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Chamari Athapaththu : La capitaine du Sri Lanka prête à briller au Mondial T20

À 36 ans, 16e année de cricket international, Chamari Athapaththu reste le cœur battant de Sri Lanka. Et, selon le nouveau sélectionneur Jamie Siddons, la capitaine n’a aucune envie de ranger la batte de sitôt.

Son avenir alimente les conversations depuis des mois, surtout après la Coupe du monde ODI 2025 en Inde, vue par beaucoup comme un possible point final. Le discours a changé. Les mots de Siddons laissent entrevoir une trajectoire bien plus longue, qui pourrait s’étirer au moins jusqu’au prochain cycle de T20.

« Chamari, j’ai eu une très bonne discussion avec elle. Elle veut jouer bien plus longtemps qu’un ou deux ans », affirme le coach, convaincu que si elle maintient ce niveau de forme et « continue de travailler dur là-dessus », rien ne l’empêche de rester une force dominante sur la scène internationale.

Une capitaine en feu avant le Mondial T20

Ce choix tombe à un moment crucial. Sri Lanka se prépare pour la Coupe du monde T20 féminine en Angleterre en juin, et Athapaththu arrive en pleine confiance. Elle vient de mener son équipe à des séries gagnées en ODI et en T20I face aux West Indies, rappel brutal que, lorsqu’elle est lancée, elle change le visage d’un match.

Les signaux récents sont clairs. « Lors des deux derniers matches de préparation, elle a dominé les rencontres. Elle peut continuer encore longtemps », insiste Siddons. Athapaththu ne se contente plus d’être une star isolée : elle devient le socle autour duquel se reconstruit tout un projet.

Préparer l’après sans précipiter la fin

Pour le nouveau sélectionneur, la présence prolongée de sa capitaine est un luxe stratégique. Elle offre du temps. Du temps pour faire éclore une nouvelle génération sans créer un vide brutal dans le vestiaire.

« C’est exactement pour ça que je suis là, je pense », explique-t-il, interrogé sur la préparation de l’après-Athapaththu. « Mettre en place des plans pour intégrer des joueuses, leur apprendre comment se joue ce sport. »

Dans ce chantier, un point l’a frappé : deux jeunes rapides l’ont déjà impressionné. « J’ai vu deux très jeunes fast bowlers très excitantes, au niveau de ce qui se fait de mieux. Elles ne reculeront pas devant le défi. » Un message clair : l’avenir ne se résume pas au numéro 1 du pays, mais elle en reste la passerelle indispensable.

Fini le “cricket sûr” : Siddons veut des frappeuses

Pour sa première grande prise de parole depuis sa nomination le 16 mars, Jamie Siddons a posé le décor. Pour rivaliser avec les meilleures nations, Sri Lanka doit rompre avec une culture du risque limité. Le temps du « jouer la sécurité » est terminé.

Spécialiste reconnu, passé par le staff de l’équipe masculine d’Australie et plusieurs Coupes du monde, il se voit avant tout comme un entraîneur de cricket international, peu importe le genre. Son credo : l’explosivité. Et il compte bien l’injecter dans ce groupe.

Le cœur de sa révolution se situe au bâton. « Nous gagnons avec les simples et les deux points, mais nous ne marquons pas plus de boundaries que l’adversaire, et c’est pour ça que nous perdons contre les meilleures équipes », analyse-t-il. Le diagnostic est tranchant. La solution aussi : « Nous ne pouvons pas être prudentes. Notre objectif est de frapper plus fort et de trouver les intervalles. Nous avons des frappeuses en haut de l’ordre, mais c’est dans les overs du milieu que nous devons progresser. »

Le message est sans détour : ce Sri Lanka-là doit apprendre à cogner, pas seulement à survivre.

Des armes nouvelles avec la balle

Le chantier ne s’arrête pas à la batte. Siddons veut aussi transformer l’arsenal au lancer. Se présenter avec une simple batterie d’offspinners ne suffira plus face aux grandes nations.

« Du point de vue du bowling, il nous faut des astuces. Nous ne pouvons pas juste arriver et lancer de l’offspin, il nous faut différents types de balles », insiste-t-il. Pour les rapides, la consigne est précise : « Chaque fast bowler doit avoir plusieurs slower balls pour montrer ces tours, pour que les batteuses ne puissent pas simplement se régler sur nous. Les meilleures équipes du monde frappent beaucoup de boundaries, nous devons réduire ces boundaries. »

Le plan est clair : plus de variété, plus de ruse, moins de confort pour les batteuses adverses.

Bangladesh, puis l’Angleterre : le test de vérité

Le premier vrai laboratoire de ce nouveau Sri Lanka sera la tournée au Bangladesh, avec trois ODI et trois T20I. Une rampe de lancement avant le grand saut : une Coupe du monde T20 où l’entrée en matière sera brutale.

Au programme, un match d’ouverture contre le pays hôte, l’Angleterre, puis des duels contre la Nouvelle-Zélande et les West Indies. Un calendrier sans filet, sur des surfaces que Siddons s’attend à voir « plates », donc impitoyables pour les attaques qui manquent de tranchant et pour les batteuses qui refusent de prendre l’initiative.

Dans ce contexte, le coach insiste aussi sur un secteur parfois sous-estimé : le champ. « Nous avons d’excellentes joueuses de champ en périphérie, avec de bons bras, et pour celles qui ne l’ont pas, nous avons des stratégies sur leurs positions pour qu’elles remplissent leur rôle. » Chaque détail comptera, surtout lorsque les batteuses adverses chercheront la corde en permanence.

Briser la barrière mentale

Il reste un obstacle plus discret, mais bien réel : la langue. Siddons s’appuie sur ses adjoints pour faire passer ses idées sans perte en ligne. Il ne s’en inquiète pas outre mesure. Pour lui, le vrai verrou est ailleurs.

« Les filles ont le talent ; il leur manque seulement l’état d’esprit », affirme-t-il. Elles ne sont pas condamnées à regarder de loin les standards incarnés par des joueuses comme Amelia Kerr. « Ce sont des êtres humains, elles peuvent jouer un cricket aussi bon qu’une Amelia Kerr. Mon travail est de les libérer, de les faire monter en compétences et de les pousser à être un peu plus courageuses. »

Courageuses. Le mot résume la nouvelle ère. Avec Chamari Athapaththu encore aux commandes et un sélectionneur décidé à secouer les habitudes, Sri Lanka sait désormais où elle veut aller. Reste une question brûlante : jusqu’où cette équipe osera-t-elle pousser ses limites lorsque le rideau se lèvera en Angleterre ?