Kepa Arrizabalaga : Trois finales, trois échecs en EFL Cup
Kepa, trois finales, trois cicatrices : anatomie d’un drôle de destin en EFL Cup
Il y a des joueurs qui bâtissent leur légende dans les finales. Kepa Arrizabalaga, lui, y a construit une filmographie de cauchemars. Trois finales d’EFL Cup, trois défaites, trois soirs qui collent à sa carrière comme une étiquette impossible à décoller.
Dernier épisode en date : 2026, Arsenal – Manchester City. Un choix fort, presque politique, de Mikel Arteta, qui décide de titulariser Kepa à la place de David Raya. Confiance affichée, pari assumé. Résultat : une nouvelle nuit à oublier pour l’Espagnol, et une question qui revient, lancinante : laquelle de ces trois finales restera comme sa plus grande catastrophe ?
3) 2019 avec Chelsea : la rébellion en mondovision
Wembley, 2019. Sur le papier, ce n’est pas sa pire prestation. Sur l’écran, c’est une autre histoire.
Face à Manchester City, Kepa tient bon pendant 120 minutes. Pas un but encaissé dans le jeu. Pour un gardien qui découvre le football anglais après un transfert record depuis l’Athletic Bilbao, c’est même plutôt solide. Mais personne ne se souvient de ses arrêts. Tout le monde se souvient de sa rébellion.
En fin de prolongation, Maurizio Sarri veut le remplacer. Le technicien italien pense que son gardien souffre de crampes, prépare le changement, s’emporte sur la touche. Kepa, lui, refuse. Geste des mains, tête qui dit non, bras qui balayent l’air. Il défie son entraîneur devant des millions de téléspectateurs. La scène devient instantanément iconique, pour toutes les mauvaises raisons.
Chelsea finit par perdre aux tirs au but, 4-3. Kepa arrête tout de même la tentative de Leroy Sané, mais City s’impose. Le résultat se dilue derrière l’image : un gardien qui ne sort pas, un coach qui explose de rage, un club exposé au ridicule.
Sportivement, il n’a pas été catastrophique. Symboliquement, c’est un séisme. Dans une saison où l’on se demande déjà s’il vaut vraiment son statut de gardien le plus cher du monde, cet épisode amplifie tous les doutes. Et les photos de lui défiant Sarri ont largement plus marqué la mémoire collective que sa clean sheet sur 120 minutes.
2) 2026 avec Arsenal : le pari d’Arteta qui tourne au rappel à l’ordre
Nouvelle équipe, même compétition, même adversaire. Cette fois, Kepa porte le maillot d’un Arsenal en tête de Premier League, présenté comme un candidat au quadruplé, mais toujours à la recherche d’un premier trophée pour valider son statut.
Arteta décide de le lancer dans ce final face à Manchester City, à la place de David Raya. Un choix fort, presque un message : Kepa reste un gardien de grands rendez-vous. La suite va brutalement contredire cette intention.
La première grosse polémique arrive loin de sa surface. Sorti de sa zone, Kepa se jette sur Jeremy Doku, le ceinture, le déséquilibre. Carton jaune seulement. L’angle de l’action le sauve de l’expulsion pour annihilation d’une occasion manifeste de but. Il reste sur le terrain, mais le doute s’installe.
Le tournant, pourtant, vient d’un ballon aérien. Centre de Rayan Cherki. Kepa sort, hésite, se troue. Il ne fait que toucher le ballon, qui retombe dans les pieds de Nico O’Reilly. Frappe à bout portant, but. City mène, City contrôle. On sait ce que cela signifie : quand cette équipe prend l’avantage dans une finale, elle ne le rend presque jamais.
Arsenal s’incline, et si la défaite ne repose pas uniquement sur lui, le premier but pèse lourd dans le récit. Kepa n’est pas le seul responsable, mais il donne à City le point d’appui parfait pour imposer sa mentalité de serial winner. Pour un gardien censé offrir de la sécurité dans un match de ce calibre, l’erreur fait mal. Très mal.
1) 2022 avec Chelsea : le spécialiste qui se brûle les mains
Revenons à Wembley, 2022. Même compétition, autre scénario. Cette fois, Kepa ne débute pas. Il entre. Thomas Tuchel le lance pour un rôle très précis : être le spécialiste des tirs au but face à Liverpool.
La mission est claire, presque chirurgicale : faire gagner Chelsea dans la séance. Ce sont ces moments-là qui forgent la réputation des gardiens. Un arrêt, parfois deux, et la soirée bascule dans la gloire. Pour Kepa, elle va tourner à la farce cruelle.
Liverpool frappe onze fois. Onze tirs au but, onze buts. Kepa ne touche rien. Puis vient son tour. Il doit tirer, parce que tous les autres ont déjà marqué. Le gardien devenu tireur s’élance… et envoie le ballon au-dessus de la barre. Fin de l’histoire. Chelsea s’incline, et le joueur entré pour faire la différence devient le symbole de l’échec.
C’est sans doute là que se situe le sommet de sa hiérarchie personnelle du désastre. Non pas parce qu’un gardien doit absolument arrêter un penalty – la loterie fait partie du jeu – mais parce que tout était construit autour de lui. Tuchel l’a fait entrer uniquement pour cette séance. Il n’a rien arrêté. Puis il a manqué le tir décisif.
À ce moment-là, Kepa a déjà perdu sa place de numéro un, Edouard Mendy ayant pris le relais. Cette finale devait être l’occasion idéale de regagner un peu de crédit, de rappeler qu’il pouvait encore peser dans les grandes soirées. Elle tourne à l’opposé. Sa prestation ne lui offre aucun argument pour reprendre le poste.
Paradoxalement, il réussira à récupérer du temps de jeu la saison suivante. Mais cette nuit-là restera comme l’incarnation de ce que peut être un « super-sub » quand tout se retourne contre lui : un pari maximal, un échec total.
Trois finales, trois scénarios différents, un même constat : chaque fois que l’EFL Cup lui tend la main, Kepa finit par la lâcher. À 31 ans, son CV raconte une autre histoire que celle qu’on imaginait au moment de son arrivée record en Angleterre. La question n’est plus de savoir s’il mérite encore une grande scène. Elle est beaucoup plus simple : un club osera-t-il encore lui confier une finale à gagner ?




