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Les Black Stars face à l'Angleterre : ajustements cruciaux de Queiroz

Sur le papier, l’écart était net. Panama, 73e au classement FIFA, 39 rangs derrière le Ghana. Sur le terrain, ce fut tout sauf une formalité. Les Black Stars ont souffert, longtemps, trop longtemps, avant d’arracher une victoire étriquée, portée par quelques ajustements de Carlos Queiroz et une bonne dose d’entêtement collectif.

Cette victoire laisse plus de questions que de certitudes. Et devant se dresse désormais un tout autre animal : l’Angleterre de Thomas Tuchel, grande favorite du groupe et candidate déclarée au titre. Une seule confrontation existe dans l’histoire entre les deux nations, un nul 1-1 en amical à Wembley en 2011. Mardi, ce sera la première fois qu’elles se croisent en compétition. Le décor est planté. Il reste au sélectionneur ghanéen à trancher dans le vif.

Le casse-tête Jordan Ayew

Tout commence – et bloque – avec Jordan Ayew. Capitaine, joueur le plus capé de l’effectif, troisième Coupe du monde disputée après 2014 et 2022, héritier du nom Abedi Pelé. Une figure, un poids dans le vestiaire, une mémoire vivante de la sélection.

Et pourtant, face à Panama, son match a relancé un débat qu’on croyait tranché par son statut. Ayew a semblé à contretemps, en difficulté dès que le rythme s’est élevé. Sa pointe de vitesse, déjà limitée, a été mise à nu. Et quand il a eu le ballon, ses choix ont parfois plombé des situations prometteuses.

La séquence la plus parlante : une remise d’Antoine Semenyo, de l’espace devant lui, le même Semenyo qui lance son appel vers le but. Le temps, l’angle, la passe sont là. Ayew choisit de garder le ballon, s’enferme dans la densité et finit par le perdre. Contre Panama, ce genre d’erreur est resté sans conséquence au tableau d’affichage. Contre l’Angleterre, Harry Kane et ses partenaires ne laisseront pas passer ce type de cadeau.

Un avant-centre lent, exposé face à une défense anglaise athlétique, serait une cible facile. Brandon Thomas-Asante offre une alternative : vitesse, impact, une passe décisive déjà, celle pour Caleb Yirenkyi sur le but de la victoire. Mais il n’a ni l’expérience internationale d’Ayew, ni l’habitude de croiser ce concentré de stars que l’Angleterre va aligner.

Alors que faire ? Le laisser sur le banc et se priver de son leadership dans un match aussi chargé en tension ? Le maintenir en pointe et accepter de partir avec un handicap de vitesse ? Aucune des deux options ne tient vraiment.

La voie la plus cohérente mène à un repositionnement. Ayew en milieu offensif, dans ce rôle d’axe avancé où il peut organiser, temporiser, relier les lignes, attaquer les espaces devant la défense plutôt que derrière elle. Là, son manque de vitesse devient moins problématique, et son intelligence entre les lignes prend tout son sens.

Face au Panama, les meilleures séquences ghanéennes sont souvent nées quand Ayew a décroché pour participer au jeu, plutôt que lorsqu’il tentait de faire reculer la défense par des appels qu’il ne pouvait pas gagner. Dans ce registre, il sait orienter, fixer, ouvrir des brèches pour les coureurs autour de lui.

Une ligne offensive avec Ayew en soutien de Semenyo, entouré de Thomas-Asante ou Abdul Fatawu, donnerait au Ghana une arme claire : attaquer les zones latérales fragiles de l’Angleterre avec de la vitesse, tout en gardant sur le terrain le cerveau et la voix de son capitaine.

Thomas Partey, pièce maîtresse oubliée

Un autre choix a pesé lourd contre Panama : l’absence de Thomas Partey au coup d’envoi. Elisha Owusu a souffert, submergé par le milieu adverse, perdu dans une structure collective bancale en première période. Il n’a pas tout raté, mais il a incarné le déséquilibre général.

Avec l’Angleterre en face, l’équation change de dimension. Jude Bellingham et Declan Rice ont dicté leur loi à la Croatie, victoire 4-2 à l’appui, en installant une domination technique et physique au cœur du jeu. Sans un milieu ghanéen capable de répondre, le match peut basculer très vite.

Partey doit retrouver sa place. Sans discussion. Aligné aux côtés du jeune Caleb Yirenkyi, impressionnant d’autorité et de lucidité, il offre au Ghana autre chose qu’une équipe qui court après le ballon. Avec ces deux-là, les Black Stars peuvent, par séquences, contrôler la possession, faire reculer Rice, l’obliger à défendre plus qu’il n’attaque.

