David Moyes sur les défis d'Everton avant le sprint final
À Finch Farm, David Moyes ne décroche pas le regard du sprint final. Trois matches, une course à l’Europe encore vivante, et une série de fins de rencontre qui le hantent.
Idrissa sur le fil, Tim rassurant
La première question tombe vite : Idrissa. Est-il définitivement forfait pour le week-end ? Moyes tranche. Il est « out » pour ce match, même si la blessure n’est pas jugée sérieuse et qu’Everton espère le récupérer rapidement. Rien de plus sur la durée, rien de plus sur son avenir immédiat, alors que son contrat arrive à expiration l’été prochain, avec seulement une option d’un mois supplémentaire. Le silence en dit presque autant que les mots.
Sur Tim, le ton change. Crampes lundi, rien de plus, assure Moyes. Il le voit prêt pour dimanche. Interrogé sur Dibling, le manager se montre enthousiaste : « On l’aime beaucoup. » Un garçon à gros potentiel, insiste-t-il, qui devra surtout le prouver la saison prochaine. Everton le voit déjà comme un élément à révéler plutôt qu’un simple espoir de plus.
Les cicatrices du temps additionnel
Quand on lui demande combien de temps il rumine les résultats, Moyes ne joue pas les détachés. Le lundi, confie-t-il, a « frappé assez durement ». Il estime qu’Everton n’aurait pas dû perdre contre West Ham, que la défaite face à Liverpool a laissé des traces, et il pointe un fil rouge : ce qui se passe dans le temps additionnel leur coûte cher. Trois matches, trois scénarios où les dernières minutes ont tout fait basculer.
Le but de Jeremy Doku contre Manchester City reste dans toutes les têtes. Brutal, dans le contexte, parce qu’il maintient Everton dans un inconfort permanent : encore en course pour l’Europe, mais obligé d’aller chercher un gros résultat à Selhurst Park pour rester dans le coup.
Moyes a évidemment revu ces fins de match. Il parle de décisions de joueurs, de concentration, de gestion. Il reconnaît que l’arbitre était dans son droit de prolonger le temps lundi, surtout après la blessure d’Iroegbunam qui l’a forcé à faire un changement. Mais il ne dédouane pas son équipe : il n’était pas nécessaire, selon lui, que trois joueurs se projettent pour chasser un ballon dégagé en fin de rencontre. Trop de risques, pas assez de maîtrise.
Une saison de progrès… mais pas de complaisance
Invité à fixer un objectif pour les trois derniers matches, Moyes refuse les slogans. Il veut qu’Everton « joue bien », répète qu’ils sont encore loin de Manchester City, mais qu’ils ont progressé cette saison. Il réclame plus d’excitation dans le jeu, plus de prise d’initiative, tout en rappelant que la priorité reste simple : gagner.
Son discours sur l’Europe est clair. Voir Aston Villa et Crystal Palace réussir sur la scène continentale lui donne envie de ramener ce frisson à Goodison. Il l’a déjà fait avec West Ham, se souvient-il, et décrit l’expérience comme « incroyable » pour tout le club. Il dit avoir « rêvé toute l’année » de pouvoir offrir la même chose à Everton. La saison dernière s’est terminée sur une note positive, il veut reproduire ce scénario pour maintenir cet élan.
Fin de match, gestion des hommes, et casse-tête offensif
Sur la défaite face à City, il revient à cette idée simple : les matches se jouent en deux mi-temps. Il a adoré la seconde, mais reste « déçu » de ne pas avoir su fermer la boutique. Iroegbunam et Rohl, auteurs de bonnes prestations, ne changent pas sa hiérarchie : ils lui donnent à réfléchir depuis longtemps déjà, dit-il, et ce n’est pas un seul match qui bouleverse sa vision.
Quand la BBC l’interroge sur la rotation, Moyes glisse sur un terrain qu’il connaît par cœur : la gestion des ego. Gérer les attentes, savoir annoncer de mauvaises nouvelles, expliquer des choix parfois incompris. Il cite Tim et Merlin comme des « garçons formidables », convaincu que le public commence seulement à entrevoir ce que Merlin peut apporter. Everton cherche encore la meilleure façon de l’utiliser.
Devant, le débat Barry contre Beto revient. Moyes souligne la forme récente de Beto, puis admet que ses attaquants lui posent un problème de riche toute la saison. Pourraient-ils débuter ensemble ? « Peut-être », répond-il, mais cela impliquerait de modifier « pas mal de choses » dans l’organisation. En situation de « must win », il ne cache pas qu’il tenterait d’aligner un maximum de forces offensives.
Un chiffre le satisfait sans le rassasier : trois joueurs à 8 buts en Premier League cette saison, une première dans l’histoire du club dans l’ère moderne du championnat. Il sourit, puis durcit le ton. Il en veut plus. Everton doit marquer davantage.
Un été déjà en tête, l’académie en ligne de mire
Sur le mercato à venir, Moyes se montre ferme : les trois derniers matches ne bouleverseront pas ses plans. Il se dit « fixé » sur ce qu’il veut faire cet été. Une qualification européenne changerait légèrement la donne, bien sûr, mais pas l’ossature du projet. Il glisse au passage qu’Everton aurait besoin de plus de jeunes de l’académie prêts à pousser la porte de l’équipe première. Le message est envoyé.
Concernant Jack Grealish, il ne donne aucune nouvelle concrète. Il se contente d’une phrase qui en dit long sur la relation entre le joueur et les tribunes : « Jack est aimé partout où il va, et il est certainement aimé ici. »
Palace entre fête européenne et rappel à l’ordre
En face, Crystal Palace sort d’une soirée historique. Une qualification pour la finale de l’UEFA Conference League, un Selhurst Park en fusion, et, en récompense, un jour de repos offert par Oliver Glasner. Le technicien autrichien se souvient d’une mauvaise expérience après le premier match contre Shakhtar : séance d’entraînement le lendemain, joueurs émoussés, équipe moins tranchante.
Cette fois, il a choisi l’inverse. Un jour off, la liberté de profiter de Londres, puis rendez-vous samedi pour basculer sur Everton. Il prévient tout de même : il n’est pas question de « brandir le drapeau blanc » face aux Toffees. Repos, oui. Relâchement, non.
Moyes, lui, refuse de voir dans cette euphorie européenne une opportunité facile. Il espère que Palace ressentira « quelques effets » de ses efforts, mais rappelle que ce genre de soirée donne aussi de la confiance, de l’adrénaline, une dynamique que Glasner a su créer et qu’il félicite ouvertement.
Entre regrets et ambition
À l’approche de ce déplacement à Selhurst Park, tout se mélange : la frustration des arrêts de jeu, les regrets des points envolés, l’obsession de l’Europe, la gestion d’un vestiaire où les jeunes frappent à la porte et où certains cadres, comme Idrissa, pourraient avoir déjà disputé leur dernier match sous ce maillot.
Moyes le sait : il ne peut plus réécrire les fins de match contre City, West Ham ou Liverpool. En revanche, il peut encore dicter le ton de ce sprint final. Everton a progressé, il le répète. Mais dans trois rencontres, seule une chose comptera vraiment : ce progrès aura-t-il suffi à ramener les nuits européennes à Goodison, ou restera-t-il comme une promesse inachevée ?




