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Coupe du monde : affiches brûlantes pour les quarts

Les jeux de lumière se font plus cruels, les erreurs coûtent une saison entière, et chaque frappe peut changer un destin. La phase à élimination directe de cette Coupe du monde s’ouvre avec un tableau de huitièmes taillé pour les nuits blanches. Canada, Maroc, France, Brésil, Mexique, Angleterre, États-Unis, Belgique, Portugal, Espagne… les grands noms sont là, mais plus personne n’a de filet de sécurité.

Tour d’horizon des rendez-vous à ne pas manquer.

Canada – Maroc : Bounou, vieil ami, vieux cauchemar

4 juillet, Houston Stadium – 17h00 GMT.

Le Canada connaît déjà le visage de son problème. Il s’appelle Yassine Bounou. Le gardien marocain a passé ses trois premières années à Montréal, l’ancien sélectionneur Benito Floro a tenté de le convaincre de jouer pour les Canucks. Refus poli. Depuis, Bounou est devenu le mur qui les a déjà renvoyés à la maison.

La dernière fois que les Canadiens ont tenté de le faire plier, au Qatar, ils ont buté : défaite 2-1, élimination en phase de groupes. Cette fois, le décor a changé. Le Canada arrive avec ses deux premières victoires en Coupe du monde dans les valises, et une confiance qui n’a plus rien à voir.

Le plan est clair : frapper fort sur les ailes. À droite, Tajon Buchanan, intenable dans le un-contre-un. À gauche, Alphonso Davies, repositionné plus haut après avoir quitté son couloir de latéral. Revenu d’une blessure aux ischio-jambiers lors du match de groupes contre l’Afrique du Sud, le joueur du Bayern Munich a retrouvé du rythme au meilleur moment.

Au milieu, Jesse Marsch a dû improviser. Nathan-Dylan Saliba a pris la place d’Ismaël Koné, victime d’une fracture de la jambe contre le Qatar. Une perte lourde, mais le sélectionneur américain du Canada n’a jamais eu peur de rebattre les cartes dans l’entrejeu.

En face, le Maroc cherche encore l’interrupteur offensif. La « recharge » de l’effectif n’a pas vraiment enflammé les compteurs, mais les Lions de l’Atlas savent qu’ils possèdent une arme ultime : Bounou dans les buts, et la capacité de tenir jusqu’à la séance de tirs au but. Sur un match couperet, cela suffit parfois. Surtout quand la récompense annoncée s’appelle très probablement France, en quarts.

France – Paraguay : les fantômes de l’histoire, la vitesse du présent

4 juillet, Philadelphia Stadium – 21h00 GMT.

Paraguay ne surprendra personne à Clairefontaine. Les précédents sont trop marquants pour être oubliés. En 1958, la France était menée en seconde période avant de renverser le match pour s’imposer 7-3. En 1998, il avait fallu un but en or de Laurent Blanc pour briser la résistance de La Albirroja.

Cette fois, le rapport de force est encore plus tranché. Les Bleus traversent la compétition en accélérant là où les autres soufflent. Paraguay a bien réussi à étouffer l’attaque allemande, mais tenir face à Kylian Mbappé, c’est une autre histoire. Et souvent un autre tempo.

La France a les armes pour frapper plein axe. Michael Olise et Adrien Rabiot dictent le jeu dans le cœur du terrain, cassent les lignes, fixent, décalent. Les ailes, elles, étirent le bloc adverse. Et lorsque l’espace se referme, Olise, Rabiot, voire Theo Hernandez n’hésitent pas à déclencher de loin.

Paraguay, porté par Gustavo Gomez en patron de défense, sait souffrir. Mais la question est simple : combien de temps peut-on résister à une équipe qui « sprinte » sur 90 minutes ?

Brésil – Norvège : le vieux contentieux de 1998 refait surface

5 juillet, New York/New Jersey Stadium – 20h00 GMT.

Il y a des statistiques qui piquent l’orgueil d’un géant. Le Brésil le sait : très peu de sélections affichent un bilan positif contre la Seleção. Trois seulement : les Pays-Bas, la Hongrie… et la Norvège. Pour les Scandinaves, c’est même une fierté nationale : jamais battus par le Brésil (deux victoires, deux nuls).

Le souvenir le plus vif reste ce match de 1998, en phase de groupes. Une fin de rencontre folle, un penalty sifflé par l’arbitre américain Esse Baharmast pour une faute bien réelle, mais longtemps contestée au Brésil. Kjetil Rekdal transforme, victoire 2-1, et la Norvège termine devant le Maroc pour se hisser en huitièmes. C’était la dernière apparition des Norvégiens en phase finale, et l’une des deux seules fois où ils ont atteint les matches à élimination directe.

Depuis, le temps a passé, mais pas la frustration brésilienne. Cette Coupe du monde leur a manqué d’étincelles. Ils viennent peut-être de trouver la leur : Endrick. Entré en jeu contre le Japon, le jeune attaquant a apporté une énergie nouvelle, une agressivité qui manquait. Face à la tour de contrôle norvégienne, il sera sans doute dominé physiquement, mais son sens du déplacement peut tout changer.