Ce double pivot peut fermer les couloirs centraux, empêcher les projections anglaises plein axe et, surtout, libérer Ayew dans ce rôle de lien entre milieu et attaque. Sans Partey, le Ghana subit. Avec lui, il peut au moins choisir quand et où souffrir.

Exploiter les fissures anglaises

L’Angleterre a marqué quatre fois contre la Croatie. Elle en a encaissé deux. Et elle aurait pu en prendre davantage. L’image qui reste de ce match d’ouverture, c’est une équipe dangereuse, mais vulnérable sur les côtés.

Reece James a été pointé du doigt pour un marquage laxiste sur l’un des buts croates. À gauche, Nico O’Reilly a brillé offensivement, mais son travail défensif reste en chantier. Les centres adverses, les un-contre-un, les attaques rapides dans son dos ont souvent mis les Three Lions en difficulté.

C’est précisément là que le Ghana peut frapper. Semenyo, avec ses courses directes et son physique, peut forcer les latéraux anglais à défendre en reculant. Thomas-Asante, lancé dans la profondeur, a le profil pour faire éclater les duels. Abdul Fatawu, par ses prises de balle agressives sur l’aile, peut étirer la ligne défensive et ouvrir des couloirs.

La Croatie a fait mal à chaque fois qu’elle a accéléré avant que la défense anglaise ne se replace. Le Ghana possède la vitesse, la puissance et la créativité pour reproduire ce schéma. À condition d’oser. À condition de jouer vite, sans surcontrôle, sans temps mort superflu.

Entrer dans le match le pied au plancher

Contre Panama, les Ghanéens ont passé une heure à subir. Possession adverse, occasions concédées, réactions plutôt qu’initiatives. Le match ne s’est renversé qu’après les ajustements de Queiroz : Semenyo recentré, structure stabilisée, changements pour muscler le pressing, intensité enfin retrouvée.

Ce scénario-là est intenable face à l’Angleterre. Tuchel a vu la Croatie les mettre en danger en pressant haut, en cassant leurs premières relances. Les Croates ont marqué deux fois, ont fissuré le bloc anglais avant la pause. Mais les Anglais ont aussi frappé deux fois en première période. Laisser ce genre d’adversaire prendre de l’avance, c’est courir derrière un score presque impossible à remonter.

Si le Ghana recule comme contre Panama, le match peut être plié avant même que Queiroz n’ait le temps de réagir. Kane, entouré de finisseurs et de créateurs, ne pardonnera pas. Les Black Stars doivent entrer dans la rencontre avec l’intensité qu’ils ont montrée après la pause lors du premier match, et la maintenir le plus longtemps possible.

Ce duel doit devenir, pour eux, une guerre d’usure. Des duels à chaque zone, un pressing coordonné, des courses répétées, une agressivité contrôlée. Rendre chaque minute inconfortable pour l’Angleterre. Les forcer à défendre, à douter, à reculer.

L’obsession des coups de pied arrêtés

Un chiffre résume le danger : lors de la première journée de ce Mondial, aucune équipe n’a généré plus d’occasions franches sur coups de pied arrêtés que l’Angleterre, hors penalty. Le deuxième but de Kane contre la Croatie vient d’un corner de Rice, repris de la tête, seul, au cœur de la surface.

Le moindre relâchement sur un corner ou un coup franc peut coûter cher. Et une interrogation persiste dans les buts ghanéens : Lawrence Ati-Zigi, touché sur un choc en première période contre Panama et remplacé à la pause, sera-t-il apte ? Si ce n’est pas lui, ce sera Benjamin Asare. Quel que soit le choix, une certitude : aucun marquage ne doit se perdre dans la surface.

Pour limiter le risque, il faut d’abord éviter de multiplier les fautes dans l’axe, à 25 ou 30 mètres. Contre Panama, les espaces laissés devant la défense ont ouvert trop de brèches. C’est là que Partey redevient capital, pour boucher ces trous, couper les transitions et réduire le volume de coups francs dangereux concédés.

Les penalties, eux, doivent rester une ligne rouge. Mais le Ghana sait qu’en cas de faute dans la surface, un autre duel commence : celui du face-à-face avec Kane. L’attaquant anglais a fait de la psychologie un art dans sa course d’élan. Il observe, attend, lit les gardiens. À Asare et Ati-Zigi de l’observer à leur tour, de décoder ses habitudes, de refuser d’être pris au piège.

Queiroz a prévenu après la victoire contre Panama : « Nous devons souffrir, il n’y a pas d’autre voie. » Il a ajouté qu’obtenir un résultat dans cette Coupe du monde « coûte très cher » et que ses joueurs sont prêts à payer le prix. L’Angleterre dira si ces mots étaient une simple déclaration d’intention, ou le début d’un plan capable de faire vaciller l’un des géants du tournoi.