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Antonio Conte : Le retour du sélectionneur en crise

Le fauteuil de sélectionneur de l’Italie brûle encore à peine laissé vacant par Gennaro Gattuso, déjà les regards se tournent vers un nom qui fait trembler les vestiaires depuis plus d’une décennie : Antonio Conte. Et au milieu de la tempête qui secoue la Fédération italienne (FIGC), Aurelio De Laurentiis vient de jeter un pavé de plus dans la mare.

Conte, le retour du général ?

La porte s’est ouverte après la démission de Gattuso, parti dans la foulée de la défaite en finale des barrages face à la Bosnie-Herzégovine. Une élimination de plus, une cicatrice supplémentaire pour un pays qui a déjà manqué les Coupes du monde 2018, 2022 et désormais 2026. Trois absences consécutives. Pour l’Italie, c’est un séisme culturel autant que sportif.

Dans ce paysage en ruines, Conte apparaît comme l’homme providentiel. Il connaît la maison. Il a pris les rênes de la Nazionale en 2014 après son départ de la Juventus, l’a dirigée pendant 25 rencontres, pour 14 victoires et seulement cinq défaites. Son aventure s’était arrêtée sur une séance de tirs au but cruelle contre l’Allemagne en quart de finale de l’Euro 2016.

Depuis, il a empilé les défis et les titres : Premier League avec Chelsea, Scudetto avec l’Inter, puis retour en Italie pour conduire Napoli au titre de champion la saison dernière. Un CV taillé pour reprendre une sélection en crise profonde.

De Laurentiis ouvre la porte… mais allume la Fédération

Interrogé par CalcioNapoli24, De Laurentiis n’a pas cherché à esquiver le sujet. Le président de Napoli se dit prêt à laisser partir son entraîneur pour la sélection, à une condition claire : que Conte soit sollicité directement pour ce poste prestigieux.

« Conte nouveau sélectionneur ? Si Antonio me le demandait, je pense que je dirais oui », affirme-t-il.

Puis la phrase se durcit. Le feu se tourne vers la FIGC. Selon lui, Conte, qu’il décrit comme « très intelligent », ne se jettera pas dans un système qu’il juge, pour l’instant, totalement désorganisé. Tant qu’il ne verra pas, en face de lui, un interlocuteur sérieux, De Laurentiis est convaincu qu’il renoncera à l’idée de prendre la tête d’un tel chaos.

Le message est limpide : le problème ne se limite plus au banc de touche. Il est institutionnel.

Une Nazionale à la dérive, une Fédération en lambeaux

La pression sur la FIGC a explosé après le naufrage contre la Bosnie-Herzégovine. La campagne de qualification avait déjà pris l’eau dès le mandat de Luciano Spalletti. Gattuso a été appelé en pompier de service, chargé de sauver ce qui pouvait encore l’être. Huit matchs, six victoires, un bilan brut qui pourrait sembler honorable. Mais les défaites contre la Norvège, lors de la dernière journée de la phase de groupes, puis contre la Bosnie-Herzégovine en barrage, ont tout fait basculer.

Cette nouvelle désillusion a agi comme un révélateur brutal d’un système à bout de souffle. Le président de la FIGC, Gabriele Gravina, a quitté son poste. Gianluigi Buffon, chef de délégation, a suivi. Les symboles tombent, les résultats aussi.

L’Italie, quadruple championne du monde, regarde une troisième Coupe du monde consécutive à la télévision. Le constat est vertigineux.

« Sans la Serie A, la Fédération n’existerait pas »

De Laurentiis ne se contente pas de critiquer. Il propose une voie. Pour lui, l’homme capable de remettre de l’ordre s’appelle Giovanni Malagò, actuel président du CONI. Le patron de Napoli le voit en commissaire, puis en président de la FIGC, pour reconstruire un édifice fissuré de partout.

Dans son viseur, la répartition des pouvoirs et des voix au sein du football italien. Il dénonce un système où la Serie A, poumon économique du pays, reste marginalisée dans les décisions.

« Le football italien, c’est la Serie A, qui est traitée comme une Cendrillon », lâche-t-il.

Il rappelle un chiffre qui fait grincer : le championnat n’aurait que 18 % de poids au sein de la Fédération, tandis que les amateurs et les joueurs détiennent la majorité. Pour lui, c’est une aberration, surtout au regard de l’apport financier colossal des clubs de l’élite.

De Laurentiis évoque un chiffre : environ 130 millions d’euros par an versés par la Serie A pour faire vivre la Fédération. Sans ce flux, martèle-t-il, la FIGC ne tiendrait tout simplement pas debout.

Conte au milieu du brasier

Au final, le nom d’Antonio Conte cristallise tout : l’urgence sportive, la crise politique, la bataille de pouvoir entre clubs et instances. De Laurentiis se dit prêt à le laisser partir. La sélection a besoin d’un leader fort. Conte coche toutes les cases.

Mais une question domine toutes les autres : un entraîneur obsédé par la structure, la discipline et le contrôle acceptera-t-il de se jeter dans une Fédération que l’un des présidents les plus influents du pays décrit comme « complètement désorganisée » ?

La réponse ne dépend pas seulement de Conte. Elle dépend d’abord de ce que l’Italie veut faire de son football.