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Football irlandais sous le feu des critiques au Comité de l’Oireachtas

Dans la salle feutrée du Comité de l’Oireachtas sur l’Art, la Communication, la Culture et le Sport, le football irlandais s’est retrouvé une nouvelle fois sur le banc des accusés. Pas pour un résultat, ni pour un classement. Pour des choix politiques, des silences embarrassés et une gouvernance encore sous surveillance.

Le décor est planté dès l’ouverture. Alan Kelly, président du comité, lance les débats. Face à lui, le CEO de la FAI, David Courell, l’ancien dirigeant Paul Cooke, John Martin, Aoife Rafferty et leurs collègues. Sur la table : la gestion des matches contre Israël, la protection des joueurs, la sécurité, le Garda vetting, et une impression persistante de flou.

Israël, Gaza et un vestiaire sous pression

Les interventions basculent très vite du terrain vers la géopolitique. Richard Boyd Barrett ouvre le front le plus explosif : il parle de génocide, rappelle les chants pour l’IDF entendus lors du match, cite le capitaine israélien se disant fier de son État et de ses soldats. Puis il pose la question qui brûle toutes les lèvres : pourquoi maintenir le deuxième match contre Israël ?

Courell reste sur sa ligne. Il admet le malaise, parle d’« éléments » de la situation qui dérangent la FAI, mais ne bouge pas : à ce stade, dit-il, il ne voit aucune raison de changer de position sur la tenue du second match. Le message est clair : la FAI se voit gardienne de « l’avenir du football irlandais », pas instrument de politique étrangère.

Paul Murphy enchaîne. Il rend hommage à Gavin Bazunu, gardien au cœur de la tempête, puis demande à Courell s’il est prêt à dire qu’Israël commet un génocide à Gaza. Courell recule : il affirme ne pas être qualifié pour trancher une telle question.

Le débat s’envenime lorsque les élus reviennent sur la chronologie des décisions autour du match. Daniel Ennis interroge sur le vote des joueurs le samedi matin. Qui l’a organisé ? « Les joueurs eux-mêmes, peut-être avec le staff, certainement pas l’exécutif », répond Courell. Neuf joueurs ne voulaient pas jouer. Mais il insiste : ce vote n’a pas décidé du sort du match. « C’est la FAI qui a décidé de jouer. »

Cooke, lui, s’accroche à un chiffre : 68 %. Selon lui, cette proportion de joueurs favorables à la tenue du match justifie l’appréciation qu’il a donnée publiquement, à savoir que la FAI avait « plutôt bien » géré la crise. Face à Joanna Byrne, qui parle de « défaillances catastrophiques de leadership », il se replie encore sur ce pourcentage, comme sur un bouclier.

Le cas Bazunu, symbole d’un malaise

Le nom de Gavin Bazunu n’est jamais prononcé dans la salle, mais tout le monde sait de qui il est question. Les élus tournent autour du cas du gardien, isolé, au centre d’un débat national sans l’avoir cherché.

Brian Brennan demande quels soutiens lui ont été apportés, qui a décidé de laisser aux joueurs le soin de trancher, et ce qui s’est réellement passé sur l’année écoulée autour de ce match contre Israël. Courell répond que la FAI a « enveloppé » le joueur, insiste sur le fait qu’aucun joueur ne voyage seul, qu’un dispositif médical et psychologique était en place, avec notamment l’ajout d’un psychologue clinicien pour ce rassemblement.

Mais une phrase fait tiquer la salle. Courell révèle que Bazunu a eu un tête-à-tête d’une heure avec le sélectionneur Heimir Hallgrimsson dans son club, en août, pour parler du match contre Israël. Jusqu’ici, l’impression dominante était qu’aucune discussion approfondie n’avait eu lieu avant le rassemblement.

Les contradictions s’enchaînent. Kelly rappelle que Hallgrimsson avait affirmé en conférence de presse ne pas avoir parlé aux gardiens à propos des convocations. Courell rectifie : cette déclaration ne concernait que les appels en sélection, pas la réunion d’août, présentée comme un « rattrapage général ». Puis John Martin admet, sans détour : « Honnêtement, il apparaît que personne n’a parlé aux gardiens » dans la semaine précédant le match. L’aveu tombe, sec.

Une FAI sur la défensive

Les élus ne lâchent pas. Ruth Coppinger accuse la FAI d’avoir trompé le public, à la lumière du fait que les gardiens n’ont pas été consultés comme les autres. Pourquoi Bazunu n’a-t-il pas participé au vote ? John Martin explique : les joueurs sont retournés dans leurs chambres, ont parlé avec leurs proches, puis sont revenus voter. Bazunu n’a pas pris part au vote. Son absence a été comptée comme un « non ».

