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Inter remporte son 21e titre de champion d’Italie

À la fin, tout paraissait écrit. Internazionale a décroché son 21e titre de champion d’Italie en battant Parma, lors d’un match dont elle n’avait même plus vraiment besoin. Un nul suffisait. Ici, ou la semaine prochaine, ou celle d’après. Ses rivales se sont éteintes les unes après les autres au printemps, puis, ce week-end, toutes en même temps. Napoli, Milan, Juventus : personne n’a gagné. Et, à ce stade, cela ne changeait déjà plus rien.

Inter avait 10 points d’avance avant cette journée, 12 au coup de sifflet final. La meilleure équipe de Serie A, de loin. 82 buts marqués dans un championnat où personne d’autre n’a encore atteint la barre des 60. Derrière, seul Como peut rivaliser avec ses 17 clean sheets. Un écart de niveau, mais aussi de constance.

Une soirée à l’image de la saison

Dimanche, le scénario a rappelé tout ce que cette Inter-là a imposé au pays. Une équipe sûre de sa force, techniquement supérieure, qui finit par user l’adversaire. Parma, 12e, déjà à l’abri de la relégation, n’avait plus grand-chose à défendre sur le papier. Sur le terrain, en revanche, les hommes d’en face ont mordu dans chaque duel, tenté chaque contre, refusé de servir de simple figurant. Ils ont tenu presque jusqu’à la pause.

À la 25e minute, Nicolò Barella fracasse la barre transversale. Le ballon retombe sur le gardien Zion Suzuki, qui se détend magnifiquement pour empêcher Marcus Thuram de pousser le ballon au fond. Une rémission. Pas un sursis très long.

Juste avant la mi-temps, Piotr Zielinski ouvre parfaitement le couloir droit pour Thuram. Le Français s’échappe, fixe, et glisse le ballon dans le petit filet opposé. Froid, clinique. Inter venait de briser la résistance de Parma comme elle l’a fait tant de fois cette saison : une accélération, un geste juste, et le match bascule.

Le deuxième but porte, lui, la signature du banc. Deux remplaçants, deux symboles : Lautaro Martínez au service, Henrikh Mkhitaryan à la conclusion. Centre en retrait, finition propre. Rideau. Dans cette action, il y avait presque un résumé du titre : un effectif plus profond que tous les autres, capable de faire la différence même quand les cadres reviennent de blessure ou démarrent sur le banc.

Un champion construit dans la douleur

Ce Scudetto, Inter l’a remporté en jonglant avec les absences. Lautaro, capitaine et meilleur buteur de Serie A, a manqué 10 titularisations à cause d’un mollet capricieux. Denzel Dumfries a disparu des radars pendant trois mois, avec une opération à la cheville à la clé. Hakan Calhanoglu, milieu à un but toutes les 183 minutes, n’a disputé que 22 matches de championnat.

Qu’Inter ait traversé ces trous d’air sans véritable passage à vide dit beaucoup de monde, mais surtout de son entraîneur : Cristian Chivu. Peu imaginaient une telle maîtrise pour sa première saison complète à ce niveau lorsqu’il a été appelé à succéder à Simone Inzaghi l’été dernier.

Chivu n’était pas le premier choix. Le club avait d’abord ciblé Cesc Fàbregas, avant de comprendre que l’Espagnol resterait fidèle à son projet à Como. Le Roumain s’est alors imposé comme une solution inattendue pour un banc de ce calibre. Son CV d’entraîneur ? Treize matches en fin de saison avec… Parma, pour les sauver de la relégation en 2024-2025. Rien qui, sur le papier, justifiait un saut direct vers un géant comme Inter.

Ce qu’il avait pour lui, c’était l’histoire. Sept ans comme joueur sous ce maillot, trois titres de Serie A, dont celui de la saison du triplé. Puis six années à former les jeunes d’Inter, à comprendre la maison de l’intérieur. Une culture, des repères, un lien affectif. Mais même avec ça, son arrivée ressemblait à un pari colossal.

Du traumatisme à la revanche

Le club qu’il retrouvait sortait meurtri d’une saison précédente épuisante, lancée à la poursuite d’un quadruplé, terminée les mains vides. Le point final, un 5-0 infligé par le Paris Saint-Germain en finale de Champions League. Puis, sans répit, un Club World Cup aux États-Unis, deux semaines plus tard à peine.

Inter y est sortie dès le premier tour à élimination directe, battue 2-0 par Fluminense. Les tensions ont explosé au grand jour. Calhanoglu, comme d’autres blessés, avait obtenu l’autorisation de quitter le camp d’entraînement pour poursuivre sa rééducation à domicile. Les rumeurs ont aussitôt enflé : on le disait en discussion avec Galatasaray.

