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Cristiano Ronaldo et la course au titre en Saudi Pro League

Cristiano Ronaldo n’est plus très loin. À 39 ans, la star d’Al-Nassr touche enfin du doigt son premier grand trophée depuis son arrivée à Riyad en décembre 2022. Mais rien n’est joué. La Saudi Pro League s’avance vers un final sous haute tension, avec un parfum de polémique et de règlements de comptes.

Une course au titre sous haute pression

Il reste trois journées. Al-Nassr compte cinq points d’avance sur Al-Hilal, le voisin honni, invaincu en 30 matchs sous les ordres de Simone Inzaghi. Trente matchs, aucune défaite, et pourtant seulement deuxième. Une anomalie statistique qui, en temps normal, vaudrait au technicien italien des louanges. À Riyad, elle lui vaut… de la pression.

Al-Hilal possède un match en retard. Et surtout, les deux géants se retrouvent mardi prochain pour un choc qui ressemble déjà à une finale de championnat déguisée. Dans un contexte où le PIF, le fonds souverain saoudien, réduit la voilure sur certains investissements sportifs, l’une de ses acquisitions les plus médiatisées se retrouve au centre de toutes les attentions. Le scénario rêvé pour les caméras : Ronaldo, trophée en main, symbole d’une ligue qui veut encore frapper fort.

Mais ce scénario ne plaît pas à tout le monde.

Soupçons, colère et accusations

Depuis des semaines, la rumeur enfle : tout serait trop beau, trop écrit à l’avance. Les décisions arbitrales alimentent les conversations, les réseaux sociaux s’enflamment, et un nom revient sans cesse : Ronaldo.

Ivan Toney, auteur de 27 buts avec Al-Ahli, a servi de porte-voix à la frustration. Malgré son efficacité, le club de Jeddah a décroché d’une course au titre qui, il y a peu, se jouait encore à quatre. Le point de rupture est venu début avril, après un nul 1-1 face à Al-Fayha, marqué par des pénaltys réclamés mais non accordés.

L’attaquant anglais a explosé. Selon lui, l’arbitre leur aurait lancé : « Concentrez-vous sur l’AFC Champions League. » Toney n’en est pas revenu. Pour lui, le message était clair. Il a parlé « d’influence », de forces invisibles qui orienteraient le destin du championnat. Interrogé sur le bénéficiaire de tout cela, il a simplement répondu : « On sait qui. Qui est-ce qu’on poursuit ? »

Son coéquipier Galeno a embrayé, encore plus frontal. Sur X, le Brésilien a écrit que l’on voulait « remettre le trophée », qu’on cherchait à « les sortir du championnat par tous les moyens » pour « offrir le titre à une seule personne ». Une accusation directe, sans détour, qui a valu aux deux joueurs une amende de la commission de discipline et d’éthique de la fédération saoudienne.

Al-Ahli triomphe en Asie, Al-Nassr riposte à Riyad

Sur le terrain continental, Al-Ahli a pourtant trouvé sa consolation. Le 25 avril, le club a décroché la Ligue des champions de l’AFC. Quatre jours plus tard, à Riyad, les supporters d’Al-Ahli sont venus défier Al-Nassr en chantant leur sacre asiatique. Merih Demiral a fait le tour du terrain, médaille au cou, la brandissant fièrement devant un public qui n’a jamais vu Al-Nassr régner sur l’Asie.

Al-Nassr, lui, doit se contenter de la petite sœur, l’AFC Champions League Two, dont il disputera la finale le 16 mai face aux Japonais de Gamba Osaka. Mais ce soir-là, c’est bien le club de Ronaldo qui a eu le dernier mot.

Dans une rencontre électrique, Al-Nassr s’est imposé 2-0. Ronaldo a inscrit le 970e but de sa carrière, encore un chiffre qui donne le vertige. Puis Kingsley Coman a scellé la victoire dans les dernières secondes, d’une frappe rageuse. L’ancien joueur du Bayern Munich a ensuite célébré ostensiblement devant Toney, rejoint dans sa provocation par plusieurs coéquipiers, dont Ronaldo lui-même. Le message était clair : sur le terrain, Al-Nassr répond.

