Kayode brille sous la pluie et relance l'Italie à Bursa
À Bursa, au cœur d’un Ataturk Spor Kompleksi Matli Stadyumu bouillant et détrempé, un visage a soudainement pris la lumière. Kayode, 22 ans, premier match en sélection, et déjà un tournant dans la soirée de l’Italie.
Le latéral, solide référence en Premier League avec Brentford, a découvert la Nazionale comme on entre dans une finale : sans temps d’adaptation, sans calcul. Deux actions, et la Turquie était déjà à genoux.
Sur la première, son tir est repoussé, mais Davide Frattesi a suivi et conclut le rebond. Quelques minutes plus tard, Kayode ne laisse cette fois personne terminer à sa place : il trouve lui-même le chemin des filets et double la mise. L’Italie mène, l’Italie contrôle, l’Italie frappe. Une première période clinique, presque cruelle pour les locaux.
Le reste du récital porte d’autres signatures. Alessandro Bastoni ajoute un but, puis Francesco Pio Esposito parachève la démonstration. Baris Alper Yilmaz sauve l’honneur des Turcs, mais le score, lui, ne trompe personne : la soirée appartient aux Azzurri, et à ce nouveau venu qui n’avait « pas imaginé un tel début », comme il l’a confié, encore ému, au micro de RAI Sport. « Je ne m’attendais pas à ce que mon premier match se passe comme ça, donc je suis vraiment heureux », souffle-t-il.
D’une chute en Belgique à une réaction d’orgueil
Quelques jours plus tôt, l’Italie s’était inclinée 2-0 contre la Belgique. Une prestation terne, inquiétante, qui avait relancé les critiques sur la constance de cette équipe en Nations League. À Bursa, le visage est méconnaissable.
Dans une atmosphère hostile, bruyante, presque étouffante, la sélection de Roberto Mancini joue avec une détermination nouvelle. Les duels sont gagnés, le ballon circule vite, les intentions sont claires. On ne retrouve plus la formation hésitante qui avait sombré face aux Belges, mais un groupe décidé à remettre les pendules à l’heure.
Kayode insiste sur ce basculement mental. Dans le vestiaire, le message est simple : faire taire les doutes, prouver que la défaite en Belgique n’était qu’un accident, pas un symptôme. Sur le terrain, la réponse est nette, sans nuance.
« On a joué en première période avec une simplicité et une détermination fantastiques. On voulait vraiment se prouver des choses, dans un match difficile, dans une atmosphère incroyable, donc gagner ici, c’est fantastique », explique le défenseur.
Les touches surpuissantes, arme cachée sous la pluie
À Brentford, son arme secrète est connue : ces touches longues, catapultées comme de véritables centres, qui transforment chaque remise en jeu en mini-coup de pied arrêté. Kayode a tenté d’apporter cette menace à la Nazionale.
Le décor, pourtant, n’a rien de simple. Pluie battante, pelouse grasse, ballon glissant. On le voit régulièrement attraper une serviette au bord du terrain pour sécher la balle, grappiller quelques centimètres de prise, chercher la trajectoire parfaite. Chaque touche devient une alerte pour la défense turque, obligée de rester en alerte dès que le ballon franchit la ligne.
Ce n’est pas un hasard : l’Italie a travaillé ces séquences à l’entraînement. Mais la météo dicte sa loi. « On avait essayé plusieurs choses à l’entraînement, mais ce n’était pas facile aujourd’hui avec ces conditions », reconnaît Kayode, lucide sur les limites du soir. Malgré tout, cette dimension supplémentaire dans le dernier tiers met la Turquie sous pression constante.
Un message envoyé avant la France
Ce 4-1 ne vaut pas seulement trois points et un beau souvenir de plus dans la carrière naissante d’un international. Il remet l’Italie dans le bon tempo de sa phase de groupes, après une période de flottement et de déception.
Le vestiaire sort de Bursa regonflé, sûr de sa force retrouvée, conscient aussi que le plus dur arrive. Au bout de la route, déjà en ligne de mire : la France. Un choc, un révélateur.
Kayode, lui, ne se projette pas timidement. Il parle de « lancer la charge », de poser un jalon pour la suite de la campagne. La manière, ce soir, compte autant que le résultat. « On voulait prouver quelque chose et lancer la charge. Maintenant, on va affronter la France », conclut-il.
La Turquie a servi de déclic. Reste à savoir si cette Italie-là saura maintenir ce niveau lorsque le costume se fera plus lourd, face à l’un des géants du continent.




