Zidane et la France : un nouveau départ en Turquie
Zinedine Zidane n’a jamais été homme à laisser passer une entrée en scène. Vendredi soir, à Kocaeli, il s’installe enfin sur le banc de la sélection qu’il a incarnée sur le terrain. Cette fois, ce sont ses idées qui guideront les Bleus pour lancer leur campagne de Ligue des nations 2026/27 face à une équipe de Türkiye en reconstruction et déjà diminuée.
Une revanche à prendre, un message à envoyer
La dernière image de la France en compétition officielle reste ce 6-4 insensé contre l’Angleterre lors du match pour la troisième place de la Coupe du monde. Un score de football de rue, indigne d’un prétendant au titre, qui a accéléré la fin de règne de Didier Deschamps. Zidane arrive donc avec une mission claire : remettre de l’ordre, imposer sa patte et rappeler au continent que la France reste l’une des grandes puissances du jeu.
Le contexte l’y pousse. Les chiffres parlent pour lui : les Bleus ont inscrit le premier but dans 8 de leurs 10 dernières rencontres. Ils aiment frapper les premiers, prendre la main, dicter le tempo. En face, la Türkiye de Vincenzo Montella encaisse souvent le coup d’envoi : but concédé en premier lors de 4 de ses 5 derniers matches, dont les trois de la phase de groupes du Mondial 2026.
La tendance est nette. La France sait ouvrir, la Türkiye subit. Et les absences turques n’arrangent rien.
Une Türkiye affaiblie, un plan français clair
Montella doit composer sans deux de ses principaux créateurs : Kenan Yildiz (pied) et Hakan Calhanoglu (aine), tous deux forfaits pour une période prolongée. Deux cerveaux en moins, deux pieds décisifs en moins. La responsabilité offensive repose presque entièrement sur Arda Güler.
Le milieu offensif brille en Liga, avec un taux de participation aux buts impressionnant en 2026/27, mais le décor change. Face à un axe défensif français emmené par des profils comme Lacroix et Upamecano, rapides, puissants, agressifs, Güler risque de se retrouver isolé, coupé de relais fiables.
La Türkiye a déjà souffert dans le dernier tiers lors du Mondial : deux matches sur trois sans marquer, une défaite cinglante face à l’Australie, avant un sursaut trop tardif contre les États-Unis (3-2). L’ambiance à Kocaeli promet d’être brûlante, mais sans véritable point d’ancrage offensif, la sélection locale s’avance sans plan évident pour fissurer le bloc français.
Dans ce contexte, une victoire française sans encaisser de but prend tout son sens. Le souvenir du 6-4 contre l’Angleterre brouille encore un peu l’image défensive des Bleus, mais le profil de cette rencontre pointe vers un scénario bien plus contrôlé.
Zidane, cinq nouveaux visages et un capitaine attendu
Pour sa grande première, Zidane ne se contente pas d’un simple ajustement. Il ouvre grand la porte à une nouvelle génération : Guillaume Restes, Andy Diouf, Jérémy Jacquet, Lucas Da Cunha et Esteban Lepaul découvrent le groupe France. Cinq joueurs sans la moindre cape, invités à entrer dans un vestiaire où Kylian Mbappé reste le patron.
Le brassard ne bouge pas. Mbappé demeure capitaine, figure de proue sportive et symbolique d’un projet qui doit repartir de l’avant après un Mondial manqué. Autour de lui, un onze probable qui respire la puissance et la créativité : Maignan dans le but, Koundé, Saliba, Upamecano et Hernández pour verrouiller, Koné et Camavinga pour dicter le jeu, Cherki, Olise, Mbappé et Doue pour allumer les mèches.
Zidane, qui a attendu longtemps cette opportunité, sait qu’une première impression compte. Il lui faudra une équipe agressive dès le coup d’envoi, capable d’étouffer une Türkiye fragilisée et privée de ses maîtres à jouer. Tout converge vers une France qui cherche à mener à la pause, à installer d’entrée une hiérarchie nette.
Olise, la forme d’une star en pleine ascension
Au milieu de ce casting offensif, un nom attire particulièrement l’attention : Michael Olise. L’attaquant du Bayern Munich traverse une période de grâce. En Bundesliga, il tourne à un but par match. En Ligue des champions, il a déjà signé un doublé dès sa première apparition de la saison.
Ses chiffres confirment les sensations : 17 tentatives, 9 cadrées, un triplé et une passe décisive lors du 7-0 infligé à Union Berlin. Ce n’est pas une série heureuse, c’est une dynamique lourde. Et elle se prolonge en sélection : en juin, Olise a claqué un triplé en match de préparation au Mondial contre l’Irlande du Nord.
Le marché ne le traite pourtant pas encore comme un finisseur incontournable, avec une probabilité implicite relativement prudente de le voir marquer à Kocaeli. Au vu de son état de forme, ce décalage intrigue. Dans un match où la France devrait passer beaucoup de temps dans le camp adverse, Olise apparaît comme l’une des principales menaces pour faire sauter le verrou turc.
Un scénario qui penche vers les Bleus
Sur le papier, la rencontre semble pencher clairement du côté français. Une Türkiye convalescente, privée de Yildiz et Calhanoglu, dépendante d’un Arda Güler esseulé, face à une France qui veut laver l’affront du Mondial, sous la houlette d’un Zidane décidé à frapper fort d’entrée.
Les compositions probables confirment cette impression :
- Türkiye : Çakır – Çelik, Demiral, Bardakcı, Kadıoğlu – Özcan, Yüksek – Yılmaz, Güler, Aktürkoğlu – Uzun.
- France : Maignan – Koundé, Saliba, Upamecano, Hernández – Koné, Camavinga – Cherki, Olise, Mbappé, Doue.
Tout indique une France en contrôle, solide derrière, tranchante devant. Un score sec, propre, maîtrisé, s’inscrit dans cette logique. Une victoire 2-0 des Bleus, avec Mbappé et Olise au tableau d’affichage, collerait parfaitement à ce que ce nouveau cycle veut raconter : une équipe qui assume son statut, qui marque la première, qui ne tremble pas.
La Türkiye avait fait tomber la France à domicile en 2019. Sept ans plus tard, le décor a changé, les hommes aussi. Reste une question : la première nuit de Zidane à la tête des Bleus lancera-t-elle une ère de domination, ou ne sera-t-elle qu’un simple prélude avant des débats plus rugueux à venir dans ce groupe A1 ?