Au coup de sifflet final, Ronaldo ne s’est pas contenté de fêter la victoire. Il a dégainé face aux critiques.

Ronaldo contre-attaque

« Je pense que ce n’est pas bon pour la ligue », a-t-il lancé en parlant des accusations visant le championnat. « Tout le monde se plaint. C’est du football, ce n’est pas une guerre. On sait qu’on doit se battre, tout le monde veut gagner. Mais tout n’est pas permis. Je vais parler à la fin de la saison parce que j’ai vu beaucoup, beaucoup de mauvaises choses. »

Il a ciblé ces joueurs qui « se plaignent », qui postent sur Instagram, sur Facebook, qui parlent des arbitres, de la ligue, du projet. Pour lui, ce climat ne correspond pas à l’objectif affiché par le pays : bâtir une compétition crédible, attractive, regardée.

Le Portugais n’est pourtant pas étranger au feuilleton. Le vétéran de 41 ans a lui-même manqué deux matchs de championnat au début de l’année, selon plusieurs rapports, parce qu’il estimait que le PIF, alors propriétaire des « Big Four », favorisait Al-Hilal. Une ironie qui n’échappe à personne.

Depuis, le décor a changé.

Recomposition en coulisses, tension sur le terrain

Le mois dernier, le PIF a cédé 70 % d’Al-Hilal à Kingdom Holding Company, dirigée par le prince al-Waleed bin Talal. Officiellement, cette vente s’inscrit dans la stratégie du fonds : maximiser les retours, réinjecter le capital dans l’économie nationale, accompagner la diversification du pays.

Sur le plan symbolique, cela redessine aussi la carte du pouvoir dans le football saoudien. Moins de contrôle direct du PIF sur Al-Hilal, plus de marges de manœuvre pour d’autres acteurs, tout en maintenant un niveau d’investissement élevé. Dans ce contexte, voir Ronaldo soulever le trophée de champion aurait évidemment une portée politique et médiatique considérable.

Mais la route s’est brutalement cabossée. Dimanche, Al-Nassr a chuté 3-1 face à Al-Qadsiah, dirigé par Brendan Rodgers. Une défaite qui a mis fin à une série de 20 victoires toutes compétitions confondues et relancé l’idée d’un final à couper le souffle. Al-Nassr garde l’avantage, mais la marge s’est rétrécie, la confiance a pris un coup, et le doute s’est invité dans le vestiaire.

La patte Jorge Jesus et un vrai collectif autour de Ronaldo

Si Al-Nassr se trouve encore en position de force, c’est en grande partie grâce à Jorge Jesus. Le technicien portugais, déjà auteur d’une série record de 34 victoires consécutives avec le club il y a deux ans, a remis de l’ordre dans le projet.

Sous sa direction, les stars ne brillent plus en solo, elles s’inscrivent dans un cadre clair. Pour la première fois depuis l’arrivée de Ronaldo, Al-Nassr ressemble à une équipe au sens plein du terme. João Félix rayonne dans les espaces, Sadio Mané pèse dans les couloirs, Kingsley Coman apporte sa percussion et son sens des grands rendez-vous.

Derrière, la charnière Iñigo Martínez – Mohamed Simakan donne de la solidité, tandis que des joueurs saoudiens comme Nawaf Boushal et Abdulelah al-Amri s’imposent dans un ensemble plus cohérent, plus discipliné. Le bloc vit mieux, le pressing est plus coordonné, les transitions plus tranchantes. Al-Nassr ne dépend plus seulement des éclairs de son numéro 7, même si Ronaldo reste le visage du projet.

Reste une question, immense : ce collectif suffira-t-il à tenir la pression jusqu’au bout, avec Al-Hilal lancé à pleine vitesse et un climat de suspicion qui ne retombe pas ?

La réponse ne viendra pas des réseaux sociaux, ni des conférences de presse enflammées. Elle tombera sur la pelouse, mardi prochain, quand Ronaldo et Al-Nassr croiseront le regard d’Inzaghi et d’Al-Hilal pour ce qui ressemble déjà à un jugement final sur une saison entière.

Cristiano Ronaldo et la course au titre en Saudi Pro League