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Juventus vise Alisson : Liverpool à un tournant historique

Juventus a choisi sa cible. Et ce n’est pas un pari d’avenir, mais un monument : Alisson. Selon Sky Sports News, le club turinois a décidé de consacrer une part importante de ses moyens et de son temps à tenter d’arracher le gardien brésilien à Liverpool avant la saison prochaine.

Le timing n’a rien d’anodin. À 33 ans, Alisson s’apprête à entrer en juillet dans la dernière année de son contrat à Anfield, après que Liverpool a activé une option de prolongation en mars. Une ultime saison sous contrat, un palmarès XXL, un corps qui commence à envoyer quelques signaux d’alerte : tous les ingrédients d’un dossier explosif sur le marché estival.

Un pilier fragilisé par les blessures

Depuis près de huit ans, Alisson est la référence absolue dans le but de Liverpool. Le dernier rempart, le sauveur des soirées brûlantes, celui sans lequel les trophées n’auraient sans doute pas été les mêmes. Mais le gardien brésilien n’est plus indestructible.

Il a manqué les cinq derniers matches en raison d’une blessure aux ischio-jambiers. Plus tôt dans la saison, il avait déjà dû laisser sa place, ratant cinq rencontres de Premier League et six de Champions League. C’est Giorgi Mamardashvili qui a assuré l’intérim.

Pour un club qui a bâti son succès récent sur une base défensive très stable, voir son numéro 1 enchaîner les indisponibilités change tout. Et cela ouvre forcément des brèches dans les réflexions internes.

Liverpool, d’ailleurs, ne regarde pas ce feuilleton en spectateur. Le club est décrit comme pleinement conscient de la situation et mène déjà un travail de fond sur d’éventuels remplaçants au poste de gardien, au cas où Alisson déciderait de partir – ou serait poussé vers la sortie au bon prix.

Arne Slot face à une reconstruction massive

Arne Slot, nouvel homme fort sur le banc, n’a jamais caché que l’été serait celui des ajustements profonds. Les latéraux, la charnière centrale, le milieu défensif, la ligne d’attaque : tout est passé au crible.

Et ce ne sont pas que des paroles. Mohamed Salah et Andy Robertson ont déjà annoncé qu’ils quitteraient le club à la fin de leur contrat. Ibrahima Konaté, lui, se rapproche lui aussi de la fin de son engagement, sans prolongation encore actée.

Si Alisson venait à s’ajouter à cette liste, c’est une colonne vertébrale entière qui s’effriterait. Trois figures majeures de l’une des périodes les plus fastes de l’histoire récente de Liverpool prêtes à franchir la porte dans le même été : cela ne ressemble plus à un simple renouvellement, mais à une refondation.

Alisson, légende… mais au bon moment pour tourner la page ?

Sur le plan de l’héritage, le débat est clos. Comme le souligne l’analyse de Sam Blitz pour Sky Sports, Alisson restera comme l’un des plus grands gardiens de l’histoire de la Premier League.

Il a combiné deux qualités rarement réunies à ce niveau : un sens du duel exceptionnel en un contre un et une maîtrise du jeu au pied parfaitement adaptée au football moderne. Sans lui, les deux titres de Premier League et la Champions League remportés depuis son arrivée auraient sans doute été bien plus difficiles à atteindre.

Mais les chiffres racontent aujourd’hui une autre histoire. Les données avancées montrent qu’Alisson concède désormais plus qu’il ne sauve. Les indicateurs d’Expected Goals contre révèlent qu’il a encaissé 2,54 xG de plus qu’il n’aurait dû – son plus mauvais total depuis le début de la décennie. Son pourcentage d’arrêts en Premier League est, lui, passé pour la première fois sous la barre des 70 %. Un seuil symbolique, mais révélateur.

Le gardien n’est pas devenu soudainement moyen. Il reste de très haut niveau. Cependant, pour un club qui anticipe, ces courbes qui s’infléchissent, ajoutées aux blessures répétées, posent une question brutale : vaut-il mieux vendre maintenant, tant qu’il a encore une valeur énorme, ou s’accrocher à un leader qui entre dans la dernière ligne droite de son prime ?

Le pari Juventus, le dilemme Liverpool

Pour Juventus, la logique est limpide : recruter un gardien de ce calibre, même à 33 ans, c’est sécuriser un poste clé pour plusieurs saisons et envoyer un message fort en Europe. Le club italien a compris qu’il fallait frapper vite et fort, et semble prêt à le faire.

Pour Liverpool, tout est affaire de dosage. Laisser partir Salah, Robertson et, potentiellement, Alisson dans le même été, c’est accepter de perdre d’un coup une masse d’expérience, de leadership et de mémoire collective. C’est aussi offrir à Arne Slot une page presque blanche, avec tous les risques que cela comporte dans un championnat où la marge d’erreur est minuscule.

Mais refuser une grosse offre pour un gardien dont les chiffres déclinent et dont le contrat arrive à son terme, c’est prendre un autre risque : celui de le voir partir plus tard, pour moins, ou de devoir gérer une transition dans l’urgence.

La question n’est donc plus de savoir si Alisson est une légende de Liverpool. Il l’est déjà. La vraie question, désormais, est simple et tranchante : le club aura-t-il le courage de fermer un chapitre glorieux un été plus tôt… pour espérer en ouvrir un autre à temps ?