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Antoine Semenyo brille sur le terrain mais fait face au racisme en ligne

Antoine Semenyo, soirée parfaite sur le terrain, cauchemar en ligne

Manchester City venait de signer un succès majuscule. Un 3-0 net et sans bavure sur la pelouse de Stamford Bridge, un message envoyé à Arsenal dans la course au titre, et une nouvelle prestation aboutie d’Antoine Semenyo en pointe de l’attaque. Puis, une notification Instagram a tout sali.

L’attaquant ghanéen, 26 ans, recruté en janvier pour 64 millions de livres en provenance de Bournemouth, a découvert sous son traditionnel post de célébration un commentaire raciste d’une violence crue. Au lieu de l’ignorer, il a choisi de l’exposer. Lundi soir, il a partagé la capture de cet insultant message en story, révélant une nouvelle fois le visage le plus sombre du football moderne.

Un transfert XXL, une intégration immédiate

Depuis son arrivée à l’Etihad, Semenyo coche toutes les cases. Pep Guardiola l’a lancé sans hésiter, et l’ancien de Bournemouth s’est fondu dans le collectif comme s’il y avait grandi. Dans un secteur offensif longtemps trop dépendant d’Erling Haaland sur la première moitié de saison, il a apporté profondeur, volume de course et efficacité.

Au point de devenir l’un des premiers noms couchés sur la feuille de match. À Stamford Bridge, il a encore pesé sur la défense de Chelsea, ouvrant des brèches, fixant, libérant des espaces pour ses partenaires. Marc Guehi, autre renfort hivernal, a d’ailleurs trouvé le chemin des filets lors de ce 3-0 maîtrisé dans l’ouest londonien.

Ce succès replace City dans le rétroviseur d’Arsenal : six points d’écart, un match en retard, et une affiche déjà annoncée comme potentiellement décisive ce dimanche à l’Etihad. Jeremy Doku ne s’en cache pas, ce choc ressemble à un tournant dans la saison.

Mais l’euphorie sportive a vite été reléguée au second plan.

Le poison des réseaux sociaux

La scène est devenue tristement banale : un joueur poste une photo de victoire, les félicitations affluent, puis, au milieu, un dérapage raciste, lâche, planqué derrière un pseudo. Cette fois, la cible s’appelle Antoine Semenyo.

Le Ghanéen a choisi de montrer, pas de cacher. Son geste souligne une réalité dérangeante : la fréquence de ces attaques ne choque plus autant qu’elle le devrait. On s’indigne, on condamne, on passe à autre chose. Jusqu’à la prochaine fois.

Le cas Semenyo s’inscrit dans une longue liste. Le club n’y échappe pas depuis des années, et Stamford Bridge reste tristement associé à plusieurs épisodes. Lors de la saison 2018-2019, Raheem Sterling avait été insulté en bord de terrain par des supporters de Chelsea, identifiés puis bannis par la suite. Les tribunes ont bougé, un peu. Les réseaux, beaucoup moins.

La question revient, insistante : les plateformes sociales font-elles réellement tout ce qu’elles peuvent pour enrayer ce fléau ? Les outils existent, les signalements aussi, les campagnes de sensibilisation se succèdent. Pourtant, les joueurs continuent de servir de punching-ball virtuel à chaque contre-performance, chaque prise de position, ou simplement chaque exposition médiatique.

Une normalité insupportable

Ce n’est sans doute pas la première fois que Semenyo subit ce genre d’attaques. Et c’est précisément ce qui glace : l’habitude. Quand le racisme devient un bruit de fond, un élément « attendu » de la carrière d’un footballeur noir, le problème dépasse largement le cadre du sport.

Dans le vestiaire de Manchester City, le soutien ne fera pas défaut. Le groupe est l’un des plus cosmopolites d’Europe, habitué à défendre haut et fort la diversité qu’il incarne au quotidien. Semenyo pourra s’appuyer sur cette unité pour continuer d’avancer, de jouer, de marquer, de peser dans la course au titre.

Guardiola ne devrait pas toucher à son statut : sauf surprise, le Ghanéen gardera sa place de titulaire pour la réception d’Arsenal. Le terrain, encore et toujours, comme refuge et comme réponse.

Reste une autre question, plus large, qui dépasse la tactique et les classements : combien de temps le football acceptera-t-il que ses acteurs soient ainsi ciblés, semaine après semaine, sans que les responsables paient réellement le prix de leurs actes ?

Antoine Semenyo brille sur le terrain mais fait face au racisme en ligne