Joshua Kimmich évoque les émotions de la Ligue des champions
Joshua Kimmich a mis un temps à répondre. On venait de lui demander si cette soirée de Ligue des champions n’était pas la plus chargée en émotions depuis son arrivée au FC Bayern en 2015. Il a fouillé dans sa mémoire, a laissé filer quelques secondes. Un seul souvenir a surgi immédiatement : ce huitième de finale retour contre la Juventus en 2016, ce renversement de 0–2 à 4–2 après prolongation.
« J’ai aussi connu beaucoup de soirées émotionnelles qui ont tourné dans l’autre sens, a-t-il rappelé. C’est pour ça que je suis vraiment content qu’on y soit arrivé. »
Le milieu de 31 ans avait de quoi savourer. Éliminer le Real Madrid avec deux victoires, ce n’est jamais anodin. Mais Kimmich n’est pas du genre à se laisser griser par le tableau d’affichage. Seul joueur munichois à vraiment prendre la parole, il a surtout choisi de gratter le vernis.
« Globalement, ce n’était pas un match de grande qualité, a-t-il tranché. Si on regarde la performance, ce n’était pas l’un de nos meilleurs matches. On a encore une grosse marge de progression. »
Un Bayern qualifié, mais loin de son sommet
Sur la pelouse, le contraste avec l’aller sautait aux yeux. Le Bayern s’est montré plus brouillon, moins dominateur, moins tranchant. Les quatre joueurs offensifs ont passé de longs passages du match sous cloche. Le mérite en revient aussi aux ajustements d’Alvaro Arbeloa sur le banc madrilène.
Sur le côté gauche, Ferland Mendy, préféré à la surprise générale à Alvaro Carreras, a nettement mieux contenu Michael Olise que son concurrent au match aller. De quoi rendre encore plus étonnant le choix de l’UEFA, qui a désigné Olise homme du match malgré son influence plus limitée.
Les chiffres racontent la même bascule. À Madrid, le résultat comme l’expected goals avaient penché en faveur des Bavarois (2,9–2,2). Cette fois, la balance statistique s’est inversée : 2,3–2,1 pour le Real. Le Bayern a inscrit deux buts de plus que ce que la qualité de ses occasions laissait attendre, mais en a aussi concédé un de trop. Et le capitaine Manuel Neuer n’en sort pas indemne.
Héros il y a une semaine, le gardien a cette fois plombé les siens sur l’ouverture du score avec une erreur coûteuse, avant de participer, lui aussi, à la naissance du deuxième but madrilène. Le 2–3 final naît d’ailleurs d’une chaîne de fautes, dans laquelle l’excellent Dayot Upamecano, impeccable par ailleurs, se retrouve également embarqué.
« C’est très bien de se qualifier avec deux victoires contre le Real et de sentir malgré tout qu’on peut encore s’améliorer », a souligné Kimmich, dans un registre qui a rappelé, l’espace d’un instant, un autre visage bien connu à Munich : Matthias Sammer.
Le fantôme de Sammer et les leçons du passé
L’ancien directeur sportif du Bayern, aujourd’hui conseiller du BVB, s’est bâti une réputation sur cette capacité à envoyer des critiques frontales quand tout le monde autour de lui sabre le champagne. Quatre ans à l’Allianz Arena, une Ligue des champions, trois demi-finales, et un départ en 2016, juste après la période à laquelle Kimmich faisait référence.
À l’époque, le Bayern sort la Juventus au terme d’un scénario fou, puis se fracasse en demi-finale contre l’Atlético de Madrid, dans une double confrontation tout aussi dramatique. L’histoire pourrait réserver un clin d’œil cruel : la finale de cette année, à Budapest, pourrait remettre ces deux clubs face à face. Mais avant d’y penser, il y a un obstacle immense à franchir : le Paris Saint-Germain.
Kimmich ne tourne pas autour du pot. Pour lui, le PSG est « l’équipe en meilleure forme » en Europe. Le président du directoire Jan-Christian Dreesen, lui, continue de placer les Parisiens dans le rôle du favori, malgré la victoire bavaroise 2–1 au Parc des Princes en phase de groupes, en novembre dernier.
Ce soir-là, le Bayern avait livré une première période étincelante, avant de devoir reculer et souffrir après l’expulsion de Díaz. À dix contre onze, les Allemands avaient fini par verrouiller le score, cramponnés à leur avantage dans un match devenu bataille défensive.
PSG en ligne de mire, Juve dans un coin de la tête
Curieusement, dans cet exercice de mémoire, Kimmich est aussi revenu sur cette fameuse confrontation contre la Juventus, il y a dix ans, qui l’a marqué durablement. Mais pas pour la folle remontée du match retour. Pour autre chose.
Quand on lui demande si la première mi-temps contre le PSG, cette saison, n’est pas la plus aboutie de son ère au FC Bayern, il répond sans hésiter : « Oui. » Un seul rival possible dans son esprit : les 45 premières minutes du huitième de finale aller contre la Juve en 2016.
Tout est là, finalement. Face au PSG, le Bayern devra réunir ces deux visages : la domination étouffante de ce premier acte contre la Juventus et la dureté mentale affichée au retour. Jouer comme une équipe qui sait imposer sa loi, mais réagir comme une équipe qui refuse de mourir.
Kimmich l’a dit sans fard : ce Bayern peut, et doit, faire mieux. La qualification contre le Real offre une rampe de lancement idéale. Reste à savoir si, cette fois, Munich écrira la suite de l’histoire à sa manière, ou si Budapest viendra rallonger la liste de ces « soirées émotionnelles qui ont tourné dans l’autre sens ».



