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Inter et les Anglais : un nouveau chapitre en Serie A

En un été, l’Inter a effacé plus d’un siècle d’habitudes. John Stones, Djed Spence et Curtis Jones ont tous débarqué à San Siro durant ce mercato. Trois Anglais en quelques semaines, autant que sur les… 118 années précédentes de l’histoire du club.

Chacun a son histoire. Chacun a ses raisons. Mais tous convergent vers le même point : Milan, côté nerazzurro.

Stones, dix ans de City et l’envie de tout recommencer

John Stones a soufflé ses 32 bougies en mai. Son contrat avec Manchester City a expiré dans la foulée. Une décennie chez les Skyblues, une carrière entière passée en Angleterre. Le décor était planté pour un virage radical.

« C’était quelque chose que j’ai toujours voulu faire et, quand cette opportunité est arrivée, j’en ai parlé avec ma famille, et on était sûrs : on voulait venir ici », a confié le défenseur aux médias du club.

Il ne vient pas en touriste. Il vient pour se frotter à un autre football, à une autre exigence. « Je veux apprendre de nouvelles choses, comprendre une nouvelle façon de jouer et découvrir un nouveau championnat. J’ai hâte de commencer ce nouveau chapitre, ce nouveau voyage. Je ne pouvais pas imaginer meilleur endroit pour le faire. »

Difficile de le contredire. Même si la Serie A n’est plus le centre de gravité du football mondial, elle garde cette réputation tenace : ici, on juge les défenseurs à l’aune de leur discipline, de leur concentration, de leur capacité à ne jamais décrocher.

Fikayo Tomori, pilier de l’AC Milan et de la sélection anglaise, l’a résumé sans détour dans une interview à The Athletic : en Angleterre, l’intensité, c’est courir plus que l’adversaire, le presser sans relâche. En Italie, c’est dans la tête que tout se joue. Préparation, pression extérieure, attentes des tifosi. « Ici, on te demande d’être dans ton match pendant 90 minutes, concentré, verrouillé. Les équipes attendent le moment où un joueur, un seul sur onze, se trompe. Et elles frappent. »

Ne pas se tromper. Ou le moins possible. C’est une autre forme d’intensité, presque oppressante. Et c’est exactement ce que Stones vient chercher.

Spence, déjà aguerri au choc culturel

Djed Spence, lui, ne débarque pas en terrain totalement inconnu. Il a déjà goûté au calcio avec un prêt de six mois au Genoa lors de la seconde partie de la saison 2023-24. L’expérience l’a marqué. Et l’a façonné.

« On apprend tellement quand on joue à l’étranger, a expliqué le latéral. Je peux dire que je suis devenu un homme quand j’étais à l’étranger et je suis reconnaissant pour cette expérience. »

Loin de voir l’Italie comme un frein à sa carrière internationale, Spence y lit un accélérateur. Une école différente, plus tactique, plus rugueuse mentalement. Là où Tomori a parfois semblé payer le prix de son exil italien sous Gareth Southgate, le nouveau latéral de l’Inter assume le pari.

Le contexte, il est vrai, a changé. Les résultats européens globaux de la Serie A déçoivent ces dernières saisons, mais l’Inter fait figure d’exception : deux finales de Champions League en trois ans entre 2023 et 2025, un statut de poids lourd revenu au premier plan.

Curtis Jones, séduit par une nuit de Champions League

Curtis Jones n’a pas eu besoin d’un long discours pour être convaincu. Il a eu besoin d’une soirée. D’un match. D’un San Siro incandescent.

Le milieu anglais a affronté l’Inter avec Liverpool la saison dernière en Champions League. Ce soir-là, il a vu une équipe qui aime le ballon, qui multiplie les occasions, qui déborde de joueurs capables de marquer, de créer, d’inventer. Mais surtout, il a entendu. Il a ressenti.

