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A Nation’s Story : Le parcours du Maroc à la Coupe du Monde 2022

Le film s’ouvre sur le silence. Puis monte l’hymne marocain, celui de la nuit de la demi-finale à la Coupe du Monde 2022. Les images reviennent, les visages aussi. Et très vite, les voix prennent le relais. Romain Saïss. Walid Regragui. Yassine Bounou. Tous tournent autour de la même obsession : la croyance, et ce qu’il faut pour la maintenir en vie quand tout se joue au millimètre.

« On l’avait déjà en tête, confie Saïss dès le début du documentaire. On n’était pas là pour jouer trois matchs. On était là pour vraiment marquer l’histoire. »

Le ton est posé. Il ne bougera plus.

La phase de groupes, naissance d’une conviction

A Nation’s Story suit le parcours du Maroc au Qatar dans l’ordre, mais refuse le prisme froid des tableaux tactiques. Ici, tout passe par les têtes, les regards, les fissures et les certitudes qui se construisent.

Le 0-0 inaugural contre la Croatie n’est pas raconté comme un nul prudent, mais comme le premier socle d’une foi nouvelle.

« Ça nous a permis d’entrer correctement dans la compétition, explique Regragui. Ça nous a donné beaucoup de confiance, parce qu’entrer dans le tournoi avec une défaite n’est jamais bon. »

Le film revient sans cesse sur le basculement psychologique provoqué par l’arrivée du sélectionneur.

« Le coach a réussi à enlever le complexe d’infériorité qu’on ressentait », résume Bounou.

L’idée de Regragui est brutale, limpide : ces joueurs ont leur place au plus haut niveau. Point.

« Il y avait des joueurs qui évoluaient dans de grands clubs, rappelle-t-il. Il n’y avait aucune excuse pour ne pas être au même niveau que l’adversaire. »

Cette mentalité devient l’ossature du documentaire. Regragui ne parle presque jamais d’individualités, seulement de sacrifice partagé.

« On est d’abord une famille, d’abord une équipe, et on gagnera ensemble. »

La promesse va être tenue.

Espagne – Maroc : accepter de souffrir

Le huitième de finale contre l’Espagne marque le premier point de rupture émotionnel du film. On revoit le Maroc courir, coulisser, fermer les espaces, passer de longues minutes sans toucher le ballon face à l’une des équipes les plus dominantes techniquement du monde.

« Ils nous ont fait beaucoup courir, reconnaît Regragui. C’est une équipe extraordinaire dans le jeu. »

Mais le documentaire refuse l’image d’un Maroc acculé par défaut. La souffrance devient un choix assumé.

« Le plus important, c’est qu’ils ont accepté qu’ils allaient souffrir, insiste le sélectionneur. Ils sont restés concentrés. Ils n’ont pas lâché. »

Quand la séance de tirs au but arrive, quelque chose a déjà basculé. La croyance est presque devenue certitude.

Sur les images de Bounou se préparant pour la séance, une voix lâche : « On a la chance d’avoir l’un des meilleurs gardiens du monde. Je pense qu’il entrera dans l’histoire du football marocain. »

À ce moment-là, le documentaire déborde du terrain. La caméra s’attarde sur les tribunes, sur cette marée rouge qui transforme les stades qataris en extension de Casablanca ou Rabat.

« À chaque minute, on avait l’impression de jouer au Maroc », entend-on.

« On est un peuple passionné, ajoute Regragui. Beaucoup de gens ont fait des sacrifices pour nous soutenir. »

Le football n’est plus seulement un tournoi. C’est un pays entier qui s’invite dans l’image.

Portugal – Maroc : briser le plafond de verre

Le quart de finale contre le Portugal, lui, appartient déjà à l’histoire avant même le coup d’envoi. Le documentaire le rappelle : l’objectif a changé de dimension.

« Le but ultime pour nous, c’était de devenir la première nation africaine à se qualifier pour une demi-finale. »

La rivalité a des racines profondes. 1986, au Mexique : victoire 3-1 du Maroc, première équipe africaine et arabe à atteindre les huitièmes. 2018, en Russie : succès 1-0 du Portugal, élimination précoce mais prestation solide des Marocains. Le film superpose ces souvenirs à l’attente de 2022.

Puis vient la 42e minute. Le centre, l’appel, et ce saut.

