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Canberra United : un nouveau propriétaire et un projet ambitieux

La scène se passe à McKellar Park, ce terrain que les supporters de Canberra United connaissent par cœur. Pelouse d’hiver, vent froid, mais atmosphère chaude : le club a officiellement trouvé son sauveur. Australian Sports Group (ASG) reprend la licence, sécurise l’avenir de l’équipe féminine en A-League Women et pose les premières pierres d’un projet bien plus vaste.

McKellar Park reste le cœur battant

Theo Fotopoulos, nouveau directeur général de Canberra United et patron d’ASG, n’a pas tourné autour du pot : le club restera chez lui. McKellar Park demeurera le stade principal des matchs à domicile. Mieux, le site pourrait devenir le centre névralgique du projet.

ASG étudie la création d’une véritable base d’entraînement sur place, en lien étroit avec le Belconnen Soccer Club voisin, appelé à devenir un « partenaire stratégique ». Les bureaux du club y seront installés. Le message est clair : on s’ancre dans le nord de Canberra, on ne fait pas que passer.

Le projet de centre d’entraînement prévu autrefois au Throsby Home of Football, porté par Capital Football et le gouvernement de l’ACT, s’est effondré faute de moyens. ASG reprend le dossier à sa manière. Fotopoulos parle de « plusieurs options » autour de Canberra, mais tout indique que McKellar Park tient la corde.

Le terrain est privé, environ six hectares, un luxe rare dans la capitale. Fotopoulos assure avoir déjà discuté avec les parties concernées. Le ton est optimiste. L’idée est simple : offrir enfin au football local un foyer digne de ce nom. Et si ce foyer pouvait naître là où le club a construit son histoire, l’histoire serait cohérente.

Un rachat massif, une garantie immédiate

ASG ne vient pas pour bricoler. Sans révéler le montant exact, Fotopoulos a esquivé les questions sur le prix de la licence. Il est toutefois largement admis que l’opération globale tournerait autour de 15 millions de dollars, incluant aussi le futur projet masculin. Pour Canberra United, la garantie immédiate est claire : jusqu’à 3 millions de dollars injectés sur plusieurs années pour sécuriser l’équipe féminine.

Après deux saisons d’incertitude permanente, le couperet était proche. Capital Football, gestionnaire du club depuis 2008, n’avait plus les moyens de suivre. La saison passée devait être la dernière sous leur gouvernance. Sans repreneur, l’équipe féminine risquait tout simplement de disparaître du paysage de l’A-League Women.

ASG arrive donc en pompier… mais avec un plan de bâtisseur. La participation de Canberra United à la saison 2026-27 est désormais assurée. La tempête administrative est passée, le terrain peut reprendre ses droits.

Continuité sur le banc, urgence sur le mercato

Sur le sportif, le temps presse. Le coup d’envoi de la saison est fixé au 16 octobre, le calendrier sera publié le mois prochain, et la pré-saison doit débuter dans six semaines. L’organigramme sportif doit être verrouillé en urgence.

Les nouveaux propriétaires ont déjà entamé des discussions avec Antoni Jagarinec, l’entraîneur qui a mené Canberra United en play-offs lors des deux dernières campagnes. Les résultats plaident pour lui, et Fotopoulos ne s’en cache pas : le club recherche de la continuité, de la stabilité, pas une révolution de façade.

Les échanges avec le coach ont déjà eu lieu, les discussions avec les joueuses aussi, via le syndicat des joueuses (PFA). L’objectif est limpide : boucler rapidement les signatures, éviter une intersaison interminable et offrir au vestiaire une base claire avant la reprise. ASG se dit confiant quant à la réponse du groupe. La nouvelle propriété veut transformer cette transition en élan, pas en casse-tête.

Un club, deux équipes : la promesse d’un futur masculin

Derrière le sauvetage immédiat de l’équipe féminine, un autre enjeu brûle les lèvres à Canberra : l’arrivée tant attendue d’une équipe masculine en A-League Men. Après 18 ans de débats, de dossiers montés et démontés, d’espoirs douchés, la capitale a souvent eu le sentiment d’être laissée sur le bord de la route.

Pour l’instant, ASG ne détient pas encore de licence masculine, mais une option pour entrer en A-League Men lors de la saison 2028-29. Trois saisons à attendre. Trois saisons à construire. Pour une ville qui piaffe depuis presque deux décennies, le délai peut inquiéter. Mais Fotopoulos se montre catégorique : la création d’une équipe masculine fait partie intégrante du projet.

