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Ethan Nwaneri : le prêt à Marseille qui coûte cher

Le pari devait être brillant, presque évident. Un des plus grands espoirs de Hale End, un technicien de 18 ans envoyé à l’Orange Vélodrome pour se frotter à la Ligue 1, accumuler les minutes, durcir son jeu et revenir à Arsenal transformé. À la place, le prêt d’Ethan Nwaneri tourne à la curiosité financière et sportive.

Selon L’Équipe, l’accord entre Arsenal et l’OM repose sur une mécanique à contre-courant : plus Nwaneri joue, moins Marseille paie. Moins il joue, plus la facture grimpe. Or, le milieu anglais passe ses week-ends à s’user sur le banc. Résultat : l’OM se retrouve à devoir débourser davantage que prévu pour un joueur qui ne voit presque plus le terrain.

Un plan de développement qui s’effondre

Depuis deux mois, le jeune milieu n’a pas débuté une seule rencontre avec l’OM. En interne, certains parlent d’une « impression persistante de nonchalance » dans ses prestations et son attitude. Un mot qui pèse lourd pour un joueur censé incarner l’urgence, la fraîcheur, l’ambition.

Cette perception lui a coûté cher. Il a glissé dans la hiérarchie au moment même où le projet sportif devait se structurer autour de sa créativité. Le joueur envoyé pour accélérer le jeu marseillais en est réduit à le regarder depuis la touche.

De Zerbi parti, le décor s’écroule

Si Nwaneri a accepté Marseille, c’était aussi pour un homme : Roberto De Zerbi. L’idée de travailler sous les ordres de l’Italien, réputé pour sublimer les jeunes milieux offensifs, avait convaincu le clan du joueur comme Arsenal.

Mais le décor a changé brutalement. De Zerbi a quitté le club dans un contexte chaotique peu après la fermeture du mercato de janvier. Le timing a été terrible pour Nwaneri. Il venait d’arriver, venait de marquer pour ses débuts, la promesse était là. Puis tout s’est renversé.

Avec l’arrivée de Habib Beye, le regard posé sur le jeune Gunner s’est durci. Le nouvel entraîneur ne s’est pas montré indulgent face à ce qu’il perçoit comme un manque d’intensité. Le crédit dont bénéficiait Nwaneri s’est évaporé presque aussi vite que son statut de « projet prioritaire ».

Le match qui en dit long

La réalité de sa situation a éclaté au grand jour lors d’un choc face à Monaco. Mason Greenwood, titulaire habituel, était absent. L’occasion semblait idéale pour relancer le jeune prêté par Arsenal, lui offrir une scène, un match à enjeu pour se racheter.

Beye a fait un autre choix. Il a titularisé Hamad Junior Traoré et laissé Nwaneri sur le banc. Décision simple, message brutal. L’entraîneur ne le juge pas prêt pour les rendez-vous à haute intensité. Tant que cette confiance ne revient pas, le compteur de minutes du milieu anglais restera bloqué… et la facture de l’OM continuera de grimper.

Arteta, aucune garantie au retour

Pendant que le prêt patine sur la Canebière, le discours à Londres ne laisse aucun refuge. Mikel Arteta a déjà prévenu : être un enfant de l’académie ne garantit rien à Arsenal.

Le technicien espagnol a rappelé publiquement les standards exigés au club : l’excellence, la constance, la capacité à maintenir un très haut niveau de performance sur la durée, que l’on vienne de Hale End ou de l’étranger. Il faut « le gagner », et le regagner, saison après saison.

Dans ce contexte, l’épisode marseillais de Nwaneri pourrait peser lourd. Un prêt censé prouver qu’il est prêt pour le très haut niveau se transforme en argument à charge. À son retour à l’Emirates, le tapis rouge ne l’attendra pas.

Un actif précieux… et sacrifiable

Les enjeux ne sont pas seulement sportifs. Ils sont aussi comptables. En tant que joueur formé au club, une éventuelle vente de Nwaneri constituerait une plus-value nette dans les comptes d’Arsenal, un levier précieux dans le cadre des règles financières de la Premier League.

Les dirigeants londoniens seraient prêts à écouter les offres pour Nwaneri, mais aussi pour Myles Lewis-Skelly, avec une valorisation cumulée estimée autour de 100 millions de livres. Une manne potentielle pour financer la prochaine phase du projet d’Arteta.

Des clubs observent déjà le dossier. Borussia Dortmund surveillerait la situation, fidèle à sa stratégie de parier sur les talents en difficulté ailleurs mais au potentiel intact.

Un retour à Londres… et après ?

Le constat est implacable : le prêt à Marseille a coûté cher à tout le monde. Cher sportivement pour un joueur qui devait grandir et qui stagne. Cher financièrement pour un club français qui paie davantage parce qu’il ne joue pas. Cher symboliquement pour Arsenal, qui espérait valider une étape cruciale dans la progression de l’un de ses joyaux.

Nwaneri devrait revenir à Londres à la fin de la saison. Mais ce retour ressemble moins à un nouveau départ qu’à un carrefour. Rebondir à Arsenal, repartir en prêt, ou être vendu pour financer un effectif taillé pour les titres : la prochaine décision dira si cette parenthèse marseillaise n’était qu’un accroc… ou le début d’une séparation annoncée.