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Hearts laisse filer l'occasion contre Motherwell

Hearts a pris quatre points d’avance sur Celtic dans cette course au titre écossaise interminable et fascinante. Mais en quittant Fir Park avec un simple nul, le leader a laissé filer l’occasion de faire peser tout le poids de la pression sur le champion en titre avant l’Old Firm de dimanche.

Un point qui compte, mais qui laisse un goût d’inachevé.

Un sommet sous tension à Fir Park

Face à un Motherwell quatrième et presque imprenable à domicile, le déplacement avait tout du piège. Hearts l’a abordé avec prudence, presque sur la retenue, malgré une première alerte signée Lawrence Shankland, dont la frappe cadrée a été superbement contrée par Stephen O’Donnell.

Ce sont pourtant les locaux qui ont frappé les premiers. Une action tranchante, un décalage parfait côté gauche pour Emmanuel Longelo, un centre tendu… et Stephen Kingsley, en difficulté, qui dévie dans son propre but. Fir Park explose, Hearts vacille.

Le scénario, lui, est familier. L’équipe de Derek McInnes vit de remontées depuis des semaines. Elle avait gagné ses trois derniers matches après avoir concédé l’ouverture du score. Elle n’allait pas renier son identité.

Kingsley, fautif sur le but, s’est racheté. Un centre au second poteau pour Michael Steinwender, une reprise sèche repoussée, et Shankland qui surgit. Contrôle, sang-froid, égalisation. Le capitaine ramène encore les siens à hauteur, comme il le fait si souvent dans les moments qui comptent.

Une deuxième période folle et des blessures lourdes

La suite a basculé dans un chaos maîtrisé. Un deuxième acte à haute intensité, sans temps mort, où Hearts a progressivement pris le dessus tout en se délabrant physiquement.

Marc Leonard d’abord, puis Craig Halkett ont quitté la pelouse, tous deux touchés au tendon d’Achille. Deux cadres, deux piliers de cette saison historique, contraints de laisser leurs coéquipiers finir la bataille sans eux. Leur participation à la fin de ce duel pour le titre est déjà terminée. Un coup dur, peut-être plus grave que les deux points perdus.

Malgré ces coups, Hearts a continué d’attaquer, d’avancer, de pousser. Motherwell, privé du défenseur central Paul McGinn et du milieu Lukas Fadinger, a peu à peu perdu sa sérénité dans la relance. L’équipe de Jens Berthel Askou a longtemps tenu, mais elle a reculé, souffert, tout en restant dangereuse par à-coups en contre.

Le match s’est alors cristallisé autour d’un seul moment.

Le penalty qui restera dans les mémoires

Sur un corner joué à deux par Hearts, Alexandros Kyziridis se faufile dans la surface. Tawanda Maswanhise arrive, et son pied vient écraser celui de l’ailier grec. Le contact existe, les ralentis le montrent clairement, même s’il n’est pas violent.

Le VAR appelle Steven McLean à l’écran. Fir Park retient son souffle. Dans ce genre de scène, tout le monde connaît presque la suite par habitude : le geste de la télé, le point désigné, le penalty.

Rien. L’arbitre revient sur la pelouse et maintient sa décision initiale : pas de faute.

Un silence presque incrédule tombe dans le stade. Côté Hearts, la colère monte. McInnes fulmine. Si le titre échappe aux siens, cette action reviendra encore et encore dans les discussions, comme une cicatrice ouverte de cette saison.

Hearts aura malgré tout l’occasion de tuer le match. Kyziridis, encore lui, se retrouve seul dans une position idéale et place sa tête à côté. La meilleure opportunité de la seconde période, manquée. Motherwell pense marquer à son tour, mais son but est refusé. La tension grimpe, les minutes s’égrènent, le score ne bouge plus.

Un nul qui laisse tout ouvert

Au tableau comptable, ce 1-1 offre un cadeau à Celtic, qui peut revenir à un point dimanche en recevant Rangers. Mais Hearts conserve l’essentiel : son destin entre les mains.

Une victoire mercredi à Tynecastle contre Falkirk, pour l’avant-dernier match de la saison, et le leader se présenterait à Celtic Park samedi avec une équation limpide : ne pas perdre pour décrocher un premier titre de champion depuis 1960.

Dans ce contexte, ce nul à Fir Park ressemble moins à une occasion gâchée qu’à un point arraché dans l’un des stades les plus hostiles du pays. Motherwell n’avait concédé que neuf buts à domicile avant cette rencontre, et seule l’équipe de Falkirk y avait gagné en championnat. Hearts, avec un seul succès sur ses cinq derniers déplacements, pouvait difficilement espérer une promenade.

La force de cette équipe tient justement dans sa capacité à se relever. Aucune formation n’a pris plus de points après avoir été menée. McInnes le sait, et le répète : son groupe ne lâche jamais, même « rafistolé », même privé de ses hommes forts.

En face, Motherwell poursuit sa propre course. L’équipe d’Askou a été brillante sur la saison et garde quatre points d’avance sur Hibernian dans la lutte pour une place européenne garantie, à deux journées de la fin. Mais une seule victoire sur les huit derniers matches entretient un léger malaise, avec Celtic puis Hibs encore au programme.

Fir Park a connu ce soir sa plus grosse affluence depuis plus de vingt ans. Le stade a vibré pour un match qui n’a rien réglé, ni en haut ni juste en dessous.

Tout se jouera dans les dix derniers jours. Hearts, diminué mais debout, doit encore franchir deux montagnes. La question est simple désormais : cette équipe au caractère hors norme a-t-elle encore assez de jambes – et assez de nerfs – pour aller chercher un titre attendu depuis soixante-six ans ?