Roy Keane critique Manchester United : « un cirque » après les mots de Lisandro Martinez
La défaite à domicile contre Atletico Madrid n’a pas seulement prolongé la série noire de Manchester United en Ligue des champions. Elle a aussi déclenché un nouvel incendie en interne. Au cœur de la tempête : Lisandro Martinez, ses mots tranchants sur la direction… et la réaction, tout aussi brutale, de Roy Keane.
Martinez frappe, Keane contre-attaque
Mardi soir, United s’incline 2-0 face à Atletico Madrid. Cinq matches sans victoire, un jeu en panne, un vestiaire sous pression. Dans ce climat, Lisandro Martinez décide de sortir du cadre habituel des éléments de langage. L’Argentin pointe du doigt l’absence de renforts estivaux après la qualification pour la Ligue des champions, dit avoir attendu davantage d’investissements et en demande « plus » à son directeur technique, Jason Wilcox.
Une critique frontale de la stratégie sportive du club. Et un geste qui, pour Roy Keane, en dit long sur l’état de Manchester United.
Sur le podcast The Overlap, l’ancien capitaine ne mâche pas ses mots : pour lui, les propos de Martinez sont le miroir d’un club à la dérive. « C’est évidemment le chaos là-bas, comme un genre de cirque », lâche-t-il, fidèle à sa réputation de franc-tireur.
« Regarder l’homme dans le miroir »
Keane ne s’arrête pas au constat général. Il vise aussi le défenseur argentin lui-même, dont les performances récentes sont loin d’être irréprochables.
Il rappelle une règle simple, presque vieille école : avant de pointer les dirigeants, regarder ses propres matches. « Quand tu traverses une période difficile comme United en ce moment, le problème que j’ai avec certains joueurs qui parlent, c’est que tu dois toujours commencer par l’homme dans le miroir avant de sortir tous ces commentaires », insiste-t-il.
Le timing de la sortie de Martinez n’arrange rien. Le défenseur a reconnu dès le lendemain, sur les réseaux sociaux, avoir parlé sous le coup de « la colère et de la frustration ». Le mal, lui, est fait. Son contrat court jusqu’à la fin de la saison, avec une option pour une année supplémentaire, mais c’est déjà son rôle dans le vestiaire qui se retrouve questionné.
Keane, lui, ne le voit pas comme un poids lourd de l’effectif : « Je ne le considère pas comme un joueur senior à Manchester United. Je le vois comme un défenseur central qui fait beaucoup d’erreurs. » Des mots durs, mais qui reflètent aussi le doute persistant autour du caractère de ce groupe.
Un vestiaire déjà fragilisé
Pour Keane, cet épisode ne va pas provoquer un cataclysme interne. Justement parce qu’il estime que le vestiaire manque déjà de leaders capables de s’opposer frontalement. « Je ne pense pas que ce sera une énorme rupture, parce qu’on a déjà des points d’interrogation sur ce vestiaire. Je ne pense pas qu’il y ait assez de caractères – assez d’hommes là-dedans », lâche-t-il.
Derrière la formule, une accusation lourde : un club de ce standing sans colonne vertébrale forte, sans voix puissantes pour recadrer ou protéger le groupe dans les moments brûlants.
Et cette fois, un autre ancien cadre de United sort du silence : Gary Neville.
Neville, souvenir de 2010 et colère des cadres
L’ex-défenseur fait immédiatement le parallèle avec un épisode vécu de l’intérieur, en 2010, lorsque Wayne Rooney avait publiquement mis la pression sur la direction pour obtenir plus de renforts. Une situation explosive à l’époque, déjà, au sein d’un vestiaire pourtant rempli de joueurs au palmarès XXL.
Neville ne se place pas du côté de Martinez. Il se met à la place de ceux qui partagent son vestiaire aujourd’hui. Et il ne cache pas ce que lui ressentirait : « J’ai un problème avec ça, du point de vue d’un joueur. C’est une attaque directe contre les joueurs avec qui tu joues. »
Il va plus loin, nomme les premiers concernés : « Si j’étais Harry Maguire ou Bruno Fernandes, ou un autre joueur senior, je serais absolument furieux. Parce que tu es en train de dire, en gros, qu’on ne devrait pas être là et qu’il faudrait amener d’autres joueurs à notre place. »
Le message est clair : en visant la direction pour ne pas avoir assez recruté, Martinez touche aussi ceux qui occupent ces places qu’il juge manifestement insuffisantes. La critique de la politique sportive se transforme, dans le vestiaire, en remise en cause des coéquipiers.
Un club en crise d’identité
Les mots de Keane et Neville ne tombent pas dans le vide. Ils s’ajoutent à un sentiment persistant : Manchester United ne sait plus très bien qui commande, qui incarne, qui protège. Les dirigeants sont ciblés, le directeur technique Jason Wilcox se retrouve de nouveau au centre d’une polémique, les joueurs se divisent entre frustration publique et silence contraint.
« Un cirque », dit Keane. L’image frappe, parce qu’elle colle à la succession d’épisodes qui entourent le club depuis plusieurs saisons : résultats en dents de scie, projets sportifs avortés, querelles internes, et désormais joueurs qui règlent leurs comptes à ciel ouvert.
Dans ce décor, chaque sortie médiatique pèse double. Surtout quand elle vient d’un joueur qui, à 28 ans, n’a ni le statut historique d’une légende du club, ni le crédit d’une forme éclatante.
Leeds au bout de la route
Le calendrier, lui, ne s’arrête pas pour laisser Manchester United régler ses problèmes de gouvernance et de communication. Dimanche, le club se déplace à Leeds United en Premier League. Un déplacement toujours chargé, toujours électrique.
United y arrivera avec cinq matches sans victoire, une défense sous le feu des critiques, un vestiaire piqué au vif par les mots de l’un des siens, et la voix des anciens – Keane, Neville – qui résonne au-dessus de tout.
Reste une question, brutale : sur la pelouse d’Elland Road, Manchester United ressemblera-t-il encore à un cirque… ou enfin à une équipe de football prête à se battre pour son rang ?



