Jalen Williams : la terrible blessure qui a figé le Thunder
Le match était plié, l’ambiance à la fête. Oklahoma City venait de se rapprocher un peu plus d’une nouvelle victoire à domicile face aux LA Clippers, dimanche soir. Puis, en une action, tout a basculé. Le basket a disparu, avalé par le silence et la stupeur.
Une pénétration, un contact, l’horreur
Il reste 1 minute 14 à jouer dans le quatrième quart-temps. Jalen Williams attaque depuis l’aile gauche, comme il l’a fait des centaines de fois. Il fonce vers le cercle, croise Derrick Jones Jr. en opposition frontale, et subit dans le dos le contest de Kris Dunn. L’espace pour retomber se réduit à rien. Sa jambe gauche se plie sous lui, de façon anormale, insoutenable.
Instantanément, la réaction des joueurs raconte tout. Chet Holmgren et Ajay Mitchell détournent le regard, main sur le visage. Shai Gilgeous-Alexander, le plus proche de l’action, se tourne vers le banc, la bouche couverte d’une main, figé. Sur le banc, Isaiah Hartenstein se cache dans une serviette et file vers le tunnel, incapable de regarder davantage.
En face, les Clippers mettent d’abord un genou à terre autour de Derrick Jones Jr., touché sur l’action. Puis, en voyant Williams au sol, Rui Hachimura porte les mains à la tête, contourne le panier pour s’éloigner de la scène. Brook Lopez, lui aussi, se retourne, main devant la bouche. Les visages se ferment, les regards se perdent.
Kris Dunn sera plus tard sanctionné d’une faute flagrante de niveau 1 pour son rôle dans l’action. La décision tombe, mais personne n’a vraiment la tête à ça.
Une salle muette, un vestiaire sous le choc
Au sol, Jalen Williams ne bouge presque pas. Ses coéquipiers, eux, voient son pied partir sur la gauche, à l’angle le plus inquiétant. Le staff médical du Thunder se précipite, forme un cercle autour de lui. De longues minutes passent. Le temps se dilate. Les joueurs s’éloignent, certains tournent le dos, d’autres fixent le parquet sans le voir.
Les tribunes, elles, se taisent. Plus un bruit. Des mains couvrent des bouches, des yeux. Le Paycom Center, si bruyant quelques instants plus tôt, devient une cathédrale. Puis un chant timide naît, prend de l’ampleur. Le public scande “Jalen, Jalen” et pousse quelques aboiements, clin d’œil à la marque de fabrique du joueur. Un hommage, une tentative de lui envoyer de la force alors qu’il ne peut plus se relever seul.
Quand la civière arrive et que Williams est hissé dessus, la peur est partout. Mais le All-Star lève les deux pouces en direction de la foule d’Oklahoma City. Geste simple, mais essentiel. La salle explose, soulagée d’apercevoir un signe, si minime soit-il.
Sur le bord du terrain, Shai Gilgeous-Alexander craque. Cinq saisons qu’il partage le vestiaire avec Williams. Il essuie des larmes, tente de reprendre contenance. La caméra le retrouve plus tard, en bord de parquet, au micro de Nick Gallo. Sa voix se brise presque.
« Je ne sais même pas », lâche-t-il d’abord, avant de s’interrompre, de respirer profondément. « Je me sens juste mal pour lui. Rien de plus que ça. Tu dois jouer la main qu’on te donne dans la vie. Ça craint, mais ça fait partie du jeu. On a une équipe pour une raison, on a des gars prêts à step up et à tenir la baraque. C’est super malheureux, pour les trois gars ce soir. »
Le diagnostic n’est pas encore connu, mais les mots de la star du Thunder laissent peu de place au doute : Oklahoma City se prépare à vivre sans Williams pendant un long moment.
« Ça va évidemment être difficile sans un joueur comme ça, poursuit-il. Mais il n’est pas parti pour toujours. Il reviendra, meilleur que jamais, et on le sait. On doit juste tenir la baraque jusqu’à son retour. Il aime jouer, il aime la compétition. Je n’ai aucun doute, il reviendra et sera meilleur qu’avant. C’est un guerrier. »
Daigneault impuissant, un coup dur dans une saison d’ambition
En conférence de presse, le coach Mark Daigneault ne peut pas en dire davantage. Pas de bilan médical, pas de calendrier, juste une franchise sonnée.
« On va se retrouver demain, tous ensemble, explique-t-il. Mais pour l’instant, il faut juste s’autoriser à ressentir ce qu’on ressent. »
Voir Jalen Williams sur le parquet pour ce début de saison relevait déjà du soulagement pour OKC. L’an dernier, il n’avait disputé que 33 matches, miné par des blessures récurrentes aux ischios-jambiers. Il n’avait jamais vraiment retrouvé son niveau, malgré ses efforts pour revenir à temps pour les finales de conférence à l’Ouest face aux San Antonio Spurs.
Cette fois, il était de retour, au cœur d’un Thunder lancé dans la quête d’un deuxième titre avec ce noyau jeune et ambitieux. Sa présence stabilisait tout : l’attaque, la défense, l’identité. En quelques secondes, ce socle vient de vaciller.
Et le coup ne s’arrête pas là. Dans cette même victoire de dimanche, le Thunder a également perdu Cason Wallace, touché à l’épaule gauche, et Jaylin Williams, blessé au poignet. Trois sorties sur blessure, dont celle de leur All-Star, au moment même où la saison devait prendre son élan.
La victoire contre les Clippers restera au tableau des résultats. Mais dans les couloirs, dans le vestiaire, personne ne parlait de ça. Toute une organisation, tout un public, n’avaient qu’une question en tête : combien de temps faudra-t-il attendre avant de revoir Jalen Williams, debout, ballon en main, prêt à repartir au combat ?




