Harry Kane et le penalty manqué : un geste controversé
Harry Kane a enfin manqué. Et il a une bonne raison.
À Wolfsburg, samedi, le capitaine de l’Angleterre s’est présenté au point de penalty avec l’occasion rêvée : ouvrir le score pour le Bayern, signer son 25e penalty consécutif converti en Bundesliga depuis son arrivée en 2023, inscrire son 11e de la saison et s’installer seul en haut des tablettes, devant la légende Paul Breitner. Un tir au but, une page d’histoire à écrire, tout tenait sur ce pied droit.
La frappe a terminé… dans les nuages.
Un point blanc piégé
36e minute. Kane s’élance, vise la lucarne droite, glisse au moment de planter son pied d’appui et envoie le ballon largement au-dessus. Geste inhabituel, réaction immédiate : il baisse la tête, fixe le point de penalty. Quelque chose cloche.
Les images du VAR vont confirmer son intuition. Sur le ralenti, on distingue clairement le défenseur central de Wolfsburg, Jeanuel Belocian, marcher sur le point de penalty. Une fois. Puis une deuxième, plus appuyée. Juste avant la tentative de Kane.
Interrogé après la rencontre par Bild sur l’intention de ce geste, le jeune international français chez les espoirs ne cherche même pas à se dérober. À la question de savoir s’il a volontairement saboté le point de penalty, il répond simplement : « Oui, c’était facile. »
Pas de détour, pas de faux-semblant. Juste un aveu brut, à l’image de la tension qui règne en bas de tableau.
Les « petits trucs sales » de la lutte pour le maintien
Pour Wolfsburg, chaque détail compte. Chaque point peut valoir une saison entière. Patrick Wimmer ne s’en cache pas. Au micro de Sky Sport Germany, le milieu offensif assume la démarche de son coéquipier.
« Ce sont le genre de petits trucs sales auxquels il faut parfois recourir quand on est là en bas », explique-t-il. Puis il nuance à peine : impossible de savoir si la glissade de Kane vient de ce sabotage ou de ses crampons. Mais l’idée est posée : en lutte pour la survie, Wolfsburg est prêt à flirter avec la ligne.
Dans le camp munichois, tout le monde n’a pas digéré la scène avec la même philosophie. Le jeune Tom Bischof, lui, fulmine. Pour le milieu du Bayern, Belocian a franchi une limite.
« Je sais que Wolfsburg se bat contre la relégation, mais cette action était inutile. Le fair-play doit toujours s’appliquer, même quand l’enjeu est énorme », lâche-t-il, agacé.
Deux visions du football, deux éthiques qui s’entrechoquent autour d’un point blanc maltraité.
Kompany, lucide au milieu de la tempête
Sur le banc du Bayern, Vincent Kompany a vu la même chose que tout le monde. Mais son discours tranche avec la colère ambiante. L’ancien défenseur de Manchester City connaît trop bien les zones grises du haut niveau pour jouer les surpris.
« Qu’est-ce que vous attendez d’eux ? Qu’ils applaudissent quand on marque ? Qu’ils acceptent de descendre sans tout donner ? » interroge-t-il. Il ne valide pas le geste, le qualifie d’inadmissible sur le principe, mais refuse de tomber de sa chaise. « Que le joueur de Wolfsburg fasse ça ? Bien sûr qu’il n’aurait pas dû. Mais je peux aussi le comprendre. »
Kompany n’excuse pas. Il contextualise. En bas de classement, la frontière entre vice et tricherie devient parfois très fine. Wolfsburg a choisi son camp.
Olise délivre le Bayern
Pour Kane, l’histoire aurait pu tourner au cauchemar. Un penalty manqué, un record envolé, un match qui s’enlise. Mais le Bayern a fini par trouver la lumière ailleurs.
À la 56e minute, Michael Olise déclenche une frappe lointaine splendide. Une trajectoire sèche, imparable. 1-0. Le but qui scelle la victoire et masque, au tableau d’affichage du moins, l’épisode du point saboté.
Le Bayern repart de Wolfsburg avec les trois points, sans avoir eu besoin d’un nouveau penalty de son buteur vedette. Pour Kane, le premier échec depuis son arrivée en Allemagne restera sans conséquence sportive immédiate. Statistiquement, en revanche, la trace est là : la série s’arrête, le record partagé avec Paul Breitner tient encore.
Deux fins de saison, deux mondes
La suite s’annonce très différente pour les deux clubs.
Pour le Bayern, il reste un dernier rendez-vous de Bundesliga le week-end prochain, face au FC Köln, avant de plonger dans la finale de DFB-Pokal contre Stuttgart. Une saison à boucler avec un trophée national en ligne de mire, et la possibilité pour Kane de reprendre sa marche en avant depuis les onze mètres.
Pour Wolfsburg, la pente est autrement plus raide. La défaite les laisse à la 16e place, position de barragiste, promis à un duel aller-retour contre le troisième de 2. Bundesliga, actuellement Hannover 96. Un mince filet de sécurité, rien de plus.
Et le danger se rapproche déjà. Si Wolfsburg perd contre St Pauli lors de la prochaine journée, avec un adversaire 17e à la différence de buts seulement, la sanction sera immédiate : relégation directe.
Dans ce contexte, le geste de Belocian prend tout son sens. Un coup de crampon sur un point de penalty, un aveu sans détour, un penalty de Harry Kane qui s’envole. Une manœuvre contestable, mais révélatrice d’un club accroché au vide.
La question, désormais, dépasse ce simple match : jusqu’où Wolfsburg ira-t-il pour rester en Bundesliga ?




