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Estevão : blessure et course contre la montre avant le Mondial

La date du 18 avril restera longtemps en travers de la gorge d’Estevão. Ce soir-là, lors de la défaite 1-0 de Chelsea face à Manchester United, le prodige brésilien se claque les ischio-jambiers. Depuis, tout s’est figé. Sa saison, son élan, et peut-être même son rêve de Coupe du monde.

Le jeune ailier a choisi de revenir là où tout a commencé pour tenter de renverser le destin. Selon ESPN, il s’est envolé pour São Paulo afin d’utiliser les installations de Palmeiras, son ancien club, dans l’espoir d’accélérer son retour sur les terrains. Un décor familier, des visages connus, un environnement où il a grandi. Mais le cadre a beau être brésilien, le contrôle reste, lui, totalement londonien.

Chelsea ne lâche rien. Le club a dépêché un membre de son staff médical spécialisé au Brésil pour superviser chaque étape du protocole. Rien n’est laissé au hasard : tout doit respecter à la lettre les standards du club de Premier League. Chaque séance, chaque charge de travail, chaque test de résistance du muscle est calibré pour protéger l’investissement et le joueur, même si cela devait lui coûter un billet pour la plus grande scène du football mondial.

Pour Estevão, le timing frôle l’injustice. Sous les ordres de Carlo Ancelotti, il est devenu en quelques mois l’un des points d’appui de l’attaque de la Seleção. Avant cette blessure, sa présence dans la liste finale pour la Coupe du monde en Amérique du Nord ne faisait guère débat. Ancelotti ne tarait pas d’éloges sur son impact depuis sa première cape en septembre 2024. Un gamin propulsé au premier plan, qui répondait déjà comme un vétéran.

Les chiffres racontent la même histoire. Cinq buts en onze sélections chez les A. Une efficacité glaciale devant le but, précisément ce que le sélectionneur comptait exploiter pendant la phase de groupes et au-delà. Et c’est là que le compte à rebours devient brutal.

Coupe du Monde

Le Brésil doit lancer sa Coupe du monde le 13 juin contre le Maroc. À l’échelle d’un muscle qui vient de lâcher, c’est demain. La fenêtre pour retrouver du rythme, de la confiance, et surtout une condition physique compatible avec le très haut niveau se rétrécit jour après jour. Le pays aux cinq étoiles, logé dans le groupe C avec le Maroc, l’Écosse et Haïti, rêve d’un premier titre mondial depuis 2002. Mais il pourrait devoir se passer d’un de ses nouveaux visages les plus tranchants.

À Londres, l’absence d’Estevão se fait déjà sentir. Depuis son arrivée à Stamford Bridge l’été dernier en provenance de Palmeiras, le Brésilien a signé une première saison plus que prometteuse : huit buts en 36 apparitions toutes compétitions confondues. De quoi valider le gros pari financier de Chelsea, qui avait devancé plusieurs cadors européens pour s’attacher ses services. Son explosivité, sa capacité à faire la différence en un contre un, son sang-froid dans la surface ont souvent servi de soupape à une équipe en quête de continuité.

Privés de ce profil, les Blues peinent à trouver un fil conducteur dans leurs performances récentes. Le staff médical du club travaille main dans la main avec les médecins brésiliens pour éviter toute complication à long terme liée à cette déchirure aux ischio-jambiers. La priorité est claire : préserver la carrière. Quitte à sacrifier, s’il le faut, le rêve d’un premier Mondial dès cet été.

À l’Academia de Futebol de Palmeiras, les jours d’Estevão s’enchaînent au rythme des soins, des exercices de renforcement, des courses mesurées. Il avance, mais l’horloge tourne plus vite que lui. Autour de lui, personne ne se berce d’illusions : le jeune ailier « court contre le temps pour être à la Coupe du monde ». Les prochaines semaines au centre d’entraînement paulista diront si ce sprint est héroïque… ou simplement arrivé trop tard.