Sprints 2026 : classement des courses sous haute tension
La pluie de Singapour, les étincelles de Silverstone, les nerfs à vif chez Mercedes… La saison 2026 de Formula 1 a bouclé son dernier week-end Sprint, et déjà le calendrier 2027 annonce la couleur : dix Sprints, dont un à Monaco. Un pari risqué. En attendant de juger la Principauté, retour sur ces courses éclairs, de la plus spectaculaire à la plus terne.
1. Singapour, le chaos parfait
Le meilleur Sprint de 2026 s’est joué sous un déluge. À Singapour, un orage tropical a repoussé le départ d’une bonne demi-heure. Quand les feux se sont enfin éteints, la piste luisait encore, piégeuse, les monoplaces chaussées en intermédiaires.
George Russell surgit alors comme un métronome parfait. Réaction fulgurante, trajectoire agressive, et Max Verstappen se fait déposer au freinage du premier virage. Le coup de maître… avant la faute. En mordant la ligne blanche détrempée des vibreurs, le Britannique se fait surprendre, part en tête-à-queue, tape le mur, abandonne. Une erreur brutale, à la hauteur de son départ.
La suite ne calme personne. En fin de course, les deux McLaren se disputent chaque mètre. Contact, dégâts, et Oscar Piastri contraint à l’abandon. Lando Norris, lui, dégringole jusqu’à la huitième place. Devant, Verstappen ramasse la mise, solide vainqueur dans ce chaos tropical. Derrière lui, Lewis Hamilton et Charles Leclerc signent un doublé Ferrari 2-3 qui pèse lourd, au terme du Sprint le plus vivant de l’année.
2. Chine : anciens coéquipiers, vieilles rivalités
Premier Sprint de la saison, première explication musclée. En Chine, le duel Russell–Hamilton, ex-coéquipiers chez Mercedes, donne le ton du championnat. Cinq tours à se rendre coup pour coup, à se dépasser, se redépasser, sous les yeux d’un paddock qui découvre le nouveau système de déploiement d’énergie.
Russell finit par prendre un léger avantage, Hamilton recule d’un cran, et Charles Leclerc s’invite dans le débat. Le Monégasque remonte dans le top 3, puis déclenche un mano a mano interne chez Ferrari. Au huitième tour, les deux voitures rouges se frôlent roue contre roue. Leclerc arrache la deuxième place et la défend avec autorité.
Un Safety Car tardif relance tout. Leclerc se retrouve dans les échappements de Russell, prêt à tenter le coup. Mais le pilote Mercedes verrouille chaque entrée de virage, gère la relance et s’offre une victoire Sprint au goût de message envoyé : il faudra compter avec lui en 2026.
3. Canada : tension maximale chez Mercedes
À Montréal, le spectacle ne vient pas du peloton, mais du garage Mercedes. Russell et Andrea Kimi Antonelli partent en première ligne, 1-2. Sur la piste, ça frotte. Les deux coéquipiers se retrouvent roue dans roue, au bord de la collision à plusieurs reprises. Le climat se tend à la radio.
Antonelli craque. Messages agacés, frustration qui déborde, jusqu’à ce que Toto Wolff intervienne lui-même pour le recadrer et lui demander de se concentrer sur sa conduite. L’instant est fort : un patron qui rappelle à l’ordre son prodige, en direct, en pleine course.
Sur le bitume, la sanction sportive tombe. Antonelli perd pied et laisse filer Norris, qui lui subtilise la deuxième place. Russell, lui, reste imperturbable et va chercher son deuxième succès Sprint de la saison. Mercedes gagne, mais les fissures internes apparaissent clairement.
4. Silverstone : Antonelli grandit devant Hamilton
À Silverstone, le décor est parfait. Lewis Hamilton en pole devant son public, les drapeaux britanniques qui flottent, l’ovation dès le tour de formation. Le septuple champion gère le départ, défend sa position au premier virage et impose son rythme dans les premiers tours.
Mais dans ses rétros, une autre histoire est en train de naître. Antonelli ne lâche rien. Le jeune Italien reste dans la zone d’attaque, propre, patient, sans la moindre erreur. Il observe, attend, prépare. Au huitième tour, il porte enfin l’estocade. Dépassement propre, net, presque clinique. Hamilton est surpris, le public aussi.
Tour après tour, Antonelli creuse un petit écart, sans jamais donner l’impression de forcer. Une démonstration de sang-froid plus que de vitesse brute. Il remporte le Sprint, Hamilton doit se contenter de la deuxième place, Norris complète le podium. Ce jour-là, à Silverstone, le prodige ne gagne pas seulement une course courte. Il gagne du crédit pour un titre.
5. Miami : McLaren se réveille
McLaren avait commencé la saison la tête basse. Déception en Australie, humiliation en Chine avec un double DNS. Puis un léger mieux au Japon. À Miami, la renaissance devient évidente.
Lando Norris s’élance en tête et ne regarde plus jamais dans ses rétros. Départ propre, rythme maîtrisé, aucune ouverture laissée. Il mène le Sprint de bout en bout. Derrière, Oscar Piastri verrouille la deuxième place. Un doublé McLaren, net, sans bavure, qui efface une partie des errements du début d’année.
Leclerc sauve la troisième place pour Ferrari. Russell et Verstappen héritent des quatrième et cinquième positions après une pénalité de cinq secondes infligée à Antonelli pour dépassement des limites de piste. McLaren, elle, peut enfin souffler : l’équipe n’est plus en survie, elle redevient une force.
6. Zandvoort : promesse en qualifications, procession en course
Zandvoort aurait pu offrir un Sprint d’anthologie. Les qualifications y ressemblent, avec un duel au millième entre Russell et Norris. Au final, la pole se joue à 0,041 seconde en faveur du pilote Mercedes. Tout laisse croire à une bataille serrée le lendemain.
La course, elle, refuse le scénario. Russell s’échappe dès le départ, contrôle chaque tour et ne lâche jamais la tête. Derrière lui, un seul mouvement marquant : Leclerc dépasse Norris au 18e tour pour s’emparer de la deuxième place. Et c’est tout. Le reste ressemble à un long train, sans véritable prise de risque.
Pour un circuit qui s’apprête à quitter le calendrier, le Sprint fait office de triste au revoir. Une belle séance de qualifications, un dimanche au format réduit sans relief. Dans une saison où la Formula 1 a tout misé sur le spectacle des Sprints, Zandvoort restera comme la note la plus fade d’une partition pourtant souvent électrique.
La question est désormais claire : avec dix Sprints prévus en 2027, dont un à Monaco, la discipline saura-t-elle reproduire les frissons de Singapour et de Silverstone, ou s’exposera-t-elle au risque d’un Zandvoort répété ?