Le Brésil cherche un match-référence. La Norvège, elle, défend un bilan parfait contre le monstre sud-américain. Une série va se briser. La question est de savoir si ce sera par la puissance nordique ou par le retour de flamme brésilien.

Mexique – Angleterre : altitude contre certitudes

5 juillet, Mexico City Stadium – 00h00 GMT (lundi).

À 2 240 mètres d’altitude, l’air se fait plus rare. Les jambes brûlent plus vite. Juan Carlos Osorio, ancien sélectionneur du Mexique, résumait ça d’une formule : altitude contre attitude. Pour l’instant, le décor penche nettement du côté d’El Tri.

Quatre matches à domicile, entre Guadalajara et Mexico City. Quatre victoires. Huit buts marqués, aucun encaissé. Le Mexique impose son rythme par la possession, use ses adversaires, puis frappe. Devant, le duo Raul Jimenez – Julian Quinones, Colombien naturalisé, tourne à plein régime. Appels tranchants, permutations constantes, jeu en remise : la mécanique est huilée.

L’Angleterre, elle, arrive avec l’histoire dans la poche : six victoires, deux défaites, un nul contre le Mexique, dont un succès 2-0 à Wembley lors de la Coupe du monde 1966. Mais à Mexico City, le bilan anglais est tout autre : aucune victoire (deux défaites, un nul). Et l’une de ces soirées a accouché de l’un des épisodes les plus célèbres de l’histoire du football : la « main de Dieu » de Diego Maradona, qui a propulsé l’Argentine vers le titre.

Cette fois, les Three Lions ont Harry Kane, et une armada offensive d’un tout autre calibre. Thomas Tuchel a tenté de jouer sur les détails : arrivée tardive pour limiter l’impact de l’altitude, gestion fine de la préparation. Les organisateurs, eux, ont envisagé de modifier l’horaire pour éviter les orages.

Le vainqueur aura droit à un choc en quarts : Brésil ou Norvège. Autant dire qu’il n’y aura pas de temps pour savourer.

États-Unis – Belgique : un vieux complexe à effacer

6 juillet, Seattle Stadium – 00h00 GMT (mardi).

Les États-Unis commencent à se demander s’ils ne sont pas enfin « légitimes » sur la grande scène. La victoire 2-0 contre la Bosnie-Herzégovine a mis fin à une longue attente : c’est leur premier succès en Coupe du monde contre une équipe européenne depuis 2002.

Mais la route se complique. Folarin Balogun est suspendu, et la profondeur au poste d’attaquant est mince. Mauricio Pochettino n’a plus que deux cartes en pointe : Ricardo Pepi et Haji Wright. Il faudra faire les bons choix, et surtout, exploiter chaque occasion.

La Belgique, elle, vient de rappeler pourquoi on ne l’enterre jamais trop vite. Menée de deux buts par le Sénégal, elle a renversé le match grâce à un coup de poker tactique de Rudi Garcia. Le sélectionneur a sorti Kevin De Bruyne et Jeremy Doku pour faire entrer Dodi Lukebakio et le milieu défensif Nicolas Raskin. Un pari osé, presque iconoclaste. L’attaque belge s’est enfin libérée… mais seulement à partir de la 86e minute.

Reste un poids historique : depuis leur première confrontation en Coupe du monde en 1930, la Belgique a enchaîné six victoires de rang contre les États-Unis. Une série qui pèse dans les têtes, et que le groupe américain veut briser à tout prix.

Au bout de ce bras de fer, une récompense de luxe : Portugal ou Espagne en quarts. De quoi transformer un exploit en véritable tournant pour toute une génération.

Portugal – Espagne : Ronaldo, La Roja et le parfum des grandes nuits

6 juillet, Dallas Stadium – 19h00 GMT.

Ce genre d’affiche explique, à lui seul, pourquoi le Portugal a confié son destin à Roberto Martinez. Le sélectionneur a été recruté pour gérer ces soirées où chaque décision sur le banc pèse autant qu’un but.

Pendant la phase de groupes, Martinez semblait avoir trouvé la bonne distance avec Cristiano Ronaldo : le mettre au centre du projet sans l’étouffer. Puis est venu ce match contre la Croatie. Bruno Fernandes et Vitinha rappelés sur le banc, Ronaldo à son tour remplacé alors que le Portugal cherchait encore la faille… et finalement, un but tardif, libérateur.

En face, l’Espagne avance avec une attaque qui monte en puissance. Dani Olmo mène le jeu au milieu, impose son rythme, dicte les attaques. Lamine Yamal, prodige en quête de repères, commence à trouver la bonne mesure entre prise de risque et efficacité. Devant, Mikel Oyarzabal punit la moindre approximation.

L’histoire récente entre ces deux sélections est chargée. En 2010, La Roja avait éliminé le Portugal 1-0 en route vers le titre mondial, muselant totalement Cristiano Ronaldo. Huit ans plus tard, le Portugais avait répondu avec un triplé dans un 3-3 resté dans toutes les mémoires.

Cette fois, il n’y aura pas de deuxième chance. Ni pour Ronaldo, ni pour cette génération espagnole qui veut prouver qu’elle peut, à son tour, régner sur le monde. La question n’est plus de savoir si ce huitième sera spectaculaire. Elle est de savoir qui sortira vivant de ce bras de fer ibérique.