Harry Maguire écarté : l’Angleterre perd son pilier défensif ?
Harry Maguire pensait avoir fait le plus dur. Une fin de saison solide avec Manchester United, un retour en forme au moment où son club arrachait la troisième place de Premier League et un billet pour la Champions League. À 33 ans, 66 sélections au compteur et aucun vrai faux pas majeur sous le maillot des Three Lions, le défenseur avait toutes les raisons de croire à un nouveau grand tournoi international.
La réalité l’a rattrapé sur l’écran d’un téléphone.
Un FaceTime, et la porte se referme
C’est Thomas Tuchel lui-même qui a annoncé la nouvelle à Maguire. Non pas dans un bureau, mais en FaceTime. Le défenseur l’a raconté dans le podcast The Rest Is Football : l’appel était « assez gênant ». Gênant, et surtout brutal. Dans la hiérarchie, Maguire se retrouve derrière John Stones, Ezri Konsa, Marc Guehi, Dan Burn et Jarell Quansah. Cinq noms devant lui. Cinq raisons de rester à la maison.
Pour un joueur qui n’a jamais vraiment déçu en sélection, le coup est rude. L’Angleterre, elle, se lance dans sa Coupe du monde sans l’un de ses cadres habituels.
Une défense qui tremble malgré la victoire
Face à la Croatie, à Texas, John Stones et Ezri Konsa débutent en charnière. L’Angleterre s’impose 4-2, un score flatteur au regard de certaines séquences défensives. Les failles apparaissent dès la première période, avec quelques alertes qui rappellent à quel point l’assise arrière reste le point sensible de cette équipe.
Ancien latéral droit de la sélection, Danny Mills n’a jamais caché ses doutes. Pour lui, le problème était écrit dès l’annonce de la liste. S’exprimant pour betTOM, il souligne que l’Angleterre allait forcément se retrouver en difficulté derrière, surtout en avançant dans le tournoi face à des adversaires de plus en plus forts. Trouver le bon équilibre, avec ce groupe-là, relève presque du casse-tête.
Mills s’étonne du choix Stones–Konsa. Il ne touche pas à Stones, qu’il juge « exceptionnel » dès lors qu’il est apte. Mais il aurait aligné Marc Guehi à ses côtés. Non seulement parce qu’il le tient en haute estime, mais aussi parce que les deux hommes se connaissent très bien de Manchester City, où ils ont eu le temps de tisser des automatismes à l’entraînement.
Sur les côtés, le constat est plus nuancé. Reece James, décrit comme un latéral « fantastique » et un « grand footballeur », rassure. À gauche, Nico O’Reilly a brillé avec Manchester City, mais son profil penche vers l’offensif. Il aime partir à l’aventure, parfois trop, au détriment de la rigueur défensive. Et c’est là que l’absence de Maguire revient comme un boomerang.
Maguire, l’arme qu’on laisse au placard
Mills ne tourne pas autour du pot : il est surpris de voir Maguire écarté. Quand il observe la liste des défenseurs, il se demande à quel moment certains d’entre eux peuvent réellement prétendre à une place de titulaire avec l’Angleterre. Pour plusieurs, il estime que cela n’arriverait qu’en cas de cascade de blessures, « six ou sept » selon lui.
Maguire, lui, reste un joueur que l’on peut lancer dans un grand match sans sourciller. Il peut évoluer dans une défense à trois, apporter sa présence aérienne dans les deux surfaces, et même devenir une arme offensive sur coups de pied arrêtés. Un profil rare, surtout en tournoi, où chaque détail compte.
La deuxième période contre la Croatie offre un visage plus rassurant, avec une Angleterre conquérante et efficace. Mais les doutes ne s’évaporent pas pour autant. Mills prévient : les vrais tests arrivent, et ils seront « bien plus relevés ».
Une deuxième chance… encore refusée
L’histoire aurait pu prendre un autre tournant. Le forfait de Tino Livramento, capable de couvrir plusieurs postes en défense, ouvre une nouvelle fenêtre pour rappeler Maguire. Une occasion idéale pour corriger ce qui ressemble déjà à un pari risqué.
Tuchel choisit une autre voie. C’est Trevoh Chalobah, défenseur de Chelsea, qui est appelé. Un seul cap en sélection, un vécu international quasi vierge. Une décision qui surprend encore un peu plus, au regard de l’expérience de Maguire.
Pourquoi ce choix ? Mills avance une explication logique : au moment de dévoiler sa liste, il y a trois ou quatre semaines, Tuchel a probablement établi une vraie liste de réserve. Il aurait prévenu quatre ou cinq joueurs de rester en forme, de continuer à s’entraîner dur, seuls, pendant que leurs coéquipiers partent en vacances ou rejoignent d’autres sélections. Une situation ingrate, mais indispensable pour réagir vite en cas de blessure.
Dans cette optique, les remplaçants potentiels étaient déjà désignés. Ceux qui figuraient sur cette short-list savaient qu’un appel pouvait tomber à tout moment. Ceux qui n’y étaient pas, comme Maguire, avaient déjà glissé en dehors du cadre.
Des ponts brûlés ou une simple question de timing ?
Reste une question qui flotte autour du cas Maguire : a-t-il payé ses mots après sa première mise à l’écart ? Interrogé sur la possibilité qu’il ait « brûlé quelques ponts » avec ses déclarations à chaud, Mills refuse de spéculer trop loin, mais le timing joue clairement contre l’ancien capitaine de United.
Entre un sélectionneur qui semble vouloir installer un nouveau cycle derrière, une liste de réservistes déjà verrouillée et des choix assumés jusqu’au bout, Maguire se retrouve coincé à la lisière du groupe, sans vraie porte de sortie.
L’Angleterre, elle, avance avec ses certitudes offensives et ses doutes défensifs. Si la ligne arrière vacille à nouveau face à un adversaire de tout premier plan, une question reviendra forcément : combien de temps peut-on se passer d’un joueur qui, jusqu’ici, n’avait jamais vraiment failli sous le maillot national ?



