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Arsenal en finale : Arteta aux portes de l’histoire

Pendant de longs mois, cette saison n’a été qu’angoisse, crispation, doutes. Elle pourrait pourtant s’achever dans l’ivresse et l’ascension. Deux fois plutôt qu’une.

Le coup de sifflet final a tout révélé. Des poings serrés, des joueurs hurlant vers le ciel, des accolades qui durent un peu trop longtemps. Ce n’était pas un simple billet pour une finale. C’était la confirmation qu’Arsenal peut, très concrètement, tout rafler : Premier League et Champions League. Les deux trophées qui définissent une ère.

Même si, à elle seule, cette qualification pour une deuxième finale de Champions League dans l’histoire du club – la première depuis 2006 – suffit déjà à mesurer l’ampleur de l’exploit. Qui aurait parié là-dessus en décembre 2019, lorsque Mikel Arteta a pris en main un club à la dérive, sans cap ni crédibilité ? Il a ramené du sérieux, une exigence, une identité. Il a replacé Arsenal à la table des grands.

C’est exactement ce que ce club imaginait, sans vraiment oser y croire.

Arteta, aux portes de l’histoire

Budapest offre désormais à l’entraîneur basque une chance unique : devenir le premier manager à ramener la Champions League à Arsenal. Une ligne qui changerait sa carrière, et l’histoire du club.

Et quel impact cette nuit peut-elle avoir sur la course au titre en Premier League ? Question légitime. Mais, sur ce match, tout cela passait au second plan. Pendant 90 minutes, il n’y avait que cette demi-finale contre l’Atlético de Madrid. Que cette lutte étouffante.

Ce succès ressemble d’ailleurs à la saison entière. Rien n’a été simple. Arsenal a dû se battre pour chaque mètre, pour chaque duel, pour conserver une avance aussi fragile qu’un fil tendu au-dessus du vide.

Ils ont souffert. Ils ont douté. Ils ont continué.

Oui, ils ont eu de la réussite, notamment sur deux décisions de penalty qui auraient pu basculer de l’autre côté. Arteta y verra sans doute une forme de rééquilibrage, après d’autres soirs moins cléments. Une justice tardive.

Et, comme par un clin d’œil du destin, les héros du soir sont précisément ceux qui ont traversé les tempêtes cette saison.

  • Bukayo Saka, longtemps blessé, au point que l’attaque d’Arsenal avait perdu son éclat et que certains se demandaient s’il atteindrait vraiment ce niveau de régularité. C’est lui qui marque le but qui compte.
  • Viktor Gyökeres, régulièrement pointé du doigt comme une recrue de trop, un pari raté. C’est lui qui crée ce but.
  • Myles Lewis-Skelly, ce prodige que l’on disait déjà sur le départ après avoir été si souvent mis de côté. C’est lui qui insuffle l’énergie qui manquait depuis des semaines.

Face à un Atlético qui vit de combat, de rudesse, cette énergie-là était vitale.

Un match âpre, presque brutal

Ce n’était pas un spectacle léché. Par moments, c’était même laid. Mais difficile de rester insensible à l’émotion qui suintait de chaque contact, de chaque contestation, de chaque regard vers le quatrième arbitre.

De l’autre côté, Diego Simeone voit encore une fois la Champions League lui échapper. Cette saison, il n’aura pas ce moment européen qu’il traque depuis plus d’une décennie. Pour Antoine Griezmann, la sentence est encore plus dure : cette défaite scelle son dernier match dans la compétition.

Le constat fait mal. Aussi brillant soit-il par éclairs, Griezmann n’a pas réussi à tenir sur la durée. L’Atlético non plus. Une fois sorti, l’équipe madrilène s’est vidée de sa menace offensive. Il ne restait qu’une occasion arrachée par Alexander Sørloth, insuffisante pour renverser quoi que ce soit.

La tension, elle, n’a jamais faibli. C’était un match lourd, physique, presque épuisant à regarder. Un match qui exigeait du muscle autant que du nerf.

Gyökeres a incarné cette dimension-là.

On l’a souvent critiqué, parfois à juste titre, pour ses difficultés à conserver le ballon dos au but. Là, il a chassé chaque ballon, harcelé chaque défenseur, imposé son corps. Il s’est fait une place dans un match taillé pour lui.

Le but d’Arsenal naît de cette obstination. Gyökeres poursuit un ballon qui semble perdu sur le côté droit. Il s’arrache, se libère, et soudain, la surface de l’Atlético s’ouvre. Pas dans l’axe, non. Tout près de la ligne de but, dans un angle qui réduit ses options.

Il choisit pourtant la bonne.

Un centre arqué vers Leandro Trossard. Frappe croisée, arrêtée par Jan Oblak. Mais Saka avait déjà senti le coup.

Depuis son retour, l’ailier anglais redonne à Arsenal cette menace intérieure, ces courses en diagonale qui désorganisent les défenses. L’Atlético ne l’a pas assez pris en compte. Il surgit entre deux défenseurs et pousse le ballon au fond, presque tranquillement.

Simple sur le geste. Immense sur la portée.

Gyökeres aurait pu, aurait dû, finir le travail plus tard.

Le match dans les détails, les polémiques dans les zones grises

Car, évidemment, rien ne peut être linéaire pour lui. Pas en 2025-26. À la 65e minute, sur un contre parfaitement mené, Piero Hincapié dépose un centre idéal. Gyökeres est seul, face à Oblak, sans pression autour de lui.

Il se trompe sur le rebond. Le ballon s’envole au-dessus.

C’était l’occasion de tuer le match. Trop simple, peut-être, pour cette demi-finale jouée dans les marges, dans les frottements, dans les zones grises.

On l’avait annoncé : à l’opposé du duel spectaculaire entre Paris Saint-Germain et Bayern Munich, cette confrontation-là se jouerait au couteau, dans les détails. On l’a vu jusque dans ces scènes étranges où Griezmann et Robin Le Normand exultent… pour un six mètres obtenu au lieu d’un corner.

Tout s’est joué sur des interprétations de contacts. Sur la limite entre duel licite et faute grossière.

Arsenal peut rallonger sa liste de frustrations après le premier match : Trossard semble bousculé par Griezmann dans la surface. L’action fait débat, sans atteindre l’intensité de certaines réclamations madrilènes.

La plus brûlante concerne Giuliano Simeone. Il semble prêt à profiter d’une erreur de Declan Rice, mais Gabriel intervient. Ou croit intervenir. Les ralentis ne montrent pas clairement le défenseur toucher le ballon, seulement un duel qui finit par envoyer les deux hommes au sol.

L’arbitre accorde un corner. Beaucoup y voient un penalty oublié.

Quelques minutes plus tard, au cœur du meilleur temps fort de l’Atlético, Griezmann s’effondre après un contact avec Riccardo Calafiori. L’arbitre ne tremble pas : coup franc pour Arsenal, après une faute de Marc Pubill dans l’action précédente. Diego Simeone explose sur le bord du terrain, hors de lui.

Arsenal répond par le même feu. Les duels se durcissent encore. Les Gunners ne reculent pas.

Ils gagnent la bataille. Ils gagnent le match. Et ils se retrouvent à deux victoires de tout emporter : l’Europe, l’Angleterre, et peut-être bien une nouvelle dimension dans l’histoire du club.