Youssef En-Nesyri grimpe à 2,78 mètres, survole la défense portugaise et catapulte sa tête au fond. Une image de pure domination aérienne, presque irréelle, qui restera comme l’un des gestes signatures du tournoi.

Le Maroc perd Saïss en cours de match, puis d’autres cadres. La ligne défensive se recompose, plie, mais ne rompt pas. Le « low block » reste infranchissable, même après le carton qui laisse les Lions de l’Atlas à dix en fin de rencontre.

Cristiano Ronaldo, lui, commence sur le banc, entre à la 51e minute, tente de forcer le destin. Il quittera la scène en larmes, filant seul dans le tunnel, image iconique d’une Coupe du Monde qui lui échappe.

Le 1-0 ne se résume pas à un exploit isolé. En battant le Portugal, le Maroc dynamite l’idée que les équipes africaines sont là pour « bien figurer », mettre de l’ambiance, et éventuellement atteindre les huitièmes comme un plafond honorable.

Quand la qualification pour la demi-finale tombe, le documentaire la traite comme la rupture d’une barrière psychologique qui tenait depuis des générations.

France – Maroc : la limite du corps, pas de l’ambition

La demi-finale contre la France, tenante du titre, change la lumière. Tout devient plus lourd, plus dense. Les corps commencent à lâcher. L’histoire se heurte à la fatigue.

Au centre, un homme : Romain Saïss.

« C’est notre capitaine. C’est notre leader, rappelle Regragui. S’il pouvait être prêt, même à 80 %, j’aurais pris le risque. »

Le risque sera pris. Le film montre ce capitaine qui s’accroche, qui serre les dents, parce que renoncer n’est pas une option.

La France marque tôt. Mais rien ne se fissure dans le regard des Marocains.

« Quand tu es en demi-finale de Coupe du Monde et que tu perds 1-0, tu sais que tu dois tout donner », dit encore Regragui.

Puis le corps dit stop.

« Sur une simple passe, la cuisse lâche à nouveau, raconte le sélectionneur à propos de Saïss. Voilà. Ça s’arrête. »

Nayef Aguerd manque aussi, la défense se réinvente encore une fois.

Et malgré tout, le Maroc prend le ballon, pousse, se projette. Jawad El Yamiq décroche un retourné acrobatique qui vient mourir sur le poteau. Une égalisation manquée d’un rien, qui aurait changé le récit de la soirée.

Face à une équipe de France légèrement supérieure ce jour-là, portée par un Kylian Mbappé intenable, le Maroc finit par céder une deuxième fois. À la 79e minute, Randal Kolo Muani conclut une action initiée par une percée du numéro 10 français. La finale s’éloigne.

Le documentaire refuse pourtant de raconter cette nuit comme une injustice.

« À la fin du match, on était déçus parce qu’on y croyait vraiment, confie Bounou. On voulait jouer cette finale. »

C’est là que le film opère son basculement le plus fort. Ce n’est plus « la fin du miracle », mais « le début d’une nouvelle réalité » pour le football africain. Les demi-finales ne sont plus un rêve inaccessible. Elles deviennent un objectif crédible.

Une défaite qui, dans le fond, ressemble à une victoire.

Maroc – Croatie : l’épuisement, pas le regret

Le match pour la troisième place contre la Croatie est filmé autrement. Moins de drame, plus de fatigue.

Bounou parle d’un tournoi émotionnellement et physiquement épuisant. « Tu es au bout », lâche-t-il simplement.

Le Maroc finit par s’incliner 2-1, frôle l’égalisation dans les dernières secondes, avec une tête de Youssef En-Nesyri à la 95e minute qui passe tout près. La médaille de bronze s’envole, la quatrième place s’inscrit dans les livres.

Mais les dernières images refusent la tristesse. On voit des rires, des accolades, des joueurs qui célèbrent malgré tout, des embrassades avec les supporters. Les deux défaites finales ne pèsent plus lourd face à ce qui a été construit.

Le documentaire se ferme sur cette idée : le Maroc n’est plus seulement l’équipe qui a enchanté un tournoi. C’est une référence, un point de départ.

La question n’est plus de savoir si une nation africaine peut atteindre le dernier carré. Elle est de savoir quand l’une d’elles, peut-être le Maroc encore, ira s’asseoir en finale.