« L’Inter peut rivaliser avec les meilleures équipes du monde, a-t-il expliqué au site officiel du club. Tu sens à quel point ce groupe est uni. Tu sens la faim qui existe ici. Et, comme je l’ai déjà dit, le soutien des fans est incroyable. Les supporters de l’Inter, c’est vraiment le 12e homme. »

Ce n’est pas le palmarès qui a fait pencher la balance. Ni l’histoire du club, pourtant lourde de trophées et de légendes. « Le plus important, c’est le sentiment que j’ai eu la saison dernière quand j’ai joué contre l’Inter et que j’ai vu la passion de leurs fans. J’étais sur la pelouse de San Siro et je les entendais chanter, pousser les joueurs du début à la fin. Les fans ont été le facteur décisif. »

Une ambiance qui, de l’autre côté de la ville, fait aussi vibrer Fikayo Tomori.

Tomori, Loftus-Cheek, Abraham : le bouche-à-oreille anglais

Tomori ne s’en cache pas : ce qui l’a frappé à Milan, ce sont ces tifosi qui ne s’arrêtent jamais. « Des fans ultra passionnés qui chantent pendant 90 minutes. Même plus. Ils sont là avant qu’on sorte pour l’échauffement. Ils sont là après le match. »

Il a essayé de le raconter à ses amis. Ils n’ont vraiment compris qu’en venant eux-mêmes au Giuseppe Meazza. Ce sont ces récits qui ont accompagné Ruben Loftus-Cheek au moment de dire oui au Milan. Même chose pour Tammy Abraham, formé comme eux à Cobham, lorsqu’il réfléchissait à une offre de la Roma. Tomori lui a simplement glissé : « Bro, this is a really good league! »

Le message est passé. La Serie A n’est plus le grand cirque des années 90 et 2000, quand les meilleurs du monde se pressaient sur la péninsule, mais elle reste un championnat sous-estimé. « Très, très sous-coté », pour reprendre les mots de Micah Richards. Et, pour un joueur comme Curtis Jones, l’attrait est évident, surtout en voyant ce que ce même championnat a fait à la trajectoire d’un certain Scott McTominay.

McTominay, le précédent qui fait rêver

Scott McTominay n’est pas anglais, mais son parcours parle directement aux nouveaux venus de l’Inter. Comme Jones, il a grandi dans un seul club, Manchester United, avant de s’envoler vers l’Italie pour trouver du temps de jeu à son poste, dans un environnement différent.

Deux ans plus tard, le milieu né dans le Lancashire est champion d’Italie avec Napoli et l’un des joueurs les plus adorés de l’histoire récente du club. À Naples, on le surnomme « McFratm », clin d’œil affectueux à son intégration totale dans la vie locale.

Son aura ne tient pas qu’à ses buts. McTominay a tout embrassé : langue, histoire, architecture, culture, cuisine. Il parle avec un enthousiasme presque enfantin des tomates napolitaines. Il a plongé sans retenue.

« C’était une énorme décision pour moi, mais parfois, dans la vie, il faut juste y aller », a-t-il confié à The Times. Il sait que la Serie A peut broyer les étrangers qui ne trouvent pas leurs repères : « C’est plus tactique que la Premier League. Beaucoup de joueurs viennent et peinent à s’adapter. »

Lui, au contraire, parle d’une transition « assez fluide », aidée par la chaleur des Italiens. Un modèle, presque une feuille de route, pour un Curtis Jones qui arrive à Milan avec l’envie de relancer sa carrière au plus haut niveau.

Trois Anglais, un vestiaire, une opportunité rare

Imaginer Jones reproduire l’impact de McTominay à Napoli serait sans doute ambitieux. Mais le contexte joue en sa faveur. Il rejoint la meilleure équipe de Serie A, une machine déjà huilée, qui sait gagner et qui sait intégrer des profils différents. Et il ne sera pas seul.

La présence de John Stones et Djed Spence change tout. Trois compatriotes dans le même vestiaire, dans un environnement aussi particulier que le calcio, ce n’est pas un détail. C’est un filet de sécurité. Une bulle linguistique, culturelle, humaine, pour amortir le choc.

Pour des générations de Britanniques, l’Italie, c’était l’aventure totale, presque l’exil. « Vivre dans un pays étranger », au sens le plus brut du terme.

Pour Stones, Spence et Jones, ce sera différent. Le défi reste immense, la Serie A ne pardonne pas les approximations. Mais cette fois, à Milan, ils ne devront pas l’affronter seuls.