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Southend United : entre nostalgie et ambitions pour la nouvelle saison

La nouvelle saison n’a pas encore commencé que Roots Hall vibre déjà d’un mélange étrange : excitation, appréhension, et ce léger vertige propre aux années de grands bouleversements. Southend United change de visage, de patron de touche, de vestiaire… mais pas d’ambition.

Au centre de ce virage, un homme : Kieron Dyer. Et autour de lui, une base de supporters qui s’apprête à vivre sa saison numéro 29, 10 ou 3 comme si c’était la première.

Un club qui se réinvente

Pour des fidèles comme Scott Barber, la sensation est déroutante. Presque un deuil. Les visages familiers sont partis, les repères ont sauté, le lien s’est un temps distendu. Puis il y a eu ce match amical contre West Ham. Une étincelle. Le sentiment d’appartenir à quelque chose est revenu, comme souvent, dès que le ballon s’est remis à circuler.

Kevin Maher a quitté la scène après deux campagnes de play-offs et un premier trophée décroché. Pas un détail dans l’histoire récente du club. Quand un entraîneur part avec ce bilan, il laisse derrière lui des attentes, pas un champ de ruines. La barre reste haute : la montée n’est pas un rêve, c’est l’objectif.

Southend a flirté avec l’accession sans jamais réellement dominer son championnat sur la durée. Le message est clair : il ne s’agit plus de se contenter d’être dans le coup, mais de peser tout en haut. Un classement dans les premières places, au minimum, offrirait un avantage précieux en play-offs, notamment cette fameuse demi-finale retour à domicile que tout le monde convoite.

Dyer, lui, ne se cache pas. Il a affiché ses ambitions dès son arrivée. Son effectif mêle expérience et jeunesse, et l’optimisme gagne les tribunes. Dans cette division, Southend reste un gros calibre. L’heure est venue de cesser d’être « demoiselle d’honneur » et de viser clairement le rôle principal.

Un effectif méconnaissable… et intrigant

Mark Edwards résume bien le sentiment d’une partie du public : on se croirait dans un gigantesque jeu de devinettes. Qui est qui ? Qui vaut quoi ? Cette impression de repartir d’une feuille presque blanche rappelle, pour les plus anciens, les jours sombres où Paul Sturrock avait dû monter une équipe entière à la hâte avant la première journée.

Le grand ménage était sans doute nécessaire. Certains départs ont fait mal, d’autres ont été accueillis avec un certain soulagement, mais personne n’imaginait un tel bouleversement. Dyer, lui, a pris son temps, pièce après pièce, pour assembler un groupe de taille raisonnable. Les matches amicaux ont laissé entrevoir des raisons d’y croire.

De là à « survoler le championnat » comme on peut le lire sur les réseaux sociaux, Edwards met un sérieux bémol. Pour lui, la réalité sera plus rugueuse. Avec un véritable renard des surfaces – profil rare et coûteux – Southend a tout de même les armes pour viser le haut du tableau, au moins le premier tiers.

Reste une donnée que nul ne peut ignorer : ce public capable d’être un 12e homme incandescent… ou de faire peser une pression étouffante au moindre faux pas. Patience recommandée, donc, même si elle n’est pas forcément la vertu cardinale des Shrimpers.

Nervosité, promesses et manques criants

Beau Simpson, lui, ne cache pas une nervosité rarement ressentie ces dernières années. Trop d’inconnues s’accumulent : changement de manager, rotation massive de l’effectif, réorganisation en coulisses. Difficile, dans ce contexte, de tracer une trajectoire claire. D’où l’importance capitale, à ses yeux, d’un départ réussi.

Les matches de préparation ne disent jamais toute la vérité, mais certains noms ont déjà accroché les regards, comme Kamara ou Parillon. De quoi nourrir un optimisme mesuré.

