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Tottenham : Ambitions renforcées en Women’s Super League

Tottenham change de dimension. Sans fracas inutiles, mais avec un plan clair et des chèques qui parlent pour eux, le club du nord de Londres s’est invité à la table des ambitieux de la Women’s Super League. L’époque où l’équipe regardait vers le bas du classement appartient déjà au passé. Désormais, tout est orienté vers l’Europe.

Un mercato pensé sur douze mois

Depuis l’arrivée de Martin Ho à l’été 2025, rien n’est laissé au hasard. Le club ne fonctionne plus au coup par coup, mais sur un plan de recrutement étalé sur douze mois, fenêtre après fenêtre. Les cibles sont identifiées en amont, les discussions lancées tôt, les signatures verrouillées avant la fin de l’été. Le message est limpide : Tottenham veut que son entraîneur dispose d’un groupe complet dès le début de la préparation.

Les résultats de cette stratégie se voient déjà sur le terrain. Après une saison 2023-2024 passée à flirter dangereusement avec la relégation, Spurs ont terminé cinquièmes de WSL la saison dernière, dès la première année pleine de Ho. Un bond au classement qui valide le virage pris après le licenciement de Robert Vilahamn, victime d’un exercice 2024-2025 décevant.

Certaines recrues majeures avaient d’ailleurs été anticipées avant même la signature définitive de Ho. Les discussions avec l’attaquante Cathinka Tandberg et la défenseure Toko Koga étaient déjà très avancées. Les deux joueuses sont depuis devenues des piliers de son système, preuve que la cellule de recrutement et l’entraîneur avancent désormais main dans la main.

Alice Sombath, symbole d’un club qui ose

Tottenham a frappé fort cet été en battant son record de transfert pour attirer la défenseure française Alice Sombath en provenance de Lyon. Un geste fort, presque politique, dans un marché où les montants explosent. Le club avait déjà envoyé un signal en janvier en déboursant environ 375 000 £ pour Signe Gaupset. Il ne s’agissait pas d’un coup isolé, mais du début d’une nouvelle ère.

Autour de Sombath, Spurs ont continué à empiler des profils ciblés : les attaquantes Shekiera Martinez et Kirsty Hanson, la défenseure Caitlin Dijkstra, la milieu Victoria Pelova et la gardienne Selma Panengstuen ont toutes rejoint l’effectif. Pas des noms pris au hasard, mais un mélange calculé entre jeunesse européenne à fort potentiel et buteuses déjà éprouvées en WSL.

À l’intérieur du club, on ne cache pas une satisfaction discrète : toutes les principales cibles de janvier ont été signées, et le même scénario s’est répété cet été, alors même que le marché reste ouvert jusqu’au 3 septembre. Les dirigeants voulaient tout boucler tôt, pour offrir à Ho une pré-saison complète avec son groupe au complet. Objectif atteint.

Dans l’ombre, Andy Rogers, managing director depuis 24 ans, a piloté ce mercato avec une idée fixe : laisser un club en position de force avant de passer la main. Ce dernier été de pouvoir ressemble à un legs soigneusement préparé.

Une croissance structurée, freinée par les tribunaux

Sur le plan structurel, la progression est tout aussi nette. Tottenham vit sa septième saison dans l’élite et le changement de stature est visible : plus de staff, des infrastructures améliorées, un ancrage fort au centre d’entraînement de Hotspur Way, où la section féminine dispose de sa propre base.

Tout n’est pas linéaire pour autant. Le projet de nouvelle académie dédiée aux femmes et aux filles a été stoppé net cette semaine, bloqué par la justice. Un revers symbolique dans une période où le club pousse justement pour professionnaliser davantage tout l’écosystème autour de l’équipe féminine.

L’histoire récente rappelle à quel point la montée en puissance a été rapide. Quelques mois seulement après la promotion en 2019, Spurs attiraient près de 40 000 personnes au Tottenham Hotspur Stadium pour un derby du nord de Londres perdu face à Arsenal. En 2020, le club attirait la star américaine Alex Morgan pour un prêt de courte durée après sa maternité. En 2024, l’équipe atteignait la finale de la Women’s FA Cup. Les jalons sont posés, saison après saison.

L’Europe en ligne de mire, un mur à franchir

Aujourd’hui, l’ambition est assumée. Martin Ho ne varie pas de discours : Tottenham veut rivaliser avec les meilleures équipes de WSL et bâtir un effectif calibré pour l’Europe. Mais le chemin est étroit.

La Women’s Champions League n’ouvre ses portes qu’aux trois premiers du championnat. Et ces places-là sont jalousement gardées par Arsenal, Chelsea, Manchester City et Manchester United. Quatre géants pour trois tickets. S’inviter dans ce cercle, c’est changer de dimension.

Spurs doivent aussi composer avec la montée en puissance d’autres projets ambitieux comme London City Lionesses ou Brighton, eux aussi décidés à casser le plafond de verre du top 3. Le marché des transferts s’enflamme, les records tombent, et Tottenham sait qu’il n’a pas le droit de rester en retrait.

Le contexte du football féminin leur laisse pour l’instant une marge de manœuvre. Les discussions autour des régulations financières et des plafonds salariaux n’en sont qu’à leurs débuts. Les clubs qui le souhaitent peuvent encore injecter de l’argent sans réelle contrainte réglementaire. Une fenêtre de tir qui ne restera peut-être pas ouverte très longtemps.

Un club en mutation, des tribunes à conquérir

Cette offensive sur le marché féminin s’inscrit dans une refonte beaucoup plus large du club. Le départ de Daniel Levy de la présidence en septembre 2025 a ouvert une nouvelle phase stratégique, marquée aussi par l’arrivée de Vinai Venkatesham au poste de CEO en avril 2025. L’ancien dirigeant d’Arsenal a joué un rôle clé dans le succès de leur équipe féminine. Tottenham espère qu’il saura reproduire ce modèle de l’autre côté de la capitale.

Pendant que l’équipe masculine tente de se relever d’une saison catastrophique qui l’a vue frôler la relégation de Premier League, les femmes deviennent l’un des vecteurs les plus clairs de l’ambition globale du club. Les investissements sont synchronisés, les signaux alignés : Spurs ne veulent plus naviguer au milieu de tableau, ni chez les hommes, ni chez les femmes.

Reste un défi majeur, loin des tableaux Excel et des fiches de recrutement : le public. Malgré les progrès sportifs, Tottenham a affiché une moyenne de seulement 1 734 spectateurs en WSL la saison passée. Un chiffre qui inclut pourtant quelques affluences gonflées lors de rencontres disputées au Tottenham Hotspur Stadium.

Sur le terrain, le projet prend forme. Dans les bureaux, la stratégie est tracée. La question est désormais simple, brutale, presque obsédante : Tottenham peut-il transformer cette ambition froide en quelque chose de vivant, bruyant, durable – une équipe européenne, portée par un stade plein, dans une ligue qui n’attend plus personne ?