Iraola face au défi du calendrier avant Tottenham
Andoni Iraola l’a admis sans détour : il ne pourra pas aligner son équipe « la plus forte » à chaque sortie. Pas dans ce calendrier-là. Pas avec un Liverpool déjà tiré dans ses retranchements alors que septembre n’est même pas terminé.
À l’heure d’aborder un choc de Carabao Cup face à Tottenham à Anfield, le technicien basque se trouve déjà devant l’un des grands défis de sa saison : trier, en pleine course, ceux qui peuvent jouer tous les trois jours de ceux qui doivent souffler pour ne pas s’écrouler.
« Tu peux décider de mettre les mêmes joueurs à chaque match, a-t-il expliqué. Le problème, c’est qu’il arrivera un moment où ils seront vraiment fatigués. Et là, le risque de blessure augmente. »
Dans son discours, une nuance importante : tout le monde ne réagit pas pareil. « Il y a des joueurs qui enchaînent tous les trois jours sans problème. Ils sont très robustes, leur niveau ne bouge presque pas. D’autres, le risque est plus grand et la performance change. Je dois apprendre qui est prêt à jouer tous les trois jours et qui a besoin de repos pour ne pas voir son niveau baisser. »
Iraola pensait avoir déjà une bonne idée des profils capables d’encaisser la charge. Il découvre qu’il s’est trompé sur certains. Et que d’autres, qui n’avaient jamais enchaîné autant, sont eux-mêmes en train de se découvrir.
Un tirage qui change tout
La Carabao Cup est souvent le terrain de jeu des « seconds couteaux » en Premier League. Pas cette fois. Liverpool n’a pas hérité d’un club de Championship mais de Tottenham, un adversaire direct, même si les Spurs traversent un début de saison compliqué.
D’ordinaire, ce tour-là sert à lancer des jeunes, à donner des minutes aux remplaçants, à tester des associations. Là, chaque rotation devient un pari. Trop changer, c’est offrir une ouverture à un rival de Premier League. Ne pas assez changer, c’est risquer de griller physiquement des cadres alors que le calendrier se resserre déjà.
Un autre argument vient bousculer l’équation : la frustration du nul contre Fulham samedi. Certains plaideront pour une équipe très forte, histoire de relancer la machine, de retrouver du rythme et des certitudes. D’autres verront dans ce match de coupe l’occasion idéale de souffler pour quelques titulaires, avec la Ligue des champions qui pèse déjà sur les jambes.
Entre l’envie de réaction immédiate et l’obligation de penser à octobre, novembre, puis au printemps européen, Iraola marche sur une ligne de crête. Et c’est dès ce mardi soir, contre Tottenham, qu’on verra vraiment quels choix il est prêt à assumer.
Un géant de la League Cup face à son héritage
Si une compétition colle à l’ADN moderne de Liverpool, c’est bien la League Cup. Dix trophées, un record. Une histoire qui ne se résume pas à une simple ligne de palmarès, mais à des générations entières de Reds façonnées par ces soirées-là.
Tout a commencé en 1980-81, avec un premier sacre qui a ouvert une série folle : quatre titres consécutifs, jusqu’en 1984. Puis un long creux. Il faudra attendre 1995 pour voir Liverpool soulever à nouveau le trophée, porté ce jour-là par un doublé de Steve McManaman contre Bolton à Wembley.
Le nouveau millénaire relance la romance. En 2001, sous la houlette de Gérard Houllier, la coupe revient à Anfield. Deux ans plus tard, le technicien français guide à nouveau les Reds vers un succès, cette fois face au grand rival Manchester United en finale.
En 2012, c’est Kenny Dalglish, de retour sur le banc, qui ajoute un nouveau chapitre en s’imposant aux tirs au but contre Cardiff City. Puis, à nouveau, l’attente. Longue. Jusqu’à ce que Jürgen Klopp remette la League Cup au centre du décor.
En 2022, Liverpool dompte Chelsea au terme d’une séance de tirs au but hallucinante, conclue à 11-10. Deux ans plus tard, en 2024, Klopp offre un dixième trophée dans la compétition, encore contre Chelsea, avant de quitter le club en laissant une armoire à trophées copieusement garnie.
La question est désormais frontale : Andoni Iraola peut-il conduire Liverpool vers un onzième sacre dans « sa » coupe, tout en survivant à un calendrier qui ne pardonne rien ?
Anfield grogne : deux nuls, beaucoup de questions
Deux matches de Premier League à Anfield. Deux nuls. Et une drôle de sensation qui s’installe.
Pour la troisième fois seulement en 63 ans, Liverpool ne gagne aucun de ses deux premiers matches de championnat à domicile. Ce n’est pas un effondrement, mais ce n’est clairement pas le départ rêvé pour un nouveau coach.
Après un succès enthousiasmant en Ligue des champions contre l’Atletico Madrid, plein d’énergie et de verticalité, le 0-0 face à Fulham a fait l’effet d’un coup de frein brutal. Les Londoniens arrivaient sans confiance, avec sept buts encaissés sur leurs trois premiers matches de championnat. Ils repartent avec un point et la sensation que Liverpool n’a jamais vraiment enclenché la seconde.
Les Reds ont semblé émoussés, dans les jambes comme dans les têtes. Presque méconnaissables par rapport à l’équipe qui venait de battre un Atletico demi-finaliste de la dernière Ligue des champions. Pour un premier vrai test du « Liverpool d’Iraola » en rythme de deux matches par semaine, le constat est rude.
Le club est toujours invaincu. Personne ne parle de crise. Mais six points en quatre journées, avec des nuls à domicile contre Nottingham Forest et Fulham, un autre à Newcastle et une seule victoire à Ipswich, ce n’est pas le standard attendu ici.
Le trio offensif à 364 millions de livres – Alexander Isak, Bradley Barcola, Florian Wirtz – était aligné pour la première fois en Premier League. Résultat : quelques occasions, mais trop peu de vraie création. Isak n’a touché le ballon que 16 fois en 90 minutes, deuxième plus faible total pour un joueur de champ de Liverpool depuis que ces données sont recensées… derrière ses propres 14 touches contre Forest deux semaines plus tôt.
Wirtz, brillant contre l’Atletico, a semblé éteint. Barcola et Isak ont eu des éclairs, rien de plus. Leur entente demandera du temps. Le problème, c’est que le calendrier, lui, n’en laisse aucun.
Iraola et son groupe commencent à mesurer ce que signifie enchaîner à ce niveau : trouver des résultats même quand les jambes sont lourdes, même quand le jeu n’est pas fluide. Avec au moins sept autres matches de Ligue des champions à venir et cette réception de Tottenham en Carabao Cup, Liverpool n’a plus le luxe d’attendre.
La saison ne se jouera pas en septembre. Mais la façon dont les Reds traverseront ce premier embouteillage dira beaucoup de la suite : équipe capable de viser les trophées, ou collectif brillant par séquences, mais trop fragile pour tenir la distance ?




