Eddie Howe quitte Newcastle : fin d'une ère
Eddie Howe va quitter Newcastle avec effet immédiat. L’information, révélée à BBC Sport par plusieurs sources proches du club, tombe en plein cœur de la préparation estivale et laisse St James’ Park sonné.
Le timing frappe autant que la décision. Mercredi encore, Howe était sur le banc pour un match amical de pré-saison, conclu par une lourde défaite 4-1 contre Bristol City. Ce sera sa dernière apparition à la tête des Magpies.
En coulisses, un successeur se dessine déjà : Matthias Jaissle, actuellement en poste à Al-Ahli en Saudi Pro League, est pressenti pour prendre la relève.
De l’espoir à la rupture
Quand Howe arrive en novembre 2021, un mois après le rachat du club par le Saudi Public Investment Fund, Newcastle est un projet à relancer, presque à reconstruire. Il remplace Steve Bruce, redresse une équipe menacée par la relégation, réanime un stade assoupi. Très vite, il devient le visage sportif de la nouvelle ère.
Les chiffres parlent pour lui. Sous sa direction, Newcastle dispute 179 matches de Premier League : 84 victoires, 38 nuls, 57 défaites. Aucun entraîneur du club n’a gagné autant de rencontres dans l’élite. Son pourcentage de succès en championnat (46,9 %) n’est surpassé que par Kevin Keegan.
Mais la saison dernière casse la dynamique. Douzième de Premier League, 17 défaites en 38 journées, une équipe qui se délite au fil des mois après avoir terminé cinquième en 2024-25. La Ligue des champions, atteinte une nouvelle fois et quittée en huitièmes de finale après un 8-3 cumulé contre Barcelone, ne suffit pas à masquer la déception domestique.
Sur le plan émotionnel, la fin d’exercice laisse des traces. Des supporters, qui l’adoraient, ont vu un entraîneur marqué, usé par les blessures, les contraintes du règlement PSR et les turbulences internes. Certains, comme Charlotte Robson du podcast True Faith, estiment que « la séparation à l’amiable » aurait dû intervenir dès mai, quand la saison s’est achevée et que le marché des entraîneurs était ouvert.
Un mercato qui fissure la relation
La cassure se joue aussi sur le terrain du recrutement. Des sources proches du club évoquent la surprise, voire la désillusion de Howe face à la politique de transferts estivale. Il savait que Newcastle devait vendre. Il avait accepté cette réalité et, plus tôt dans l’année, avait même décidé de rester à St James’ Park en dépit de cette perspective.
Puis l’été a tout changé.
Le départ d’Alexander Isak à Liverpool, l’été dernier, avait déjà laissé des traces. En janvier, Howe qualifiait cette perte de « toujours difficile à gérer » et répétait en conférence de presse que son groupe avait besoin de renforts. Ces renforts n’ont jamais vraiment compensé les sorties.
Cet été, la saignée continue : Sandro Tonali file à Tottenham, Anthony Gordon rejoint Barcelone, tandis qu’Arsenal poursuit Bruno Guimarães, le capitaine. Dans le même temps, Newcastle mise sur de jeunes talents, mais sans recruter de joueurs ayant une expérience avérée de la Premier League. Pour certains supporters, comme Tom, c’est une prise de risque majeure, presque une invitation aux ennuis.
Howe, lui, voit son effectif se déliter alors que la préparation bat son plein. Le 4-1 encaissé face à Bristol City vient clore une période où la cohérence sportive semble s’éloigner un peu plus chaque semaine.
Un palmarès qui change le statut du club
Réduire le passage d’Eddie Howe à sa dernière saison serait pourtant oublier l’essentiel. Avec lui, Newcastle a renoué avec les soirées qui comptent.
Il met fin à 70 ans d’attente pour un trophée domestique majeur en remportant la Carabao Cup 2025. Il ramène le club en Ligue des champions en 2023, puis à nouveau en 2025, offrant à St James’ Park des affiches européennes que beaucoup n’osaient plus imaginer. Son Newcastle joue souvent sans peur, avec une intensité qui redonne une identité claire à l’équipe.
Pour de nombreux supporters, Howe a « rendu l’étincelle » au club, sorti Newcastle de la lutte pour le maintien, relancé des joueurs que l’on croyait perdus et donné à la ville des souvenirs durables. Ben, un fan, résume son passage par trois mots : « travail, fierté, souvenirs ».
Même ceux qui craignaient qu’un cycle soit arrivé à son terme peinent à saluer son départ avec légèreté. Hazel, abonnée de longue date, parle de « miracle » pour décrire sa reconstruction et se dit « dévastée » de voir l’anticipation positive pour la nouvelle saison s’évaporer.
Une fracture dans le vestiaire… et dans les tribunes
Les réactions, elles, oscillent entre gratitude, colère et inquiétude. Roger, autre supporter, parle de « désastre total », décrit Howe comme un « maître tacticien au sang-froid » et voit désormais Newcastle comme un « sérieux candidat à la relégation ». Tom estime que perdre un entraîneur au milieu de la pré-saison est « le pire moment possible » et craint que le club ne recule de plusieurs années.
D’autres, comme Simon, appellent à la prudence. Oui, la frustration de la dernière saison était réelle. Oui, certains voulaient un changement. Mais ceux qui réclamaient le départ de Howe « doivent faire attention à ce qu’ils souhaitaient », prévient-il, espérant que le club saura avancer « positivement ».
Dans ce tumulte, un point fait consensus : Eddie Howe quitte Newcastle avec le respect de tous. Il aura incarné, pendant près de quatre ans, le visage sportif du projet saoudien, avec des hauts vertigineux et une dernière saison qui aura fini par le rattraper.
Jaissle attendu, un pari à haut risque
Désormais, tous les regards se tournent vers Matthias Jaissle. L’Allemand, à la tête d’Al-Ahli, est attendu pour reprendre un banc brûlant. Il arriverait dans un club qui a perdu son guide, plusieurs de ses meilleurs joueurs, et qui navigue dans une Premier League plus impitoyable que jamais.
La direction de Newcastle assume un virage majeur en plein été. La question n’est plus de savoir ce qu’Eddie Howe a apporté – l’histoire est déjà écrite – mais si son successeur saura empêcher le projet de glisser du rêve européen vers une bataille beaucoup plus terre à terre.
À St James’ Park, on sait ce que Howe a construit. On va vite découvrir ce que son départ, lui, va vraiment coûter.




