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Fiorentina et Sassuolo terminent sur un 0-0 dans un match tactique

Au Stadio Artemio Franchi, cette affiche de Serie A entre Fiorentina et Sassuolo s’est refermée sur un 0-0 sec, presque brutal dans sa sécheresse, après 90 minutes où les structures tactiques ont pris le pas sur l’inspiration. Suivant ce résultat, la photographie du classement reste parlante : Fiorentina demeure 15e avec 37 points, un total de 8 victoires, 13 nuls et 13 défaites, pour un bilan global de 38 buts marqués et 45 encaissés, soit une différence de buts de -7. Sassuolo, 10e avec 46 points, affiche 13 victoires, 7 nuls, 14 défaites, 41 buts pour et 44 contre, pour une différence de -3. Deux équipes au profil offensif modéré (1.1 but marqué en moyenne pour Fiorentina, 1.2 pour Sassuolo), mais qui ont surtout confirmé ici leur capacité à verrouiller un match.

Paolo Vanoli avait choisi de revenir à son socle le plus utilisé cette saison : un 4-3-3 déjà aligné 11 fois en championnat. D. de Gea dans le but, une ligne défensive Dodo – D. Rugani – L. Ranieri – L. Balbo, un milieu à trois avec R. Mandragora, N. Fagioli et C. Ndour, et un trio offensif J. Harrison – A. Gudmundsson – M. Solomon. En face, Fabio Grosso répondait par un 4-3-3 qui est devenu la véritable signature de Sassuolo (32 matches dans ce système) : S. Turati dans les cages, S. Walukiewicz, J. Idzes, T. Muharemovic et U. Garcia derrière, un milieu I. Kone – N. Matic – K. Thorstvedt, et devant le trio C. Volpato – A. Pinamonti – A. Laurienté.

Les absences ont fortement modelé le récit de cette rencontre. Fiorentina était privée de profondeur et d’expérience sur les côtés avec R. Gosens et F. Parisi indisponibles, mais surtout de son finisseur le plus prolifique, M. Kean (8 buts en championnat), touché au mollet. L’absence de M. Pongračić, suspendu pour accumulation de cartons jaunes, a également pesé sur l’axe défensif : ce défenseur, auteur de 29 tacles, 22 tirs bloqués et 33 interceptions cette saison, est l’un des piliers de la solidité violette. Sassuolo, de son côté, arrivait sans D. Berardi, exclu récemment et suspendu, mais aussi sans D. Boloca, F. Cande, E. Pieragnolo et D. Bakola. La suspension de Berardi, 7 buts, 4 passes décisives et déjà 2 penalties transformés (mais aussi 1 manqué), retirait à Grosso son détonateur habituel sur l’aile droite.

Ces manques expliquent en partie le scénario : un match où les blocs ont pris le dessus sur les individualités, où les défenses ont souvent eu un temps d’avance. Fiorentina, qui marque en moyenne 1.2 but à domicile mais encaisse aussi 1.2 but par match au Franchi, a affiché un visage prudent. Sa répartition des buts cette saison montre un pic offensif entre la 46e et la 60e minute (26.32% de ses réalisations) et une poussée tardive entre la 76e et la 90e (18.42%). Mais ici, ni la sortie de vestiaire ni le money time n’ont réellement fait craquer Sassuolo.

La raison tient aussi au profil de l’adversaire : Sassuolo, sur ses déplacements, encaisse en moyenne 1.2 but par match et a souvent souffert dans le premier quart d’heure (23.26% de ses buts concédés entre la 0e et la 15e minute) et en fin de rencontre (20.93% entre la 76e et la 90e). Sur le papier, la rencontre entre le pic offensif de Fiorentina après la pause et les fragilités précoces ou tardives de Sassuolo promettait un match ouvert. Dans les faits, la ligne Matic – Kone – Thorstvedt a parfaitement densifié l’axe, limitant l’accès entre les lignes pour Gudmundsson.

Le « duel chasseur-bouclier » de la soirée opposait A. Pinamonti, 8 buts cette saison mais aussi 1 penalty manqué, à une arrière-garde de la Viola qui, malgré ses 45 buts encaissés en tout, sait fermer la boutique : 8 clean sheets, dont 5 à domicile. Privé de Berardi pour l’alimenter en centres et en combinaisons, Pinamonti a dû vivre de ballons plus directs, souvent contrôlés par la charnière Rugani – Ranieri. Ranieri, d’ailleurs, a confirmé pourquoi il figure parmi les défenseurs les plus sollicités de la ligue : 34 tacles, 8 tirs bloqués, 20 interceptions sur la saison, et une lecture du jeu qui a étouffé plusieurs débuts de transition.

Dans l’autre sens, le « moteur créatif » de Sassuolo, A. Laurienté, a incarné la principale menace. Avec 8 passes décisives, 47 passes clés et 73 dribbles tentés cette saison, il a cherché à isoler Dodo en un contre un. Mais Fiorentina, consciente du danger, a souvent glissé Fagioli et Ndour en couverture côté ballon, transformant parfois le 4-3-3 en 4-4-2 sans ballon, Harrison se repliant pour fermer le couloir. Résultat : Laurienté a davantage porté le jeu qu’il ne l’a réellement brisé.

Au milieu, l’« engine room » a été dominée par le duel entre R. Mandragora et N. Matic. Le Serbe, fort de ses 1 537 passes réussies cette saison avec 85% de précision et 42 tacles, a tenté d’imposer un tempo plus lent, en fixant la première ligne de pressing puis en trouvant Thorstvedt entre les lignes. Mandragora, lui, a répondu par un travail de harcèlement constant, aidé par la mobilité de Ndour pour fermer les angles de passe vers Pinamonti.

Disciplinaires, les deux équipes sont restées dans leurs standards : Fiorentina, dont 25.64% des cartons jaunes cette saison tombent entre la 76e et la 90e minute, a su éviter le dérapage dans un final pourtant tendu. Sassuolo, habitué aux fins de match électriques (28.38% de ses jaunes entre la 76e et la 90e, et des rouges déjà distribués à Matic, Pinamonti et Berardi sur la saison), a cette fois contenu ses nerfs, sans nouvelle exclusion.

D’un point de vue probabiliste, ce 0-0 s’inscrit dans la logique froide des chiffres : Fiorentina a plus souvent des matches fermés (seulement 2 rencontres au-dessus de 2.5 buts cette saison, 32 en dessous), Sassuolo également (5 au-dessus de 2.5 buts, 29 en dessous). Deux blocs à 1.3 but encaissé en moyenne, deux attaques à peine au-dessus du but par match : le modèle d’Expected Goals projeté par ces données penchait vers une rencontre pauvre en buts, avec un léger avantage territorial à Sassuolo, plus constant dans sa forme récente (13 victoires au total contre 8 pour la Viola).

Suivant ce résultat, la Fiorentina prend un point qui compte dans sa lutte pour rester à distance de la zone rouge, sans dissiper toutefois les doutes sur sa capacité à convertir ses temps forts. Sassuolo, lui, consolide sa place dans le ventre mou supérieur, avec la sensation d’avoir imposé sa structure mais sans avoir trouvé la faille. Un nul qui raconte moins une soirée manquée qu’un bras de fer tactique, où les deux entraîneurs ont surtout cherché à ne pas perdre avant de penser à gagner.

Fiorentina et Sassuolo terminent sur un 0-0 dans un match tactique