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Jokic et les Nuggets brillent, les Spurs atteignent 60 victoires

Dans une conférence Ouest où chaque possession pèse lourd, Nikola Jokic a encore pris la saison par la gorge. Menés de 16 points à huit minutes de la fin, les Nuggets ont retourné Portland en prolongation. À l’Est, les Knicks ont survécu à un miracle avorté au buzzer, Cleveland et Orlando restent collés au peloton, tandis que San Antonio signe une 60e victoire qui en dit long sur la trajectoire de la franchise.

Et ce n’était que le début d’une soirée où les chiffres ont parfois semblé sortir d’un jeu vidéo.

Jokic, encore et toujours le dénouement

Nuggets 137, Blazers 132 (après prolongation).

Score brut, scénario fou.

Denver est à -16 (115-99) dans le dernier quart. La marge où, d’ordinaire, les équipes lâchent prise et pensent au match suivant. Jokic, lui, pense à autre chose. Le pivot serbe empile 35 points, 14 rebonds, 13 passes, 5 interceptions et déclenche un 26-10 pour arracher une prolongation que Portland ne verra jamais vraiment.

La séquence décisive ressemble à une leçon de contrôle du temps. Jokic trouve d’abord Aaron Gordon pour un trois points qui donne l’avantage. Jamal Murray enchaîne ensuite 7 points de suite, tue le rythme des Blazers, puis Jokic pose le dernier clou : un layup à 1’26 de la fin de l’OT qui finit de faire basculer la rencontre.

Le pivot ne se contente plus de gonfler des colonnes de stats. Il signe des verdicts. Il a désormais 33 triple-doubles cette saison, meilleur total de la ligue, avec six rien que sur la série actuelle de neuf victoires. Ce run l’a porté, lui et son équipe, de la 6e à la 3e place de l’Ouest. Dans le money-time contre Portland, il marque ou crée 17 des 24 derniers points des Nuggets dans le quatrième quart, puis domine encore la prolongation avec Murray, les deux hommes dépassant à eux seuls tout Portland au scoring sur cette période.

Autour de lui, les pièces répondent. Murray termine à 20 points et 7 passes. Gordon frôle le triple-double (23 points, 9 rebonds, 5 passes) et plante à la fois le tir pour égaliser puis celui pour passer devant dans la dernière minute du temps réglementaire. Denver signe sa plus grosse remontée du quatrième quart de la saison et double les Lakers pour récupérer cette 3e place qu’elle n’avait plus occupée depuis le 22 février.

San Antonio, de 60 défaites à 60 victoires

Spurs 115, 76ers 102.

En 2023-24, Victor Wembanyama découvrait la ligue au cœur d’une équipe qui perdait 60 matchs. Deux ans plus tard, les Spurs viennent de remporter leur 60e rencontre de la saison. Même franchise, tout autre altitude.

Wembanyama n’a joué qu’une mi-temps, mais quelle mi-temps : 17 points, 5 rebonds, 3 contres avant de sortir, touché aux côtes (contusion). Le genre de pépin qui aurait pu faire basculer le match face à un Joel Embiid massif (34 points, 12 rebonds, 4 contres). San Antonio a choisi une autre option : le relais collectif.

Stephon Castle signe un triple-double lumineux (19 points, 10 rebonds, 13 passes). Onze Spurs marquent, six finissent à plus de dix points. C’est toute la philosophie de ce groupe qui s’affiche : oui, Wembanyama est la tête d’affiche (25,6 points, 11,9 rebonds, 3,6 contres sur la période de feu), mais la machine tourne sur plusieurs moteurs. Depuis le 1er février, San Antonio affiche un 28-3 stratosphérique, 2e défense, meilleure attaque et meilleur Net Rating de la ligue sur la période.

La victoire face à Philadelphie porte le bilan à 60-19, première saison à 60 succès depuis 2016-17, septième depuis 2000-01, plus que n’importe quelle autre franchise sur cette ère. Les Spurs ne sont plus un projet : ils sont à 2,5 matchs d’OKC pour la première place de l’Ouest. Et ce, alors que leur franchise player vient de quitter un match sur blessure en cours de route sans que la structure ne vacille.

Brunson résiste au miracle, New York garde la main

Knicks 108, Hawks 105.

À l’Est, la dramaturgie a pris une autre forme. Le score est serré, mais il ne dit pas les coups de boutoir échangés : huit égalités, onze changements de leader, un duel incandescent entre Jalen Brunson et Nickeil Alexander-Walker.

