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Rui Pinto et le scandale de Manchester City

Manchester City vacille au bord du gouffre le plus spectaculaire de l’histoire de la Premier League. Le club qui domine aujourd’hui le championnat risque une relégation, voire une exclusion pure et simple, après avoir été reconnu coupable de la quasi-totalité des 115 charges retenues contre lui.

Au cœur de ce séisme, un nom que le football croyait relégué aux notes de bas de page : Rui Pinto.

Le hacker qui a fait trembler un empire

Le point de départ n’a rien d’un grand complot organisé dans l’ombre d’une tour de verre. Tout commence avec un Portugais solitaire, un ordinateur et un site : Football Leaks.

C’est là que Pinto publie en 2018 des documents confidentiels qui exposent, sur une période de neuf saisons, les entorses présumées de Manchester City aux règles financières de la ligue. Ces fuites servent de base à une enquête fouillée du journal allemand Der Spiegel, qui détaille les accusations visant le club anglais et allume la mèche d’un dossier devenu aujourd’hui explosif.

Pendant que ces révélations embrasent la planète football, la vie de Pinto, elle, bascule dans un autre type de tourmente.

Du statut de lanceur d’alerte à celui d’accusé

Démasqué comme l’homme derrière Football Leaks, Rui Pinto se retrouve pris dans une tempête judiciaire au Portugal. Face à lui : 147 chefs d’accusation, allant de la fraude informatique à la tentative d’extorsion, en passant par la violation du secret des correspondances. Ses fuites ne concernent pas seulement Manchester City, mais aussi d’autres clubs et acteurs majeurs, notamment Porto et Benfica.

Extradé de Hongrie en mars 2019, il est incarcéré, puis placé en résidence surveillée avant un procès pénal à Lisbonne. Lui se définit comme un « lanceur d’alerte », nie toute intention criminelle et assure vouloir seulement exposer « ce qui n’allait pas dans le football ».

En septembre 2023, le verdict tombe : quatre ans de prison avec sursis. Pas de cellule, mais une vie sous protection policière, à une adresse tenue secrète. Un homme libre, en théorie. Sous haute menace, en pratique.

La confirmation… puis le couperet

Lorsque l’indépendant commission de la Premier League confirme avec force la culpabilité de Manchester City dans l’écrasante majorité des charges, Pinto voit ses révélations officiellement validées par l’instance qui régit le championnat le plus puissant du monde.

Il savoure alors une forme de victoire, huit ans après les premières publications de Football Leaks. Il déclare que le communiqué de la Premier League « confirme, sans équivoque, la véracité de tout ce qui a été révélé via Football Leaks ». Pour un homme longtemps décrit comme un pirate, la reconnaissance est immense : ses documents ont déclenché l’enquête qui menace aujourd’hui l’un des clubs les plus riches de la planète.

Mais à peine le temps de respirer que le sol se dérobe sous ses pieds.

Moins de 24 heures après la décision de la commission indépendante, Pinto apprend qu’il perdra son statut de témoin protégé le samedi 10 octobre. Fin de la protection. Fin du logement sécurisé. Il devra quitter sa résidence confidentielle et se débrouiller pour trouver un nouveau toit. Ses avocats parlent d’« acte de terrorisme d’État ».

Un lanceur d’alerte exposé en pleine tempête

Le ton du communiqué de ses conseils portugais et français ne laisse place à aucune ambiguïté : « Sa situation est désormais critique. » Ils rappellent que les menaces qui pèsent sur lui ne sont pas théoriques. En avril dernier, il a été agressé physiquement dans les rues de Lisbonne.

Le message est clair : les ennemis de Pinto ne sont ni abstraits ni lointains. Ses révélations ont mis en cause des personnalités puissantes, dotées de moyens considérables. Plusieurs procédures judiciaires issues de Football Leaks sont toujours en cours, et la décision rendue ces derniers jours par la commission indépendante de la Premier League dans le dossier Manchester City ne fait que raviver la tension autour de son nom.

Privé brutalement de son logement sécurisé, plongé dans une « extrême précarité », selon ses avocats, Rui Pinto se retrouve plus vulnérable qu’il ne l’a été depuis 2020. Au moment précis où son rôle dans l’un des plus grands scandales de l’ère moderne du football vient d’être confirmé.

Un rendez-vous fixé à 19h

L’histoire ne s’arrête pas là. Elle se tend.

Alors que Manchester City attend de connaître l’ampleur réelle des sanctions qui le menacent, le protagoniste qui a déclenché cette affaire promet un nouveau coup de tonnerre. Rui Pinto a annoncé qu’il ferait une « annonce très importante » à 19h (BST) ce vendredi.

Le football retient son souffle. Après avoir mis à nu les finances d’un géant de la Premier League, que s’apprête-t-il à révéler maintenant ?