Anthony Gordon : un été décisif entre la World Cup et le Bayern
Anthony Gordon se trouve à un carrefour. À court terme, l’ailier de Newcastle doit d’abord tirer son club d’une fin de saison qui s’étire, sans rythme, loin des ambitions nées avec l’arrivée des nouveaux propriétaires. Mais, en arrière-plan, deux mots s’imposent déjà : World Cup. Et, juste derrière, un autre thème brûlant : son avenir.
Le joueur de 25 ans vit ces dernières semaines avec une double pression. Convaincre Thomas Tuchel de lui confier le couloir gauche de l’Angleterre cet été. Et clarifier un futur en club qui s’annonce comme l’un des feuilletons majeurs du prochain mercato.
Newcastle sous contrainte, Gordon au cœur du marché
À St James’ Park, les comptes parlent aussi fort que le terrain. Sans qualification européenne, Newcastle devra vendre au moins un de ses « joyaux » pour offrir à Eddie Howe les moyens de renforcer un effectif qui s’est essoufflé. Gordon fait partie de ce noyau dur de joueurs les plus bankables, aux côtés de Tino Livramento, Bruno Guimaraes, Sandro Tonali et Lewis Hall.
Le message circule déjà dans les coulisses : le club écoutera les offres pour Gordon en fin de saison.
Newcastle n’est pas en position de faiblesse totale. Recruté à Everton pour 45 millions de livres il y a trois ans, l’ailier est désormais lié pour encore quatre saisons. Cette durée de contrat offre un levier clair aux dirigeants, qui estiment pouvoir réclamer au minimum 70 millions de livres. Mais les règles de profitabilité et de durabilité pèsent lourd sur les finances du club, et les grands d’Europe savent parfaitement que la marge de manœuvre des Magpies est limitée.
Bayern en pole, Arsenal à l’affût
Dans ce contexte, un géant a décidé d’accélérer. Des sources bien informées indiquent que le Bayern Munich a intensifié son intérêt pour Gordon ces dernières semaines. Le joueur sait que le champion de Bundesliga apprécie son profil. Et, à ce stade, il serait ouvert à l’idée de découvrir l’Allemagne.
Difficile de trouver meilleure vitrine : le Bayern offre des salaires de très haut niveau, une quasi-certitude de jouer le titre chaque saison, et la perspective de former un duo offensif de club avec le capitaine de l’Angleterre, Harry Kane. Pour un joueur qui rêve de s’installer durablement au plus haut niveau international, le tableau est séduisant.
Une question demeure pourtant : où jouerait-il vraiment ? Sur le papier, le poste d’ailier gauche semble déjà verrouillé par Luis Diaz. Gordon aurait-il le temps de jeu suffisant à l’Allianz Arena pour justifier un tel saut ? La réponse dépendra autant des plans tactiques du Bayern que de la capacité du club à trouver un accord financier avec Newcastle.
Car l’obstacle principal reste le prix. Les 70 millions de livres réclamés forment une barrière réelle, même pour Munich. Et le Bayern sait qu’il ne sera pas seul sur le dossier.
Arsenal, notamment, n’a jamais complètement tourné la page. Le club londonien a sérieusement envisagé une offre à l’été 2024 et son intérêt n’a pas disparu. Les Gunners cherchent à nouveau un ailier gauche pour le prochain mercato. Leur degré d’agressivité sur le dossier Gordon dépendra du tarif final et de la concurrence de leurs autres cibles, dans une fenêtre estivale où la direction sportive veut adopter une approche plus équilibrée.
Une chose est sûre : si Newcastle ouvre la porte, la table sera bien garnie.
Tuchel, le couloir gauche et la bataille pour l’Angleterre
Pendant que les dirigeants discutent chiffres et clauses, Thomas Tuchel, lui, pense à ses ailes. Le sélectionneur de l’Angleterre a déjà en tête l’ossature de son onze pour la World Cup. Mais le flanc gauche reste l’un des rares postes encore vraiment ouverts.
Anthony Gordon est en plein cœur de cette bataille, face à Marcus Rashford et Morgan Rogers.
Tuchel apprécie particulièrement l’ailier de Newcastle pour une raison précise : son volume de travail global. Il le juge plus discipliné défensivement que Rashford ou Rogers. Dans un tournoi long, où chaque détail compte à mesure que les tours passent, cette capacité à fermer son couloir, à coulisser, à répéter les efforts sans ballon, peut peser lourd dans la balance.
Gordon n’est pas qu’un coureur infatigable. Il sait aussi faire mal dans le dernier tiers, provoquer, attaquer la profondeur, fixer son vis-à-vis. Mais la concurrence est féroce.
Morgan Rogers a brillé pendant les qualifications en dépannant en numéro 10, en l’absence de Jude Bellingham. Le retour attendu du milieu du Real Madrid à ce poste lors de la World Cup rebouche cette brèche. Pour l’attaquant d’Aston Villa, la voie la plus directe vers le onze de départ passe donc, elle aussi, par ce côté gauche… au détriment potentiel de Gordon.
Et il y a Rashford. Mis à l’écart un temps du groupe national, l’attaquant prêté au Barcelona a été rappelé par Tuchel dès sa prise de fonction. Le technicien allemand adore sa vitesse, sa capacité à éliminer, sa menace constante dans la surface. Il le considère comme une pièce importante de son puzzle offensif.
Tuchel a sans doute déjà une idée assez claire de l’homme qui débutera, si tout le monde est apte, sur l’aile gauche lors du match d’ouverture contre la Croatie, le 17 juin. Mais l’Allemand reste sensible à la forme du moment. Les performances dans le sprint final de la saison peuvent encore infléchir sa décision.
Une fin de saison à double enjeu
Pour Anthony Gordon, chaque match compte double. Chaque accélération, chaque repli, chaque but pèse à la fois dans l’esprit de Tuchel et dans les calculs des recruteurs européens.
Rester à Newcastle en leader d’un projet qui doit repartir de l’avant, ou plonger dans le grand bain d’un géant comme le Bayern. S’imposer comme le titulaire du couloir gauche de l’Angleterre, ou regarder la World Cup en sachant qu’une place lui a échappé de peu.
Son été ne se jouera pas seulement au mercato. Il commence maintenant, sur la pelouse.