Brunson finit avec 30 points et 13 passes. Le chiffre clé, pourtant, se trouve dans le quatrième quart : 17 points dans la période, dont 12 d’affilée pour reprendre la main sur Atlanta. À 30 secondes de la fin, il rentre le jumper qui donne l’avantage. Une seconde avant le buzzer, il convertit encore pour placer New York à +3.

On croit alors le match plié. CJ McCollum traverse le parquet et lâche un tir du milieu de terrain qui finit au fond avec la planche. Salle en apnée, prolongation en vue. Le ralenti tranche : ses doigts sont encore sur le ballon au moment où le chrono passe à zéro. Le tir est refusé, le Garden respire, les Knicks s’en sortent.

Alexander-Walker avait pourtant tout fait pour renverser la table : 36 points, 7 tirs primés, un duel en miroir avec Brunson, tir pour tir. Mais New York a trouvé du soutien dans son cœur de rotation : Karl-Anthony Towns signe 21 points, 12 rebonds, 6 passes, OG Anunoby ajoute 22 points. Atlanta encaisse seulement sa troisième défaite sur ses 21 derniers matchs.

Les Knicks enchaînent une troisième victoire consécutive et conservent une longueur d’avance sur Cleveland pour la 3e place de la conférence.

Cleveland et Orlando restent au contact

Cavaliers 142, Grizzlies 126.

Derrière New York, Cleveland refuse de lâcher la cadence. Memphis a pourtant égalé un record NBA en plantant 29 tirs à trois points. Vingt-neuf. Une pluie qui aurait dû suffire à faire tomber presque n’importe qui. Les Cavs, eux, ont répondu par la profondeur : neuf joueurs à plus de dix points, Evan Mobley en chef de file (24 points, 6 rebonds), Dennis Schröder en métronome (22 points, 11 passes). Troisième victoire de rang pour Cleveland, qui continue de coller au sillage new-yorkais.

Orlando, de son côté, tient sa ligne dans un Est saturé.

Magic 123, Pistons 107.

Paolo Banchero signe 31 points, Desmond Bane en ajoute 25, et Jalen Suggs remplit toutes les cases : 12 points, 12 passes, 6 rebonds, 3 interceptions. Les Pistons, leaders de l’Est, s’appuient sur un Jalen Duren solide (18 points, 9 rebonds), mais plient face à un Magic qui ne lâche rien dans la course au Play-In et aux derniers tickets directs.

Le chaos de l’Est prend forme dans les colonnes de classement : Orlando (9e), Charlotte (8e) et Philadelphie (7e) partagent désormais le même bilan, 43-36, à seulement un demi-match de Toronto, remonté à la 6e place après la défaite des Sixers.

Celtics–Hornets : duel de braises à longue distance

La soirée qui arrive promet un autre choc d’esthètes. Les Celtics, annoncés 8e de l’Est dans le GM Survey de début de saison, campent à la 2e place depuis le 15 janvier. Joe Mazzulla a façonné une équipe qui impose son tempo : 30e de la ligue en rythme, 2e en offensive rating. Le paradoxe n’en est pas vraiment un quand on voit l’arsenal extérieur. Six joueurs à plus de 14 minutes par match tournent à plus de 35 % à trois points. Derrière eux, le trio Jaylen Brown – Jayson Tatum – Derrick White fait le reste : 66,9 points de moyenne cumulés, une pluie de tirs en sortie de dribble qui place Boston en tête de la ligue en field goals sur pull-up (12,2) et en pull-up à trois points (4,9), pour 24,7 points par match rien que sur ce type de tirs.

En face, Charlotte a changé de visage après un début de saison catastrophique (11-22). Depuis le Nouvel An, les Hornets affichent un 32-14 qui les place à une victoire seulement des Celtics sur l’année civile 2026 (33-13). Ils possèdent la meilleure attaque de la ligue depuis le 1er janvier, portés par une obsession : le tir longue distance.

Les chiffres sont brutaux : 16,4 trois points réussis par match, mieux que tout le monde. Le mouvement permanent fait le reste. Aucune équipe ne parcourt plus de kilomètres en attaque : 10,1 miles offensifs par rencontre. Résultat : Charlotte obtient 23,1 tirs à trois points « wide open » par match (défenseur à plus de 1,80 m), 4e total de la ligue, et les convertit à 40,9 %, 2e meilleure adresse dans ces conditions. Kon Knueppel incarne cette menace permanente avec 47 % de réussite derrière l’arc (minimum 50 tentatives).

Les deux équipes ne se contentent pas de tirer : elles assomment. Boston affiche un bilan parfait de 15-0 quand elle rentre au moins 20 tirs primés. Charlotte est à 12-2 dans le même cas. Ensemble, elles combinent un 27-2 quand la barre des 20 trois points est franchie.

