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Southampton vs Portsmouth : le derby de la côte sud

Pendant 180 minutes la saison dernière, Southampton et Portsmouth se sont regardés dans le blanc des yeux sans qu’aucun ne parvienne à prendre le dessus. Deux derbys, zéro victoire, et une frustration qui a simplement été mise en bouteille pour mieux exploser cette année.

Le premier acte à St Mary’s avait tourné à la déception générale, un 0-0 sans but mais pas sans tension. Le second, à Fratton Park, a tout renversé. Leo Scienza ouvre le score, sprinte sur toute la longueur du terrain pour aller exulter devant les supporters de Southampton. Plus tard, Ebou Adams égalise de la tête et lui aussi traverse le terrain pour célébrer avec le Fratton End. Deux buts, deux courses folles, une même rage. Personne ne gagne, mais personne n’oublie.

La saison de Southampton s’était ensuite achevée dans le tumulte, avec le Spygate en bruit de fond pendant que Pompey assurait son maintien en Championship. Dimanche (12h00, heure locale), les deux rivaux rallument la mèche. Cette fois, l’un d’eux prendra-t-il enfin le dessus dans le derby de la côte sud ?

Un derby sous le signe du Spygate… mais Eckert est bien là

L’avant-match n’a rien eu de classique. À Southampton, on a presque moins parlé de Portsmouth que de l’avenir de l’entraîneur. Toute la semaine, le club a vécu suspendu à une décision de la FA. Tonda Eckert serait-il privé de banc pour ce rendez-vous qu’aucun supporter ne veut manquer ?

Mercredi, le couperet tombe. Suspicion, attente, puis soulagement : six semaines de suspension… mais avec sursis, plus une amende de 28 000 £. Eckert pourra bien diriger son équipe dimanche à St Mary’s, et au-delà.

Quelques minutes plus tard, le club publie une vidéo de son coach célébrant avec les fans. L’image fait le tour des réseaux. Le message est clair : le patron reste en place.

James Beattie, ancien buteur des Saints, résume l’impact de ce verdict sur le vestiaire : un souci en moins, l’esprit libéré pour se concentrer sur l’essentiel. Pour un groupe qui vivait avec cette épée de Damoclès depuis des semaines, la décision arrive au moment parfait. Juste avant Portsmouth. Juste avant le match qui compte double.

Dans les tribunes, l’ambiance promet d’être électrique. L’an dernier, malgré un 0-0 terne sur le terrain, l’atmosphère avait été d’une rare hostilité. Cette fois, les fans de Portsmouth arrivent avec de nouvelles munitions verbales liées au Spygate. Ceux de Southampton, eux, savent que leur entraîneur ne bougera pas. De quoi répondre coup pour coup.

Une rivalité rare, donc précieuse

Ce qui nourrit la férocité de ce derby, c’est aussi sa rareté. Depuis 1996, les deux clubs ne se sont affrontés qu’à 12 reprises, toutes compétitions confondues. Huit fois seulement en Premier League ou en Championship. Chaque rendez-vous devient un événement, presque une anomalie dans le calendrier.

Dernier succès en championnat dans ce duel ? 2005. Une éternité. Ce jour-là, Fratton Park avait chaviré : Portsmouth corrige Southampton 4-1, avec un Lomana LuaLua incandescent, deux buts et un penalty provoqué en moins d’une demi-heure. Depuis, en championnat, quatre nuls. S’y ajoutent une victoire de Portsmouth en FA Cup en 2010 et un succès net de Southampton en League Cup en 2019.

Entre-temps, les chants moqueurs n’ont jamais disparu. Ils rythment les week-ends, même quand l’adversaire du jour n’a rien à voir avec la côte sud. Mais quand les deux clubs se retrouvent enfin, tout ce répertoire se déverse dans le stade. L’an passé, les premiers duels en championnat depuis 2012 avaient été précédés de ce refrain répété par les supporters : « we’re coming for you ». Au bout du compte, personne n’est vraiment « venu » chercher l’autre. La frustration, elle, a bien voyagé jusqu’à cette saison.

Dimanche, l’atmosphère s’annonce brûlante. Il ne manque plus qu’un vainqueur pour que le tableau soit complet.

Pompey change de dimension

L’été a marqué un tournant pour Portsmouth. John Mousinho et le directeur sportif Rich Hughes ont enfin disposé d’un budget à la hauteur de leurs ambitions. Plus de 10 millions de livres dépensés sur le marché des transferts, un chiffre largement supérieur aux standards récents du club.

Pendant une quinzaine d’années, Pompey n’avait plus déboursé plus de 1,5 million sur un seul joueur. Cet été, la barre a été franchie à quatre reprises, avec les arrivées des attaquants Marko Milovanovic et Tyrese Shade, de l’ailier Abu Kamara et du milieu Rocco Shein.

