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Andrey Santos : Scholes et Butt refroidissent l’enthousiasme à Manchester United

Manchester United s’apprête à boucler un gros pari. Andrey Santos, milieu brésilien de 22 ans, doit signer ce vendredi après avoir passé avec succès sa visite médicale, selon Fabrizio Romano. Montant de l’opération : un package à 50 millions de livres, contrat jusqu’en juin 2031 avec option supplémentaire. Un investissement massif pour un joueur qui n’a débuté que 13 matches de Premier League avec Chelsea la saison dernière.

Et c’est précisément là que les doutes s’installent. Deux voix respectées de l’ancienne garde de United, Paul Scholes et Nicky Butt, ne sont pas convaincues.

Butt : “Rien ne saute aux yeux”

Interrogé par Paddy Power, Nicky Butt ne tourne pas autour du pot. Pour lui, la somme change tout.

« S’il est recruté pour 25-30 millions de livres, tu peux comprendre, Manchester United doit construire un effectif », explique l’ancien milieu. Il insiste sur l’idée de profondeur de banc, de concurrence, de rotation. Mais à 50 millions, le statut n’est plus le même. « Il ne va pas être signé pour 50 millions pour rester sur le banc, il doit être titulaire. »

Butt connaît le poste, le contexte et la pression. Et ce qu’il a vu de Santos ne l’enthousiasme pas : « Je l’ai vu jouer quelques fois mais rien ne se démarque au point de te faire dire : “Waouh, il a une qualité exceptionnelle balle au pied” ou “c’est un monstre physique”. »

Le transfert, dit-il, sort « totalement de nulle part ». Deux scénarios s’affrontent dans son esprit : soit un coup de génie du recrutement qui anticipe « le prochain très grand », soit une prise de risque démesurée sur un joueur encore très loin des standards exigés à Old Trafford. Un chiffre le hante : Santos n’a commencé que 13 rencontres avec un Chelsea qui a terminé dixième. « Ça ne crie pas “super recrue” », lâche Butt, lucide mais sans animosité. « J’espère me tromper. J’espère qu’il deviendra un grand joueur et qu’il nous bluffera. »

“United n’a pas le temps d’attendre un ou deux ans”

Ce qui inquiète encore plus Butt, c’est le contexte global du mercato mancunien. Le club cherche deux, voire trois milieux cet été, tout en refusant de surpayer d’autres cibles comme Elliot Anderson, Matheus Fernandes ou Sandro Tonali. Pour l’ancien numéro 8, Santos ne peut pas être la pièce maîtresse du puzzle.

Il accepterait mieux ce pari si un milieu à 100 millions de livres arrivait aussi dans la foulée. Là, Santos deviendrait un projet, un joueur à développer sans urgence absolue. « Parce qu’on doit toujours acheter de jeunes joueurs avec du potentiel pour l’avenir », concède-t-il.

Mais si le Brésilien est « jeté directement dans le grand bain » et sommé de porter le milieu de terrain immédiatement, le risque devient immense. « United n’a pas le temps de laisser les gens s’installer pendant un an ou deux, ils doivent être performants tout de suite. »

Butt compare avec d’autres profils déjà installés en Premier League. Il cite Elliot Anderson, Matheus Fernandes, Sandro Tonali : des joueurs qui, selon lui, donnent l’impression d’évoluer dans le championnat depuis dix ans tant ils s’y sont adaptés rapidement. « Ce gamin a à peine joué 10 matches. C’est étrange, ce n’est pas un transfert qui me fait sauter de joie. On a besoin de milieux qui nous rendent vraiment meilleurs. Là, on achète du potentiel plutôt que quelqu’un qui a déjà fait ses preuves. »

Et il prévient : Santos pourrait devenir « le meilleur recrutement des cinq ou dix dernières années »… ou finir comme un autre milieu très attendu, Manuel Ugarte, incapable de s’imposer au plus haut niveau. Le spectre de l’erreur de casting plane.

Scholes s’interroge : “Pourquoi Chelsea le vend ?”

Sur le podcast The Good, The Bad & The Football, Paul Scholes partage la même réserve. Il ne voit pas Old Trafford s’enflammer pour ce deal.

« Je ne pense pas qu’il va y avoir beaucoup d’excitation, disons-le comme ça », lance-t-il. Sa question centrale est brutale, mais logique : « Pourquoi Chelsea vend un gamin de 22 ans ? »

Dans un marché où les milieux de haut niveau se raréfient, United se retrouve à piocher dans un profil encore brut, pendant que d’autres cibles glissent entre les doigts. Scholes rappelle que Sandro Tonali a déjà pris la direction de Tottenham. Il évoque aussi Bruno Guimarães, qu’il juge « vraiment très bon », même s’il doute de son adéquation athlétique avec United, et qui semble désormais privilégier Arsenal.

Adam Wharton, de Crystal Palace, apparaît à ses yeux comme une possibilité plus crédible. « Je pense que c’est toujours un bon joueur et qu’il serait disponible au bon prix. Ils doivent faire quelque chose », insiste Scholes. L’urgence est là, palpable.

Un pari financier, mais United a besoin de certitudes

Scholes va plus loin et touche un point sensible : la stratégie de la direction. Selon lui, ce sont « les gars tout en haut du club » qui tranchent les cibles. Et il imagine déjà la logique derrière Santos : un joueur jeune, revendable, qui peut prendre de la valeur. « Ils doivent voir une valeur dans ce joueur comme actif revendable. Mais Manchester United qui achète des joueurs pour leur valeur de revente ? On a besoin de joueurs pour maintenant. »

La phrase claque comme un rappel à l’ordre. United va retrouver la Ligue des champions la saison prochaine. Trois matches par semaine, une exigence permanente, un calendrier sans pitié. « Ça va être terrible sans ces joueurs », prévient Scholes, en référence aux renforts indispensables au milieu.

Le club veut au moins deux milieux, peut-être trois. Ederson, en provenance de l’Atalanta, est lui aussi proche, même si des doutes entourent sa deuxième visite médicale. Les dirigeants refusent de surpayer certaines cibles, mais s’engagent sur un package à 50 millions pour un joueur encore en apprentissage du très haut niveau anglais.

Le message de Scholes et Butt n’est pas un réquisitoire contre Andrey Santos. C’est un avertissement adressé au club : Manchester United ne peut plus se permettre de rater ses gros paris au milieu de terrain. Le Brésilien arrive avec une étiquette lourde, un CV encore léger, et un vestiaire qui n’a plus le luxe d’attendre.

La question n’est plus de savoir si Santos a du potentiel. Elle est de savoir s’il peut, dès maintenant, porter le poids d’un milieu de Manchester United en Ligue des champions.