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Corinthians et Memphis Depay : un projet brisé en quelques heures

Fernando Diniz n’a pas cherché à le masquer : il se voyait déjà bâtir Corinthians autour de Memphis Depay. Un projet lourd, pensé sur deux ans, balayé en quelques heures par une décision de la direction qu’il n’a pas pu infléchir.

Après la rencontre, l’entraîneur a laissé transparaître autant sa frustration que son attachement à l’idée de ce duo avorté. « J’attendais vraiment avec impatience de travailler avec Memphis ; je pense qu’on aurait pu former un duo très intéressant, et c’était quelque chose que je voulais beaucoup », a-t-il confié. Il parle d’un plan, pas d’un simple renfort. « C’est quelque chose qui va bien au‑delà du match d’aujourd’hui, un séjour de deux ans, une base que je croyais capable de porter beaucoup de fruits. »

Le technicien refuse toutefois de faire de ce feuilleton l’excuse du jour. Il insiste : il ne sait même pas si Depay aurait été apte à jouer. Mais l’amertume est là, nette, assumée. « Je suis triste de ne pas pouvoir compter sur lui », admet-il, avant de se tourner vers ce qui lui reste : le groupe.

Le club invoque la santé financière, Depay crie à la promesse brisée

Face à la polémique grandissante, Corinthians a choisi la voie institutionnelle. Un communiqué sec, calibré, pour expliquer que la rupture des négociations avec Memphis Depay répond à une seule logique : l’équilibre des comptes.

« Sport Club Corinthians Paulista a décidé de ne pas renouveler le contrat de l’athlète Memphis Depay. Cette décision a été prise uniquement et exclusivement en considération de la santé financière de notre institution, qui exige un équilibre rigoureux et de la responsabilité dans la gestion des ressources disponibles », précise le texte.

Le club y exprime aussi sa « profonde gratitude » envers le Néerlandais et son entourage, saluant des discussions menées, selon lui, dans le but de trouver « le meilleur accord possible ».

La direction reconnaît que le feuilleton a traîné au‑delà des délais habituels. Elle le justifie par le statut du joueur, présenté comme un athlète « distingué ». Elle en profite pour saluer « les efforts infatigables » de tous les départements du club mobilisés pour tenter de rendre son maintien possible.

Mais pendant que le club joue la carte de la prudence financière, Memphis Depay, lui, a choisi la confrontation frontale. Sur X, l’attaquant a explosé.

« Très déçu de lire que Corinthians a décidé de ne pas honorer notre accord en place pour prolonger mon contrat de 2 années supplémentaires », écrit-il. Il affirme que ce renouvellement avait été « explicitement convenu » avec le président ainsi qu’avec les départements sportif, juridique et financier.

Puis la phrase qui change le ton : « Certaines personnes ont toutefois décidé de rompre cet engagement. »

Depay insiste sur le respect qu’il dit avoir montré envers le club pendant tout le processus, mais annonce la couleur : il va répliquer. « Maintenant, je suis forcé de réagir fortement afin de préserver mes intérêts. Dans les prochains jours, je m’exprimerai publiquement, mais soyez sûrs que je ne laisserai pas ce comportement inacceptable sans sanction. »

Le fossé est creusé. D’un côté, un club qui parle d’équilibre budgétaire. De l’autre, une star qui dénonce un engagement rompu. La tempête ne fait sans doute que commencer.

Un vestiaire sonné, mais rassemblé

Dans le vestiaire, l’impact est réel. Memphis Depay n’était pas un simple nom sur une feuille de match. Il était l’un des visages des trois grands titres récents, dont la Copa do Brasil. Deux ans de vestiaire, de liens tissés, de repères techniques et émotionnels.

Diniz le reconnaît sans détour : tout le monde y a pensé. « Je pense que tout le monde l’a ressenti, tout le monde au département football, parce que Memphis a passé deux ans ici. Au‑delà des trophées, il a construit des relations avec tout le monde », rappelle-t-il.

La plupart, selon lui, s’attendaient encore à le voir monter dans l’avion. « Tout le monde s’attendait, et était certain, qu’il ferait le voyage. Donc il y a eu de la frustration. »

Le choc, puis la réaction. « Au moment où des choses se produisent au‑delà de notre contrôle, nous avons dû nous unir encore plus pour livrer la performance que nous avons produite. »

L’entraîneur se tourne alors vers ceux qui sont restés. Il insiste sur leur réponse, presque comme un message interne à son propre groupe. « Les joueurs ont été extraordinaires, comme ils l’ont été avec moi dans la grande majorité des matches – montrant dévouement et sacrifice. Ils ont réussi à transformer un événement triste en motivation pour fournir un effort encore plus grand et obtenir un bon résultat ici. »

Corinthians perd un nom, une référence offensive, une figure de vestiaire. Diniz, lui, perd le partenaire de projet qu’il imaginait pour ancrer son idée de jeu sur la durée.

Reste une question, brutale : après avoir laissé filer un joueur de ce calibre au nom de la rigueur financière, jusqu’où ce Corinthians‑là pourra‑t‑il encore rêver ?