Milovanovic, géant de 1,98 m, a déjà montré par séquences pourquoi Mousinho en a fait sa pointe de référence lorsqu’il est apte. Deux buts en Championship, une présence constante dans la surface… mais des pépins physiques qui l’ont tenu éloigné des deux dernières rencontres. Sa capacité à être disponible et à peser dans ce derby pourrait peser lourd.

Rocco Shein a, lui, immédiatement donné le ton. Pour sa première, au London Stadium en EFL Cup face à West Ham, il a brillé en première période malgré la défaite finale. Depuis, il a enchaîné les sept matches de championnat, installé dans un rôle plus reculé, le plus souvent aux côtés du capitaine Marlon Pack. Un métronome discret, mais déjà indispensable.

Abu Kamara et Tyrese Shade, eux, n’ont pas encore frappé fort. Une passe décisive chacun, quelques éclairs, mais pas encore ce match référence qui les fait basculer dans une autre dimension. Un derby peut offrir ce genre de tremplin.

Et puis il y a le cas Ryan Kavuma-McQueen. Prêté par Chelsea, 17 ans seulement, déjà un but et une passe décisive en Championship. Ailier sans complexe, il a choisi de jouer avec une attelle après une double fracture à la main droite début septembre, refusant l’opération pour rester disponible. Un choix qui a impressionné Mousinho, qui voit en lui un joueur et un homme « complet ». Dans un match où le courage compte autant que la qualité, ce genre de profil peut faire la différence.

Portsmouth n’a gardé sa cage inviolée qu’à deux reprises en sept journées. Face à l’attaque de Southampton, il faudra une prestation défensive au cordeau pour espérer repartir avec autre chose que des regrets.

Des Saints lancés à domicile

Tonda Eckert n’a pas seulement gagné son bras de fer disciplinaire. Il a surtout lancé sa saison sur des bases solides, notamment à St Mary’s. Quatre matches à domicile, quatre victoires, 15 buts marqués. Une forteresse, un message.

Et tout cela en partant de -4 au classement. Pénalisés d’entrée, les Saints ont déjà remonté jusqu’à 10 points en huit journées. Le moteur est chaud, surtout devant leur public.

Stoke City, Millwall, Swansea, Bristol City : tous sont repartis de Southampton avec une défaite nette. Au cœur de cette dynamique, deux chefs d’orchestre : Finn Azaz et Leo Scienza. Et, devant eux, un finisseur impitoyable, Cyle Larin, actuel meilleur buteur de la division.

Le Canadien attire naturellement les projecteurs. Puissant, clinique, il représente une menace permanente dans la surface. Mais pour Pompey, la clé pourrait se situer un cran plus bas. Couper la ligne de vie qui le relie à ses créateurs, ou du moins l’entraver.

Finn Azaz est l’incarnation de ce danger. Trois buts, cinq passes décisives en huit matches de Championship. Depuis son arrivée en 2025 en provenance de Middlesbrough, le milieu offensif de 26 ans s’est imposé comme l’un des joueurs majeurs de Southampton, et comme l’un des meilleurs numéros 10 de la ligue. Dans le 4-2-3-1 d’Eckert, il occupe l’axe, juste derrière l’attaquant, entre les deux ailiers. Un poste idéal pour dicter le tempo, se glisser entre les lignes et faire mal.

C’est lui qui avait offert la passe décisive sur le premier but des Saints à Fratton Park la saison dernière. Il visera le même impact ce dimanche, cette fois devant ses propres supporters.

À ses côtés, Leo Scienza reste fidèle à son statut de dynamiteur. Élu joueur de la saison de Southampton l’an passé avec 17 contributions décisives en Championship, il a repris sur le même rythme, toujours capable de surgir au moment où le match bascule. Son but et sa célébration à Fratton Park sont encore dans toutes les mémoires. Il sait exactement ce que représente ce derby.

Un match pour reprendre le pouvoir

D’un côté, un Portsmouth ambitieux, renforcé, qui a enfin investi pour regarder plus haut que le simple maintien. De l’autre, un Southampton qui a transformé une pénalité de points en moteur de révolte et qui marche sur l’eau à domicile.

Les chiffres récents disent l’équilibre. L’histoire récente du derby dit la frustration partagée. Les tribunes, elles, ne demanderont pas la patience. Elles réclameront un vainqueur, un vrai, avec des buts, des symboles, des images qui resteront.

Depuis 2005, aucun succès en championnat dans ce duel pour l’un comme pour l’autre. Dimanche, quelqu’un va bien devoir briser cette série. La seule question est simple : qui osera vraiment prendre ce risque sur la côte sud ?