Il parle de « stratégie jumelle ». Pour lui, la force du club viendra de la coexistence des deux équipes sous la même bannière. Ne pas inclure les hommes, dit-il, serait presque une forme de discrimination. Le message est tranchant : ASG ne vient pas sauver un club féminin isolé, mais ériger un club professionnel complet.

Le président d’ASG, Morris McAlister, et Fotopoulos disposent de deux ans pour structurer ce futur projet masculin, le financer, le faire valider. Dans les coulisses, cette perspective met aussi un terme à une longue saga : celle de la candidature portée par Michael Caggiano, figure de proue du dossier Canberra depuis huit ans. L’Australian Professional Leagues (APL) avait désigné Canberra comme ville prioritaire pour une expansion il y a plus de trois ans, en même temps qu’Auckland, déjà en piste et déjà champion.

Cette fois, l’APL a tranché. Son président, Steve Conroy, salue l’arrivée d’ASG, remercie le gouvernement de l’ACT et la communauté football locale, et présente ce rachat comme une nouvelle étape pour le football professionnel dans la capitale. La patience de Canberra est mise à rude épreuve, mais la route vers l’A-League Men semble enfin balisée.

Le nom reste, le surnom appartiendra au public

Une chose ne bougera pas : l’identité de base du club. Canberra United restera Canberra United, pour les femmes comme pour les hommes. Dix-huit ans d’histoire, de maillots verts, de tribunes remplies en A-League Women, ne seront pas effacés d’un coup de marketing.

Fotopoulos l’a répété : il n’y a aucune raison de jeter ce capital symbolique. Sauf si la communauté exprimait un rejet massif, ce qui est loin d’être le cas. En revanche, le nouveau patron veut ouvrir la porte à un surnom populaire, à une identité complémentaire, choisie par les supporters eux-mêmes.

Une campagne publique est envisagée, potentiellement en lien avec The Canberra Times. Les idées fusent déjà : Cosmos, Arrows, Greens, Lakers, Green Machine… Le terrain est ouvert. L’essentiel, pour ASG, est que cette étiquette vienne du public, pas d’un bureau de consultants.

Des propriétaires venus du business et du vieux football australien

Derrière ce projet, deux hommes : Morris McAlister et Theo Fotopoulos. Le premier vient du monde du commerce, dirige Petron Plus 7 en Australie et en Nouvelle-Zélande, spécialisé dans les lubrifiants et produits pour moteurs et machines. Il est aussi consultant senior chez MEC Team Consultants, qui met en relation des entreprises australiennes avec le marché chinois.

Fotopoulos, lui, est un homme de marketing, directeur général de FOS Group Australia. Tous deux ne découvrent pas le football professionnel. Ils ont déjà roulé leur bosse avec Sydney Cosmos, où Fotopoulos était directeur général, et avec Newcastle Breakers, pensionnaire de la défunte NSL. Fotopoulos a également occupé le poste de directeur général de Sydney Olympic.

Leur profil tranche avec celui de Capital Football : on passe d’une fédération régionale à un propriétaire privé, rompu aux logiques commerciales et aux projets structurés. Pour Canberra United, c’est un changement de culture autant qu’un changement de propriétaire.

Académie, infrastructures, communauté : le chantier global

ASG ne se limite pas à l’équipe première. Fotopoulos a pris un engagement fort : rétablir les filières de formation. L’académie de Canberra United avait été supprimée par Capital Football il y a trois ans, une décision qui avait suscité une vive polémique. Les jeunes talents locaux avaient perdu une voie directe vers le haut niveau.

Le nouveau propriétaire veut refermer cette parenthèse. Il parle de « renforcer les voies de développement pour les garçons et les filles » dans le Territoire et la région capitale. L’objectif est double : nourrir les futures équipes professionnelles et consolider l’ancrage communautaire du club.

ASG annonce aussi sa volonté d’investir dans les infrastructures footballistiques de Canberra. Le discours est ambitieux : communauté, excellence sportive, croissance commerciale, nouveaux équipements. La feuille de route est lourde, mais elle s’inscrit dans un contexte favorable : la ville dispose déjà d’une base de pratiquants massive et d’un public fidèle, qui a fait de Canberra United l’une des équipes les mieux soutenues de l’A-League Women.

Pour une ville qui a longtemps attendu sa place entière dans le football professionnel australien, la question n’est plus de savoir si Canberra sera représentée au plus haut niveau. Elle est désormais beaucoup plus tranchante : jusqu’où Canberra United peut-il aller, maintenant qu’il a enfin les moyens de ses ambitions ?