Lautaro, lui, avait joué en serrant les dents jusqu’à la fin de la saison précédente. Il n’a pas mâché ses mots : « Il faut vouloir être ici. On se bat pour accomplir quelque chose. Ceux qui ne veulent pas être là peuvent partir. » Une phrase lâchée comme un uppercut, qui visait clairement certains coéquipiers.

Dix mois plus tard, les deux hommes sont toujours là. Ensemble, sur la pelouse de San Siro, à faire tourner entre leurs mains un carton en forme de Scudetto frappé d’un énorme « 21 ». Calhanoglu parle d’un groupe devenu « plus famille », d’un vestiaire resserré par le travail de Chivu. Lautaro, lui, ne renie rien, mais tourne la page : des mots « sortis du cœur », dit-il, avant d’insister sur le présent, sur ce qu’ils viennent d’accomplir.

Chivu, l’évolution sans révolution

Pour ceux qui ont vécu la chute de la saison passée, ce titre ressemble à une réparation. Sous Inzaghi, Inter jouait déjà un football spectaculaire, parfois audacieux jusqu’à la prise de risque extrême. Chivu n’a pas tout cassé. Il a gardé l’ossature tactique, ajusté les curseurs : un pressing plus agressif, une volonté plus affirmée de jouer vite vers l’avant quand l’espace s’ouvre.

On peut défendre l’idée que cette Inter-là est moins impressionnante sur la scène européenne. L’an dernier, l’équipe avait explosé face au PSG, mais elle avait auparavant battu Barcelona et Bayern Munich. Cette saison, Chivu n’a même pas atteint les huitièmes de finale : élimination par Bodø/Glimt lors du barrage à élimination directe. En Serie A, Inter a perdu deux fois contre Milan, n’a pris qu’un point sur deux matches face à Napoli, et n’a fini par battre Juventus qu’après un carton rouge très contesté pour Pierre Kalulu.

Mais un championnat ne se gagne pas seulement dans les scontri diretti. Inter a chassé à l’usure. De novembre à février, la série est implacable : 14 victoires en 15 rencontres, seule une égalité 2-2 contre Napoli vient briser la cadence. Pendant que les autres lâchent, Inter avance, encore et encore. Sans éclat permanent, mais sans vraie défaillance.

Un titre de fin de cycle ? Non, un nouveau départ

On les disait au bout d’un cycle. Ils viennent de prouver l’inverse. Ce Scudetto porte la marque des cadres, mais aussi celle de visages nouveaux : Francesco Pio Esposito, Ange-Yoan Bonny, Petar Sucic. Des jeunes qui s’insèrent dans le décor sans trembler.

Il faut aussi se souvenir que le club a raté sa cible principale sur le mercato estival : Ademola Lookman. Le plan initial s’effondre, il faut reconstruire une attaque différente de celle imaginée. Inter s’adapte, réécrit son projet offensif. L’explosion créative de Federico Dimarco, auteur de 17 passes décisives depuis le poste de latéral gauche, compense une partie du manque. Là encore, le système absorbe le contretemps.

Rien n’a été parfait. Rien ne l’est jamais. Mais la seule chose qui compte, à la fin, c’est le classement. Et Inter vient de remporter son troisième Scudetto en six ans, avec trois entraîneurs différents. Chivu rejoint une caste très fermée : il est le premier coach d’Inter à être champion dès sa première tentative depuis José Mourinho.

Une fête, et déjà un autre objectif

La saison n’est pas terminée. Elle peut encore basculer vers un doublé national. La Coppa Italia se jouera contre Lazio le 13 mai. Le club a choisi de repousser les célébrations officielles du titre après cette finale. Le trophée de Serie A sera soulevé à San Siro au terme du dernier match à domicile, contre Verona, quatre jours plus tard.

Dimanche soir, pourtant, personne ne s’est vraiment retenu. Après les serpentins et les feux d’artifice sur la pelouse, Lautaro, Dimarco, Thuram, Barella, Pio Esposito et les autres ont rejoint la marée humaine déferlant, comme toujours dans ces moments-là, vers Piazza Duomo. La ville attendait ce moment depuis un an, depuis cette saison où Inter avait tout frôlé sans rien saisir.

Cette fois, il n’y a plus de regrets. Juste une question, déjà, qui flotte au-dessus de Milan : ce 21e Scudetto marque-t-il l’apogée de cette Inter, ou bien simplement le début d’un nouveau règne ?