La gestion politique du dossier est disséquée. Kelly demande si la FAI a, à un moment, sollicité le gouvernement pour qu’il compense d’éventuelles pertes financières en cas de non-dispute du match. Réponse nette de Courell : non. Quand Ennis demande si, à l’inverse, un vote majoritaire contre la tenue du match aurait conduit à l’annulation, Courell esquive.

Sur la question des sanctions potentielles de l’UEFA, Courell explique le dilemme : toute infraction doit passer devant une commission disciplinaire indépendante. Impossible, selon lui, d’obtenir à l’avance une liste claire de sanctions probables. Il souligne que la FAI a eu « plus de 20 réunions » avec l’UEFA en un an sur ce dossier. Il assure que l’instance européenne se montre « sympathique » à la position irlandaise, mais rappelle qu’elle doit décider dans le cadre des 55 associations membres. Un rappel brutal : l’Irlande n’est qu’une voix parmi d’autres.

Brennan résume le sentiment général : « Les joueurs ont été jetés sous le bus par la FAI. Et la FAI a été jetée sous un camion par l’UEFA. Pourquoi ? » Courell répond en invoquant à nouveau le poids des 51 autres associations et le climat particulier en Irlande sur ce sujet.

Safeguarding, sécurité et trous dans la raquette

Quand le débat quitte Israël, il ne devient pas plus confortable pour la FAI. Les questions de safeguarding et de Garda vetting prennent le relais. O’Sullivan demande pourquoi le responsable de la protection des mineurs de la FAI n’est pas présent. Courell rétorque que les quatre plus hauts dirigeants de l’association sont là.

Sur le vetting des arbitres, John Martin affirme d’abord que tous les arbitres du football irlandais sont désormais contrôlés. Mais quand la sénatrice Alyson Comyn demande si c’était déjà le cas il y a trois ans, il admet qu’il ne peut pas le garantir et qu’il devra vérifier. Courell assure que les 1 400 arbitres actuellement dans le système sont bien vetés, sans pouvoir étendre cette certitude aux années précédentes.

Les élus reviennent aussi sur des incidents troublants. Evanne Ní Chuilinn évoque un épisode à Budapest en 2023, où l’équipe féminine d’Irlande a été suivie et harcelée, au point que la police a dû intervenir. Aoife Rafferty dit connaître l’incident. Ní Chuilinn liste ses « trois inquiétudes » : un homme en serviette, et rien d’autre, entré dans la salle de l’équipe ; l’épisode de harcèlement en Hongrie ; et le fait que Rafferty n’ait aucun souvenir d’une conversation pourtant marquante à ce sujet. Elle demande si l’équipe féminine bénéficie de sécurité lors de ses déplacements. Courell répond que oui, et que cette sécurité a été doublée en 2025.

Les questions s’accumulent, la FAI tente de garder la maîtrise du temps. Courell se dit surpris par certains angles, tente parfois de diluer les réponses dans de longues explications générales sur la gouvernance ou la protection des enfants. Kelly le coupe : « C’est de safeguarding qu’il s’agit. Cela en fait partie. »

Méfiance persistante, avenir incertain

Au fil des heures, un fil rouge se dessine : un fossé de confiance entre les élus et la direction de la FAI. Quand Courell refuse de répondre en détail sur certains dossiers d’abus historiques, invoquant le risque de nuire aux enquêtes du Garda, Kelly s’agace. D’autres responsables de la FAI, rappelle-t-il, ont déjà répondu sur ces sujets lors de précédentes auditions.

Sport Ireland et le Département des Sports, eux, se montrent plus mesurés. Interrogés sur l’état de la gouvernance à la FAI, ils reconnaissent des inquiétudes passées mais saluent aussi des progrès réalisés. Une appréciation nuancée qui contraste avec la sévérité de plusieurs élus.

Au milieu de cette tempête, John Martin tente une note plus positive : il parle d’un groupe « exceptionnellement soudé » chez les hommes, assure que quiconque aurait vu le groupe dans le hall de départ en Hongrie dimanche soir aurait constaté son unité. Une image de vestiaire soudé, alors que la maison-mère vacille encore sous les projecteurs politiques.

Reste une impression tenace : entre le poids des décisions de l’UEFA, les tensions internes autour du cas Bazunu, les failles encore visibles en matière de safeguarding et la difficulté de la FAI à répondre frontalement à certaines questions, le football irlandais avance sur une ligne de crête.

La prochaine fois que l’Irlande se retrouvera face à un match chargé de cette dimension politique et morale, la FAI pourra-t-elle encore se réfugier derrière un pourcentage de vestiaire et des réunions à Nyon ? Ou devra-t-elle enfin assumer pleinement le rôle d’institution nationale qu’on lui reproche aujourd’hui de fuir ?