Jasikevicius défend l'intégrité du basket grec
À Istanbul, Sarunas Jasikevicius n’a pas seulement gagné un match. Il a pris la parole pour défendre un sport entier.
Quelques minutes après la victoire étriquée de Fenerbahce Istanbul contre Olympiacos Piraeus (64-61), l’entraîneur lituanien a délaissé les schémas tactiques et les ajustements de fin de match. Son regard était ailleurs, tourné vers la tempête qui secoue aujourd’hui le basket grec et, par ricochet, l’Europe entière.
Jasikevicius, la voix d’un vestiaire élargi
Interrogé sur le scandale qui éclabousse actuellement le championnat grec, Jasikevicius n’a pas esquivé. Il a posé le décor d’un monde sous tension, où chaque acteur vit sous pression maximale.
« Il y a trois parties, non ? Les entraîneurs, les joueurs, les arbitres. Tout le monde fait un travail incroyablement difficile, avec énormément de stress », a-t-il rappelé, avant de pointer ce qui, pour lui, ne peut plus durer : « On ne peut pas avoir des situations où certaines choses se décident dans les bureaux, et ainsi de suite. »
Le message est clair : le jeu doit rester sur le parquet, pas dans les couloirs ni dans les comptes bancaires. Pour Jasikevicius, la réponse ne peut venir que d’une chose : la justice.
Il a appelé les instances compétentes à aller jusqu’au bout. « J’espère que les équipes juridiques, les autorités, iront au fond des choses, parce qu’on aime tellement ce jeu et on veut qu’il soit propre », a-t-il insisté. Puis il a lâché une phrase qui résonne comme un manifeste : « C’est quelque chose de sacré pour nous. Pourquoi sacré ? Parce que nous ne sommes rien dans ce monde sans le basket. »
Dans sa bouche, ce n’est pas une formule. C’est un rappel à l’ordre adressé à tout l’écosystème. « On doit chérir ces situations, travailler très dur et être honnêtes. J’espère que les autorités légales iront au fond des choses et trouveront les bonnes solutions pour punir les gens. C’est l’une des clés de la démocratie, non ? »
Un séisme dans le basket grec
Si le ton est si grave, c’est que l’affaire qui éclate en Grèce dépasse largement le simple cadre d’un fait divers sportif.
Six personnes ont été arrêtées dans une vaste enquête portant sur des soupçons de matchs truqués dans la première division grecque, mais aussi dans des compétitions de niveaux inférieurs. Parmi elles, des arbitres ayant déjà officié en EuroLeague, désormais accusés de manipulation de rencontres et de corruption.
Les enquêteurs ont notamment découvert 820 000 euros en liquide au domicile de l’un de ces arbitres. Une somme qui, à elle seule, donne la mesure de l’onde de choc. Les autorités ne parlent plus d’écarts isolés, mais d’un système potentiellement installé dans la durée.
Les premiers éléments indiquent que les comportements examinés pourraient remonter à au moins cinq ans. Le dossier rassemblerait des témoignages, des plaintes, des messages impliquant des responsables du basket grec. De quoi nourrir une enquête qui a déjà franchi un cap : après le dépôt de charges pénales, l’affaire a été transmise à un juge d’instruction.
Quand le parquet devient une ligne de front
Dans ce contexte, les mots de Jasikevicius dépassent largement le cadre de Fenerbahce ou d’un simple match d’EuroLeague. Ils reflètent une inquiétude partagée dans les vestiaires, sur les bancs et jusque dans les bureaux des clubs : si la confiance dans l’intégrité des rencontres se fissure, c’est tout l’édifice qui tremble.
Pour un coach qui martèle que « nous ne sommes rien sans le basket », la ligne rouge est nette : protéger le jeu, coûte que coûte. Les prochains mois diront si la justice grecque, et derrière elle les instances du basket européen, sauront répondre à cette exigence.




