RDC Sport

Duel royal à Takasaki pour le trône de la gymnastique japonaise

Le décor est planté à Takasaki, dans la préfecture de Gunma. Cette semaine, l’All-Japan All-Around Championships 2026 promet un nouveau chapitre d’une rivalité qui structure désormais la gymnastique artistique masculine nippone : Hashimoto Daiki contre Oka Shinnosuke, pour la suprématie nationale… et bien plus encore.

Les projecteurs seront braqués sur le champion du monde et champion olympique en titre. Hashimoto, déjà quintuple tenant du titre, arrive à la Takasaki Arena avec une double pression : défendre son statut et continuer sa marche vers une marque vertigineuse, les 10 sacres consécutifs d’Uchimura Kohei, référence absolue du sport au Japon.

Mais une ombre plane. Une blessure à l’épaule gauche, contractée en mars, interroge. Jusqu’où peut-elle le freiner ? Hashimoto a déjà prouvé qu’il savait composer avec la douleur et les attentes, mais au niveau où il évolue, le moindre déséquilibre technique, la moindre perte d’amplitude peut tout changer.

Le précédent duel entre les deux hommes remonte aux championnats du monde de Jakarta, en octobre. Ce jour-là, Hashimoto avait pris le dessus, rejoignant Uchimura dans un club ultra-fermé : celui des seuls gymnastes masculins à avoir remporté trois titres mondiaux consécutifs au concours général. Un symbole lourd. Une passation de témoin assumée.

Face à lui, Oka Shinnosuke revient avec une revanche à prendre. À Jakarta, il était passé à côté de son rendez-vous : un exercice au sol manqué l’avait fait plonger jusqu’à la cinquième place, loin de ses ambitions. Une prestation vite rangée au rayon des souvenirs à effacer.

Cette fois, le discours autour d’Oka est tout autre. On le dit en grande forme, affûté, régulier sur l’ensemble des agrès. Il sait que l’occasion est idéale : faire tomber Hashimoto sur ses terres, dans un championnat qui compte double. Car ces All-Japan, comme le NHK Trophy le mois prochain, serviront de base à la sélection pour les Championnats du monde de Rotterdam, aux Pays-Bas. Détrôner le roi national, décrocher un premier titre majeur et frapper fort avant la sélection mondiale : le plan est clair.

Chez les femmes, une autre histoire de persévérance s’écrit. À 26 ans, Sugihara Aiko refuse de se laisser ranger dans la case des « vétéranes » en fin de cycle. Lauréate au sol à Jakarta, elle a rappelé qu’elle possédait encore la qualité d’exécution et la fraîcheur mentale pour briller sur la scène internationale.

L’an dernier, elle avait terminé deuxième derrière Kishi Rina aux All-Japan, avant de revenir en force pour remporter le NHK Trophy, dix ans après sa dernière victoire dans cette compétition. Dix ans d’écart entre deux titres : une rareté dans un sport où les carrières se jouent souvent sur quelques étés.

À Takasaki, Sugihara arrive avec une conviction simple : elle n’a pas fini de gagner. Ses enchaînements au sol, portés par une expérience qui se lit dans chaque réception, la placent encore au cœur du jeu, dans un paysage féminin japonais en pleine évolution.

Entre la quête d’un sixième titre consécutif pour Hashimoto, l’appétit d’Oka pour un premier sacre national, et la résistance déterminée de Sugihara au plus haut niveau, ces championnats ne se résument pas à une simple sélection pour Rotterdam. Ils dessinent déjà la hiérarchie d’une génération qui refuse de vivre dans l’ombre d’Uchimura Kohei. La question est désormais simple : qui écrira la prochaine grande ligne de l’histoire à Takasaki ?