coups autant qu’à les rendre dans le jeu, dans un bras de fer constant avec Matias Galarza. Contacts rugueux, regards noirs, mots glissés à l’oreille. Le match a pris l’allure d’un combat plus que d’un quart de finale de tournoi.
La tension n’est pas retombée avec le coup de sifflet final. Au centre du terrain, les joueurs se sont encore accrochés, et Orlando Gill a fini par perdre ses nerfs. Le gardien paraguayen a lancé un ballon dans le dos de Mbappé pendant les échanges d’après-match. Geste d’humeur, geste de frustration. Il l’a reconnu ensuite : il avait tenté de lui serrer la main, n’a pas obtenu de réponse, et a explosé. Symbole d’une équipe sud-américaine qui a quitté la pelouse avec le sentiment d’avoir tout donné, sans être récompensée.
« On sait jouer moche »
Face à ce contexte électrique, Mbappé n’a pas cherché à enjoliver l’histoire. Il a assumé le registre choisi par les Bleus.
« On savait quel genre de match on allait avoir, a-t-il expliqué. On peut aussi se salir les mains, on sait le faire. On sait jouer un football moche. Ils pensaient peut-être qu’on allait arriver en smoking, mais on était prêts. »
Phrase cinglante, message clair : la France version 2024 n’est pas qu’une équipe de gestes techniques et de grands soirs glamour. C’est aussi un groupe capable de gagner un match qui déraille, de se fondre dans un scénario hostile, sans perdre le fil.
Entré en fin de rencontre, Rayan Cherki a repris le même refrain. Le jeune milieu, réputé pour son toucher de balle, a mis en avant une autre facette de cette sélection.
« On savait qu’aujourd’hui, on montrerait moins nos qualités techniques et tactiques, a-t-il reconnu. On a rappelé à tout le monde que l’équipe de France, ce n’est pas que du football. Si tu pars en guerre contre nous, voilà la réponse que tu peux attendre. »
Les mots sont forts, assumés. Ils collent parfaitement à ce que la France a montré : moins de spectacle, plus de caractère.
Deschamps, la victoire du pragmatisme
Sur le banc, Didier Deschamps a vu son équipe changer de visage par rapport aux matches précédents. Treize buts inscrits sur les quatre rencontres avant celle-ci, du jeu, des occasions à la pelle. Cette fois, il a fallu autre chose. Tenir, accepter les coups, garder la tête froide.
Le sélectionneur n’a pas masqué la difficulté de l’exercice : « Ce n’était pas facile. Si on avait converti une de nos occasions en fin de match, la fin aurait été beaucoup plus tranquille. »
Il a aussi pointé du doigt les méthodes adverses, sans détour : Paraguay, selon lui, a utilisé « toutes les ficelles possibles ». Jeu haché, temps gagnés, provocations. « Ce n’est pas forcément le genre de football que les gens aiment regarder, mais on est restés concentrés, et ce n’est pas simple à faire », a-t-il souligné.
Dans ce décor, William Saliba a trouvé les mots les plus simples, peut-être les plus justes : « On a livré une bataille. On a gagné la bataille. » Rien de plus. Rien de moins.
Une France favorite… et prévenue
Cette victoire ne figurera pas dans les compilations de beaux buts. Elle comptera ailleurs : dans la construction d’un statut. Celui d’un favori qui sait gagner autrement, qui ne panique pas quand le match s’enlise, qui accepte de descendre au même niveau d’intensité que l’adversaire, sans perdre son identité.
Mbappé, à hauteur de Messi au classement des buteurs, porte toujours cette équipe dans les moments décisifs. Mais autour de lui, le message collectif a changé de tonalité. Les Bleus ne veulent plus être vus comme une équipe de luxe, fragile dès que le décor se durcit.
À l’heure où le tournoi entre dans sa phase couperet, cette version-là de la France – moins brillante, plus brutale, mais terriblement efficace – pose une question simple à ses prochains adversaires : sont-ils prêts, eux aussi, à aller à la guerre pour la faire tomber ?