Un point noir, pourtant, revient comme un refrain : l’absence d’un véritable avant-centre de métier. Un buteur pur, capable de tourner autour des 20 réalisations, semble manquer à l’appel. Simpson souligne aussi un déficit de taille dans l’équipe, qui pourrait coûter cher sur coups de pied arrêtés. Un gros recrutement, une « signature statement », aurait pu soulever le vestiaire comme les tribunes. L’occasion est peut-être passée.

Les prédictions en ligne placent souvent Southend parmi les favoris à la montée. Lui reste plus réservé. Trop de paramètres inconnus, trop de pièces neuves dans le puzzle. Avec la qualité déjà présente, tout ce qui serait en deçà d’un top 3 serait, à ses yeux, une forme de contre-performance. Mais un large succès dès la première journée pourrait très vite rebattre les cartes dans les esprits.

Beau jeu annoncé, fragilités assumées

Andrew Strutt ne fait pas dans la demi-mesure quand il parle de ses espoirs : le titre, un record de points, et un retour dans la Football League. Rien que ça. Ses attentes, elles, sont plus nuancées. Il imagine une première partie de saison de transition, le temps que les recrues s’apprivoisent et que le vestiaire assimile les idées de Dyer.

Les amicaux qu’il a vus l’ont rassuré sur un point : cette équipe devrait jouer. Attaquer, combiner, proposer un football agréable avec des profils comme Popoola ou Kamara. Les tribunes ne demandent que ça.

Mais la même inquiétude revient : pas de buteur à 20 réalisations en vue, et un manque de taille qui rend l’équipe vulnérable sur phases arrêtées. Strutt voit Southend accrocher de nouveau les play-offs. Après, dit-il, « c’est une loterie ». Et tout le monde sait à quel point cette loterie peut être cruelle… ou magique.

Une révolution de club, pas seulement de banc

Pour Garry Smith, le départ de Kevin Maher a eu la saveur d’une fin d’ère. Mais il le juge cohérent avec la nouvelle direction prise par le club. L’arrivée d’un Director of Football via COSU, avec une approche plus moderne, appelait logiquement un changement sur le banc.

Dyer a, jusqu’ici, trouvé les bons mots. Les promesses sont là, reste à voir comment elles se traduiront en compétition. Smith se montre aussi séduit par les arrivées d’Oliver Gage et Catherine Honey, qu’il juge extrêmement professionnelles. De quoi lui donner confiance dans la trajectoire globale du club, au-delà du seul terrain.

Il ne se fait toutefois pas d’illusion : avec un tel renouvellement de l’effectif, le décollage ne sera peut-être pas immédiat. Il faudra accepter quelques turbulences. Pas forcément le point fort d’un public habitué à vivre chaque semaine comme une finale. Mais Smith reste persuadé que la saison sera bonne, surtout si deux recrues de qualité viennent encore hausser le niveau.

Entre impatience, humour et exigences

Julie Hardy, elle, s’attend à une nouvelle saison « rock and roll ». Elle parle de montagnes russes, invite tout le monde à s’attacher les ceintures. Elle sait que certains joueurs évolueront à des postes inhabituels, ce qui promet autant de découvertes que de débats animés dans les travées.

Elle craint déjà le scénario classique : première défaite, premiers « Dyer out » hurlés ou tapés sur les claviers. Elle espère se tromper. Elle espère aussi voir une équipe dynamique, au style de jeu rafraîchi, capable de redonner du plaisir à chaque sortie.

Ses souhaits dépassent même le rectangle vert : moins de drames, de la solidité dès le départ, une nouvelle musique d’entrée des joueurs, et le retour des fameux bras gonflables qui ondulent dans les tribunes à chaque but. Des détails ? Pas vraiment, dans un club où le folklore fait partie de l’identité.

La saison qui arrive ressemble à un pari. Nouveau coach, nouvelle structure, nouvelle équipe, mêmes rêves. Southend United avance vers l’inconnu, mais une chose ne change pas : la conviction de ses supporters que cette année, peut-être, sera enfin celle où le club cessera de regarder la montée de loin pour aller la chercher de face.