Ce soir, une victoire de Boston lui offrirait trois matchs d’avance sur New York pour la 2e place. Un succès de Charlotte, 8e, la hisserait à hauteur de Toronto, 6e, et rapprocherait encore un peu plus les Hornets d’un exploit rare : atteindre les Playoffs après un départ à 11-22 ou pire sur les 33 premiers matchs, ce que personne n’a fait depuis 1997.

Rockets–Suns : la série contre le chaos

À l’Ouest, un autre duel raconte une histoire de transformation. Il y a quelques semaines, Houston glissait. Un 4-6 sur dix matchs, deux défaites de suite contre les Lakers à la mi-mars, 33 balles perdues cumulées sur ces deux rencontres. Ime Udoka avait pointé le problème : trop de légèreté avec le ballon.

Depuis, le message est passé. Les Rockets viennent d’enchaîner huit victoires en dix matchs, dont une série en cours de six succès. Et surtout, ils ont verrouillé ce qui les plombait : les pertes de balle. Avant cette série, Houston pointait à la 27e place de la ligue avec 15,8 turnovers par match. Sur les six derniers, la franchise texane est première de la NBA avec seulement 10,8 balles perdues.

La circulation de balle a suivi la même courbe. Saison globale : 24,9 passes décisives de moyenne, 26e de la ligue. Sur la série actuelle : 31,3 passes, 5e meilleure marque. Cinq joueurs tournent à au moins 15 points de moyenne sur cette période, avec un trio Jabari Smith Jr. (18,2), Amen Thompson (17,7) et Reed Sheppard (15,2) qui cumule 51,2 points.

Le résultat chiffré est violent : meilleur offensive rating de la ligue sur la série (129,1), 2e net rating (+18). Houston est remonté à la 5e place de l’Ouest, à seulement 1,5 match de Denver, 3e.

En face, Phoenix incarne l’exact opposé : une équipe qui vit de la faute adverse. Les Suns forcent 16,4 pertes de balle par match, 3e total de la ligue, ne sont devancés que par Detroit et OKC dans ce domaine. Ils sont aussi 3e aux interceptions (9,7), converties en 20,2 points par match sur balles perdues, 4e total de la NBA.

Dans ce décor, Devin Booker continue de dérouler son registre offensif. Depuis le 1er mars, il tourne à 28,4 points par rencontre, seulement devancé par Luka Dončić (36) et Shai Gilgeous-Alexander (29,9) sur cette période. Jordan Ott, son coach, le décrit comme le cœur battant du groupe, celui par qui tout passe.

Ce soir, Booker et la défense agressive des Suns accueillent Kevin Durant et des Rockets qui ont fait de la sécurité de balle leur nouvelle identité. Phoenix, 7e, vise Minnesota pour la 6e place. Houston veut continuer à grignoter vers le top 3. Quel style imposera sa loi ?

Thunder, Spurs, Celtics, Pistons, Nuggets : le cinq majeur de la dernière ligne droite

À cinq jours de la fin de la saison régulière et une semaine du SoFi Play-In Tournament, les Power Rankings de John Schuhmann dressent un instantané brutalement compétitif : 19 des 20 équipes qualifiées ou presque pour la postseason n’ont toujours pas sécurisé leur place définitive.

Tout en haut, OKC. Les champions en titre restent sur cinq victoires de suite, dont trois contre des équipes du top 10 de la ligue : Knicks, Pistons, Lakers. Juste derrière, San Antonio, qui a collé un ahurissant 26-1 entre le 1er février et le 1er avril avec Wembanyama sur le parquet, écrasant ses adversaires de 24,9 points par 100 possessions sur ses 800 minutes jouées sur cette période.

Boston complète le podium des Power Rankings. Les Celtics ont gagné 10 de leurs 12 derniers matchs et affichent un 12-2 avec Jayson Tatum en tenue, dont six victoires de rang. Les Pistons, eux, restent dans le top 5 malgré l’absence de Cade Cunningham sur les 11 derniers matchs, série durant laquelle Detroit a tout de même remporté 8 rencontres, dont 5 face à des équipes au bilan positif.

Denver ferme ce top 5, porté par sa série de neuf victoires, toutes avec plus de 121 points marqués par 100 possessions, incluant un succès en prolongation face aux Spurs samedi.

La nuit prochaine, OKC recevra les Lakers pour clore un programme chargé, pendant que Cooper Flagg mènera les Mavs contre les Clippers, eux-mêmes sous la pression de Portland pour la 8e place à l’Ouest.

Les chiffres, les séries, les remontées : tout converge vers la même question. Dans une ligue où l’écart se réduit entre les prétendants, qui osera encore hausser le ton dans cette dernière semaine de saison régulière ?