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Adieu à Mohamed Salah : Un roi quitte Liverpool

Anfield s’apprête à dire adieu à un roi. Dimanche, face à Brentford, ce ne sera pas seulement un dernier match de championnat : ce sera le dernier tour de piste de Mohamed Salah sous le maillot de Liverpool, au terme de neuf années qui ont redessiné l’histoire moderne du club.

Troisième meilleur buteur de tous les temps des Reds avec 257 buts, le numéro 11 a été bien plus qu’un simple finisseur. Il a été la pointe de la flèche, le visage d’une équipe revenue tout en haut de l’Europe et d’Angleterre, le symbole d’une exigence quotidienne devenue la norme à Melwood puis à Kirkby.

Un géant parmi les géants

Les mots qui reviennent chez ceux qui l’ont côtoyé sont toujours les mêmes : obsession, standards, héritage. Virgil van Dijk, qui a partagé tant de batailles avec lui, ne tourne pas autour du pot : pour lui, Salah est un joueur « unique dans une vie », un attaquant « absolument spécial », dont les buts, les passes décisives, la complicité avec Sadio Mané et Roberto Firmino et le volume de travail ont porté Liverpool vers ses plus grands soirs.

Alisson Becker le place, sans hésiter, « parmi les plus importants de l’histoire du club ». Le gardien insiste sur la somme de records, de buts, d’assists, mais aussi sur un détail qui en dit long : « le temps passé à la salle de sport ». Un joueur qui ne s’est jamais contenté de son talent, qui l’a poli sans relâche, sur le terrain, dans le gymnase, à la maison. À ses yeux, Salah laisse surtout un legs : celui de standards à montrer « à vos enfants » pour leur dire : voilà à quoi ressemble quelqu’un qui veut vraiment devenir grand.

Thiago Alcantara, arrivé bardé d’expériences au Barça et au Bayern, pensait avoir tout vu. Il raconte avoir encore appris, à plus de 30 ans, au contact de l’Égyptien : un « professionnel incroyable », un « être humain exceptionnel » qui vous maintient affamé, tout le temps. « L’un des meilleurs coéquipiers » de sa carrière, dit-il simplement.

Roberto Firmino, compagnon de la première heure du trio légendaire, résume Salah en deux dimensions : le joueur qui inspire, l’homme au « cœur magnifique ». Il se dit reconnaissant d’avoir eu le privilège de partager l’attaque avec lui, de voir se construire sous ses yeux une histoire et une trace que personne n’effacera.

Jordan Henderson, ancien capitaine, va plus loin encore. Salah voulait être le meilleur, briser tous les records, mais jamais au détriment du collectif. Il voulait les titres, les trophées, les victoires, et il voulait surtout « aider l’équipe autant qu’il le pouvait ». Pour Henderson, la différence se fait là : être le meilleur joueur est une chose, être à la fois « le meilleur joueur et le meilleur être humain » en est une autre. À ses yeux, Salah coche les deux cases.

Une obsession quotidienne

Ce qui impressionne le plus ceux qui l’ont vu travailler au quotidien, c’est cette rage de progresser qui ne faiblit jamais. Trent Alexander-Arnold parle d’un joueur « jamais rassasié », qui voulait être le meilleur « chaque jour à l’entraînement », même après avoir fait tomber tous les records. Une quête permanente, presque dévorante.

James Milner, autre gardien des standards du vestiaire, décrit un « grand leader ». Pas forcément par les discours, mais par l’exemple : dans le travail, dans la salle, en dehors du terrain. Quand les jeunes arrivaient ou que des recrues franchissaient la porte, il suffisait de montrer Salah : « Voilà ce que c’est, être un top player. Voilà ce que c’est, être un joueur de Liverpool. »

Pepijn Lijnders, bras droit de Jürgen Klopp pendant de longues années, va dans le même sens : il dit n’avoir « jamais rencontré quelqu’un de plus engagé dans la vie de footballeur professionnel ». Alex Oxlade-Chamberlain parle, lui, d’« obsession » pure et simple, à chaque heure de la journée, au point de se dire qu’il ne pourrait pas en faire autant, et que Salah mérite tout ce qui lui arrive.

Même les plus jeunes, comme Harvey Elliott, racontent l’impact. L’Égyptien ne s’est pas contenté de donner quelques conseils : il a expliqué la philosophie du jeu, ce que le manager attendait, les détails à ajuster. Au fil du temps, la relation a dépassé le simple cadre mentor-élève pour devenir une véritable amitié. Elliott le dit clairement : Salah l’a mis sur la voie pour atteindre le niveau qui est désormais le sien.

