Enzo Maresca : un privilège d'entraîner Manchester City
Enzo Maresca n’a pas cherché à minimiser la montagne qui se dresse devant lui. Remplacer Pep Guardiola à la tête de Manchester City, c’est entrer dans un bureau tapissé de trophées et de références, en sachant que chaque décision sera comparée à celles de son prédécesseur. Il n’a pourtant pas tremblé au moment de poser les mots.
« C’est un privilège parce que le club a décidé de venir vers moi », a lancé l’Italien lors de sa première conférence de presse en tant qu’entraîneur de City. Un privilège, mais aussi un héritage écrasant : 17 trophées majeurs en dix ans, une identité de jeu devenue modèle, et le statut de plus grand manager de l’histoire du club.
L’exemple Ferguson, le spectre Wenger
Maresca sait ce qui arrive souvent à ceux qui prennent la suite des monuments. Il n’a pas éludé la comparaison avec Manchester United après Sir Alex Ferguson, ni avec Arsenal après Arsène Wenger. Deux géants restés plus de deux décennies en place, deux clubs immédiatement en difficulté au moment du passage de relais.
« C’est un défi. C’est agréable. L’histoire montre que quand un entraîneur reste de nombreuses années dans le même club, ceux qui viennent après souffrent un peu. Après Sir Alex, après Arsène », a-t-il reconnu. Le message est clair : il connaît le terrain miné sur lequel il avance.
Mais Maresca n’entend pas se laisser enfermer dans le rôle du successeur condamné. Il a rapidement basculé sur ce qu’il veut construire « tout de suite » pour « cette organisation, les supporters, tout le monde ». L’urgence n’est pas de se protéger de la comparaison, mais de poser ses propres repères dans un environnement ultra-exigeant.
Une structure taillée pour durer
L’Italien s’accroche à un argument central : la stabilité structurelle de Manchester City. Pour lui, c’est là que se niche sa meilleure chance de réussir là où d’autres, ailleurs, ont échoué.
« L’organisation est l’élément principal. Ce club, cette organisation, n’a eu que trois entraîneurs en 17 ans », a-t-il rappelé en citant Roberto Mancini, Manuel Pellegrini et Pep Guardiola. « Ce n’est pas normal. Ça n’arrive pas souvent. »
Ce fil rouge, de Mancini à Guardiola, il veut le prolonger. Pas tout casser pour exister, mais « continuer le travail qui a été fait depuis Roberto, puis Manuel et pendant 10 ans avec Pep ». Une continuité assumée, presque revendiquée, dans un club qui ne supporte ni les ruptures brutales ni les périodes de transition molles.
Coup dur d’entrée : Rodri sur le billard
Au milieu de ce discours sur la stabilité, une première secousse sportive : Rodri va être opéré du dos lundi et manquera le début de saison. Un problème majeur tant l’Espagnol est devenu le métronome absolu du milieu de City.
Interrogé sur son avenir alors que le Real Madrid s’intéresse à lui, Maresca a calmé le jeu. « Autour des grands joueurs, il y a toujours des spéculations. Je ne suis pas inquiet pour ça », a-t-il assuré. Le contexte n’aide pas : Rodri sort d’un été triomphal avec l’Espagne, sacrée championne du monde, où il a été désigné meilleur joueur ou l’un des tout meilleurs du tournoi. Forcément, cela attire.
Maresca ne s’est pas attardé sur les rumeurs. Il a recentré le débat sur le calendrier du milieu de terrain. « Maintenant, il a une opération lundi. Il a besoin de vacances, de repos. Ensuite, il reviendra ici avec nous. » La priorité est médicale, le reste suivra.
Grealish, Trafford : un effectif encore mouvant
Le nouvel entraîneur a également ouvert la porte à des mouvements dans son groupe. James Trafford, gardien numéro deux et suivi par Leeds, pourrait partir. Jack Grealish, de retour après un prêt à Everton la saison passée, n’est pas assuré de rester non plus.
Sur Grealish, Maresca a été clair sur sa méthode. « Jack, pour le moment, est un joueur de Man City. J’ai toujours dit la même chose : dans n’importe quel club où j’arrive, s’il y a des joueurs qui appartiennent au club, c’est mon devoir d’essayer de les entraîner. Ensuite, on verra ce qui se passe. »
Le ton est similaire pour Trafford, qu’il connaît bien pour l’avoir dirigé avec les U23 de City en 2020-2021. « Je connais James parce que c’était mon gardien quand j’étais avec les U23. Mais tant que le mercato est ouvert, maintenant, en janvier, tout peut arriver. On verra. Pour le moment, c’est l’un de nos gardiens. »
Rien de définitif, tout est possible. C’est le propre d’un été de reconstruction, même dans un club qui refuse de parler de « cycle fini ».
Maresca avance donc dans un décor familier mais sous une lumière crue. Il hérite d’une machine huilée, d’une culture de la victoire et d’une structure pensée pour durer. Il sait aussi que, dans ce genre de club, le temps de grâce est très court. La question n’est plus de savoir s’il est digne de succéder à Guardiola. Elle est simple, implacable : combien de temps lui faudra-t-il pour prouver qu’il peut écrire sa propre ère sans que le nom de Pep revienne à chaque phrase ?




