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Deniz Undav : L'ascension inattendue du buteur de VfB Stuttgart

Il n’est jamais passé par un centre de formation. Pas de grand club pour le couver, pas de plan de carrière millimétré. Deniz Undav vient d’un autre monde. Et c’est précisément ce qui fascine aujourd’hui une partie du football allemand… et inquiète presque autant son sélectionneur.

« Il a travaillé dur pour son succès. J’aime sa façon de jouer », glisse Jürgen Klopp, désormais Head of Global Soccer chez Red Bull.

De SV Meppen à recordman de VfB

Undav a dû forcer toutes les portes. Découvert via SV Meppen, loin des projecteurs, il s’est construit à contre-courant. Union Saint-Gilloise, Brighton & Hove Albion, puis un prêt à VfB en 2023-24. Là, il explose. Un an suffit pour convaincre Stuttgart d’en faire le transfert le plus cher de son histoire en 2024.

À 29 ans, il domine aujourd’hui les attaquants allemands : 37 contributions décisives cette saison, 24 buts et 13 passes. Un rendement de numéro un. Sur le papier, un candidat naturel à une place de titulaire pour la Coupe du monde.

La réalité est tout autre.

Le but décisif… et la critique publique

Sous les ordres de Julian Nagelsmann, Undav reste cantonné à un rôle de joker. Entrant, impact player, mais pas homme de base. La tension a éclaté au grand jour lors du stage de mars, lors de la victoire 2-1 contre le Ghana.

Ce jour-là, Undav inscrit le but de la victoire en fin de match. L’attaquant de VfB fait ce qu’on attend d’un buteur : il décide. L’Allemagne gagne, le débat devrait être clos. Il ne l’est pas.

Nagelsmann choisit alors un angle surprenant. Au lieu de s’attarder sur la finition, il met en doute la capacité d’Undav à répéter ce geste dans un contexte plus exigeant : « Après avoir couru 70 minutes sous 42 degrés, je ne suis pas sûr qu’il aurait encore la lucidité pour finir comme ça. C’est une longue course, et après 70 minutes – sous 42 degrés – ça peut être dur. Il sera sous pression pour justifier une place de titulaire, donc de mon point de vue, il peut continuer tant qu’il est à l’aise avec son propre total de buts. »

Des mots tranchants. Trop tranchants pour une grande partie de l’opinion publique. Le débat enfle aussitôt : comment un sélectionneur peut-il ainsi refroidir l’un des attaquants les plus en forme du pays, au moment même où celui-ci arrache une victoire ?

Nagelsmann se ravise

La pression finit par peser. Très vite, Nagelsmann corrige le tir. Sur MagentaTV, il présente ses excuses, reconnaissant avoir franchi la ligne : ses propos n’étaient « pas corrects » et « bien trop durs pour être tenus en public ». Il explique avoir longuement échangé avec sa femme, Lena, avant de revenir sur sa position.

Le lendemain du match, raconte-t-il, il s’est excusé directement auprès d’Undav. Le joueur a accepté ces excuses. L’incident semble clos en interne, mais la trace reste : l’attaquant le plus prolifique du pays doit encore convaincre qu’il mérite mieux qu’un statut de remplaçant.

Pendant ce temps, la hiérarchie offensive se dessine.

Havertz et Wirtz intouchables, Musiala en embuscade

Nagelsmann a été clair : Kai Havertz et Florian Wirtz seront des titulaires réguliers en attaque. Havertz, « qui revient en forme », occupe aussi une place centrale dans les plans de Klopp pour la Coupe du monde. « Il est extrêmement important », insiste l’ancien coach de Liverpool.

Autour d’eux, la concurrence est féroce. Jamal Musiala, Nick Woltemade et Leroy Sané ont, eux aussi, de solides chances de débuter lors du Mondial à l’étranger. Le message est limpide : la ligne offensive allemande se construit autour d’un noyau déjà établi, et Undav doit encore forcer la porte… comme il l’a fait toute sa carrière.

À la poursuite de Mario Gomez… et d’un contrat XXL

À Stuttgart, la réalité est tout autre. Avec ses 37 buts et passes décisives combinés, Undav occupe déjà la deuxième place dans l’histoire du club sur une saison. D’après Opta, il n’est plus qu’à quatre unités du record de Mario Gomez en 2008-09 : 35 buts, 6 passes décisives.

Quatre contributions à aller chercher. Trois matches de Bundesliga et une finale de coupe contre le FC Bayern Munich pour y parvenir. Une ligne de mire parfaite : un record de légende à portée de pied, un trophée national à jouer, et un dossier brûlant sur la table des dirigeants.

Car ce sprint final ne se joue pas seulement sur la pelouse. En coulisses, les discussions de prolongation avancent. Undav réclame, dit-on, un salaire record pour le club. Les deux parties restent confiantes quant à un accord, mais chaque but, chaque passe, renforce la position du buteur.

S’il efface Mario Gomez des tablettes et porte VfB jusqu’au bout en coupe, une question deviendra impossible à esquiver : combien de temps encore l’attaque de l’Allemagne pourra-t-elle se passer d’un joueur qui, partout où il passe, finit par faire plier les défenses… et les certitudes ?