Le regard des légendes

Quand les anciens parlent de Salah, le poids des mots change de dimension. Robbie Fowler, idole d’Anfield, le décrit comme un joueur « stupéfiant » pour Liverpool, avec des chiffres, des matchs et des performances « exceptionnels ». Pour lui, l’Égyptien n’est pas seulement l’un des grands de Liverpool en Premier League, il est aussi l’un des grands de la Premier League tout court. Et son départ laissera un vide, non seulement chez les supporters des Reds, mais chez tous les amateurs du championnat.

Ian Rush, autre monument du but, insiste sur l’intelligence de jeu. Salah, ce n’est pas qu’un buteur : c’est un joueur avec un « grand cerveau footballistique », capable de faire exploser une défense en dévalant son couloir. Les fans, dit-il, l’aimeront toujours et seront « tristes de le voir partir ».

Steven Gerrard, qui sait mieux que personne ce que signifie porter ce maillot, place Salah dans une caste rarissime. Il évoque ces joueurs qui, à son époque, évoluaient « sur un autre niveau » : Ronaldinho, Cristiano Ronaldo, Lionel Messi, Zinedine Zidane, Xavi, Andres Iniesta. Des « phénomènes ». Pour Gerrard, Salah appartient à ce cercle-là. Il le répète : ne laissez personne vous dire le contraire.

Fernando Torres, autre grand numéro 9 de l’ère moderne des Reds, le qualifie tout simplement de « top player » et de « l’un des meilleurs joueurs des dix dernières années », allant jusqu’à le désigner comme son joueur préféré sur cette période.

Un héritage qui dépasse le terrain

Jürgen Klopp, qui a façonné avec lui l’une des équipes les plus redoutées d’Europe, parle d’un « all-time great ». Un grand de tous les temps. Un footballeur « incroyable », mais aussi un « type incroyable » et un « ambassadeur incroyable pour le monde arabe » dans une époque tourmentée. À travers lui, dit l’Allemand, on voit que « nous sommes tous les mêmes, que nous aimons les mêmes choses, que nous nous battons pour les mêmes choses ». Un message d’unité porté par un joueur qui a fait vibrer Anfield tout en inspirant bien au-delà des frontières de la ville.

Arne Slot, arrivé plus tard pour travailler avec lui, a compris très vite. En une journée seulement, il a vu que rien n’était dû au hasard. La faim tous les trois jours, le professionnalisme, l’envie constante de jouer, de marquer, au point de râler quand on le sort à trois minutes de la fin parce qu’il pense encore pouvoir ajouter un but. Pour le technicien néerlandais, ce niveau d’engagement explique pourquoi Salah a été si influent pendant près d’une décennie.

Milos Kerkez, plus jeune, reste marqué par ce qu’il a observé : une hygiène de vie, une concentration et une rigueur « incroyables », qu’il n’a vues chez aucun autre joueur. Tout est pensé pour être au maximum sur le terrain. C’est ce qu’il a essayé de copier, conscient que cette exigence-là fait la différence au très haut niveau.

Luis Diaz, lui, retient surtout la soif de titres et le bonheur partagé dans les victoires. Voir Salah « toujours vouloir être un meilleur joueur, une meilleure personne » lui a laissé, dit-il, une « marque profonde ».

Joe Gomez parle d’un « des plus grands à avoir porté ce maillot », reconnaissant le privilège d’avoir passé « d’innombrables heures » à le voir à l’œuvre, de près. Il souligne une nouvelle fois ce mélange de mentalité, de travail et de chiffres qui cimentent pour toujours sa légende à Liverpool, et remercie un ami plus qu’un simple coéquipier.

Une dernière ovation

Dimanche, Anfield ne viendra pas seulement voir un match contre Brentford. Le Kop viendra saluer un règne. Celui d’un attaquant qui a ramené la Champions League en 2019, qui a guidé le club vers deux titres de Premier League, qui a transformé les exigences internes et redéfini ce que signifie être un joueur de Liverpool.

Les hommages se succèdent, les superlatifs aussi, mais une chose reste immuable : pendant neuf ans, les supporters ont vu la grandeur de près. Quand Salah quittera la pelouse une dernière fois sous ce maillot rouge, une ère se refermera.

La question, désormais, n’est pas de savoir s’il sera remplacé. Personne ne remplace vraiment un joueur de ce calibre. La vraie question est simple : comment Liverpool écrira-t-il le prochain chapitre, maintenant que le roi a tiré sa révérence ?