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Arsenal face à Sporting : Arteta appelle au feu pur des supporters

Il y a eu un silence. Pas un silence poli, un vrai trou dans l’air. On venait de demander à Mikel Arteta ce qu’il attendait des supporters d’Arsenal contre Sporting, mercredi soir, pour ce quart de finale retour de Ligue des champions à l’Emirates.

Cette fois, pas de formule maladroite. Pas de petite phrase prête à se retourner contre lui. Après le fameux « apportez votre déjeuner » lancé avant la réception de Bournemouth – et suivi d’une défaite à domicile, d’un stade groggy et de quelques sifflets pour les leaders de Premier League – l’Espagnol a pesé chaque mot.

« Aucun peur. Du feu pur », a lâché Arteta. « C’est ce que je veux voir des joueurs, des gens, de moi-même. C’est tout. Il faut y aller, parce que l’opportunité est incroyable. On est en avril, on a une opportunité incroyable devant nous. Confrontons-la, allons la chercher en mettant absolument tout dedans. »

Arteta sous pression, mais droit dans ses bottes

La semaine a été rude pour lui. Trois deuxièmes places consécutives en Premier League, trois défaites lors des quatre derniers matches, Manchester City qui revient à grandes enjambées, et le doute qui s’installe sur la cheville d’achille de son équipe : Bukayo Saka, touché au tendon d’Achille et sans date de retour claire.

La question plane : Arteta peut-il vraiment mener Arsenal jusqu’au bout ? Lui refuse de parler de crise. Les chiffres, eux, rappellent le choc : avant cette mauvaise série, Arsenal n’avait perdu que trois fois en 49 rencontres toutes compétitions confondues. Le contraste est brutal. La pression, maximale.

En repensant à la défaite contre Bournemouth, qui a laissé City à portée avant le déplacement à l’Etihad, Arteta ne se cache pas. « C’était une grosse déception, difficile à encaisser », reconnaît-il. « Surtout perdre à domicile alors qu’on avait l’opportunité d’agrandir l’écart, de donner plus de certitudes et d’entrer dans cette semaine dans les meilleures conditions. Ce qu’on essaie de faire est difficile, exigeant, cahoteux par moments, et c’est normal que ce soit comme ça. Il faut l’affronter. J’ai dit aux gars : “On essaie de faire dans cette compétition quelque chose qui n’a jamais été fait dans l’histoire du club en 140 ans.” »

Une marche historique à gravir

Ce que vise Arteta, c’est une deuxième demi-finale consécutive de Ligue des champions, une première pour Arsenal. Il s’est trompé sur un point de détail – ce n’est pas la première fois que le club atteint trois quarts de finale de suite, Arsène Wenger l’avait déjà fait entre 2008 et 2010 – mais l’enjeu, lui, est très réel.

Pour rejoindre l’Atlético de Madrid dans le dernier carré, il faudra d’abord écarter un Sporting qui a déjà montré les dents au match aller. Les Portugais auraient pu repartir avec bien plus qu’un simple regret sans les parades décisives de David Raya.

Arsenal a pourtant des raisons de croire. Dix victoires en onze matches dans la compétition cette saison, cinq succès en cinq rencontres à l’Emirates. Le bilan est celui d’un candidat sérieux au titre. Arteta, lui, n’a guère goûté à l’idée que ses propos avant Bournemouth aient pu tendre davantage le public.

« Je n’ai jamais parlé de finale de coupe, mais évidemment on connaît l’importance de chaque match », insiste-t-il. « On a fait pareil en septembre, en octobre, en novembre, en Ligue des champions l’an dernier. Le résultat dicte la perception de ce que tu essaies de faire, de ton succès ou de ton échec. Il faut l’accepter, c’est le football. »

Sans Saka, le relais d’Eze

Dans ce contexte bouillant, un nom revient avec insistance : Eberechi Eze. Avec Saka absent pour un moment encore, le milieu offensif anglais, recruté pour 67,5 millions de livres l’été dernier, peut devenir la clé d’un printemps réussi. Il a déjà montré la voie en marquant le but crucial contre Bayer Leverkusen au tour précédent, lors du match retour. Créativité, imprévisibilité, capacité à casser les lignes : tout ce qui a manqué à Arsenal ces dernières semaines.

Eze, lui, ne doute ni de son entraîneur ni du groupe. « Le coach parle bien, il est passionné, et on voit le feu qu’il a dans les yeux et dans sa tête. Cette énergie se diffuse dans tout le centre d’entraînement », explique-t-il. « On sait l’opportunité qu’on a, on sait ce qui est en jeu, ce qui est possible, et on a une chance d’écrire l’histoire du club. Peu importe ce que les gens disent à l’extérieur, c’est à propos de nous, de ce qu’on fait. On croit énormément en ce qu’on fait, on a tellement de confiance. Le message principal, c’est de rester concentrés sur notre travail et de laisser tomber tout le bruit autour. »

Interrogé sur l’éventuelle « cicatrice » laissée par les échecs récents, Eze refuse l’idée d’un vestiaire traumatisé. « De ce que je vois, l’équipe a énormément de croyance et de confiance », insiste-t-il. « C’est une chose d’avoir de mauvaises expériences, mais ce que tu en fais et la façon dont tu avances à partir de là, c’est plus important. Je vois un groupe plein de gars prêts à aider. Les joueurs arrivés cet été sont prêts à aider, et la mentalité est forte. »

Feu ou cendres

Mercredi soir, l’Emirates saura vite si le message a pris. Arteta a demandé « aucun peur » et « du feu pur ». Les tribunes devront répondre, les joueurs aussi. Le club n’a jamais été aussi près de s’installer durablement dans le dernier carré de la Ligue des champions.

Reste à savoir si cette équipe, souvent brillante mais encore sans titre majeur sous Arteta, transformera enfin cette « opportunité incroyable » en étape fondatrice… ou en nouvelle cicatrice à gérer.