Rio Ngumoha, l’étoile montante de Liverpool en Ligue des champions
Anfield découvre son nouveau frisson : Rio Ngumoha, 18 ans, déjà taille patron en Ligue des champions.
Ngumoha, l’éclair venu de la droite
À 4-2, son tir a filé au‑dessus de la lucarne de Peter Gulacsi pour mourir dans le Kop. Occasion manquée, soupir de Villarreal, mais moment clé pour Andoni Iraola. Sur le banc, l’entraîneur a vu bien plus qu’une frappe imprécise : une étape de plus dans l’éclosion d’un ailier qu’il bouscule et façonne depuis des semaines.
Cet été, Iraola avait prévenu : ses ailiers devraient être capables de jouer partout. Puis Liverpool a investi 123 millions pour faire venir Bradley Barcola du Paris Saint‑Germain, augmentant encore la concurrence et les interrogations. Comment un gamin de 18 ans allait-il digérer un poste à droite qui n’était pas son terrain naturel, et une star achetée pour ce couloir ?
Mardi soir, pour sa cinquième titularisation sous les ordres du Basque, la réponse a claqué en pleine nuit d’Anfield. Rapide. Tranchante. Assumée. Ngumoha a constamment repiqué depuis la droite, cherchant la frappe du gauche, osant, insistante menace. Et quand il ne tirait pas, il perçait. Sa course ravageuse sur le but du deuxième Alexis Mac Allister a électrisé le stade autant que l’imagination de son coach.
Iraola l’a reconnu après le spectaculaire succès 4-3 contre Villarreal : il aime l’attitude du garçon, sa soif de corriger ce que le staff lui demande de corriger. Ngumoha a beaucoup enchaîné à droite ces dernières semaines, au point de se sentir suffisamment à l’aise pour multiplier les frappes du pied gauche. Le but lui échappe encore, mais il se rapproche. Et s’il ajoute ce détail à son arsenal, sa place dans la hiérarchie va vite devenir difficile à contester.
Un parfum de Salah sur la pelouse
Sa tentative de la 71e minute a rappelé Mohamed Salah : même idée, même angle, même audace, sinon la même précision. L’exécution n’a pas suivi, mais l’intention, elle, respirait le grand ailier.
La dernière saison de Salah à Anfield n’a pas atteint les sommets habituels en termes de chiffres. Comme le reconnaissent en interne, ce fut l’exception dans une carrière exceptionnelle. Mais pour un jeune comme Ngumoha, collé à lui à l’entraînement, ce fut une année d’apprentissage inestimable.
Virgil van Dijk l’a souligné : plusieurs cadres ont pris le jeune sous leur aile. Cody Gakpo en fait partie. Le vestiaire s’est mobilisé, mais travailler au quotidien avec Salah a laissé une empreinte profonde. Salah a tout vécu avec Liverpool, tout gagné, tout connu sur ce flanc droit. Pour un gamin, difficile de rêver meilleur modèle à observer, à imiter par fragments, avant d’y greffer ses propres qualités.
Cette saison, Ngumoha commence à les exposer sans complexe. Van Dijk le décrit « électrique par moments », intenable pour son vis‑à‑vis. Face à Villarreal, l’adolescent a été une menace constante, obligeant le défenseur à reculer, à deviner, à subir. À 18 ans, dans un match à haute intensité européenne, ce n’est plus une promesse, c’est une déclaration.
Un retour façon Klopp, avec la patte Iraola
La soirée n’a pourtant pas commencé comme une fête. Loin de là. Une erreur précoce de Van Dijk, un Liverpool apathique avec le ballon, un choix de départ d’Iraola qui s’est retourné contre lui : Iñigo Pérez et son Villarreal ont puni chaque approximation. 2-0, Anfield grogne, Liverpool patauge.
Le capitaine n’a pas cherché d’excuse : début « terrible », journée « ratée » pour lui. En défense, remonter un tel handicap relève du casse‑tête. Il a essayé, il s’est trompé, mais il rappelle une chose : on chute et on se relève à onze. Et ce groupe, lui, a choisi de se relever.
La suite a réveillé des souvenirs. Pressing haut, harcèlement permanent, changements audacieux d’Iraola, caractère brut pour renverser une montagne. Le tout dans un Anfield qui recommence à croire à ce genre de retournements. Impossible de ne pas penser à l’ère Jürgen Klopp, à ce Liverpool qui étouffait ses adversaires jusqu’à les faire craquer.
Ce n’est pas un hasard. Lorsque le club a décidé de tourner la page Arne Slot pour confier l’équipe à Iraola, l’idée était claire : retrouver cette identité-là. Pressing, intensité, transitions violentes. Mardi, pour son 11e match sur le banc, le Basque a offert un aperçu plus net de ce retour aux sources. Et le développement ne concerne pas seulement Ngumoha. C’est tout le collectif qui apprend, qui ajuste, qui encaisse les leçons en temps réel.
Van Dijk le rappelle : avec un calendrier saturé, on progresse autant sur le terrain qu’à l’entraînement. Villarreal a fait tourner, a tenu le ballon, a forcé Liverpool à réfléchir au moment où déclencher le pressing, au moment où jaillir pour récupérer haut. Ce n’est pas un automatisme pour tout le monde dans ce vestiaire. Peu de joueurs ont réellement connu, dans la durée, la version la plus extrême de ce style.
Iraola, lui, veut que ce soit la norme. Une exigence qui colle à l’ADN du club. Aux joueurs de s’y plier, match après match. C’est rude, usant, mais c’est le prix à payer pour gagner « à la manière de Liverpool ».
La première période a montré le pire visage : apathie, distances trop grandes, pressing timide. La seconde a offert l’inverse : bloc compact, agressivité, renversement du score et signe encourageant pour la suite.
Prochain test : Brighton. Une « super équipe », prévient Van Dijk. Un adversaire qui aime aussi le ballon, les rotations, les pièges tactiques. Exactement le genre de rendez‑vous où l’on saura si la soirée folle contre Villarreal n’était qu’une parenthèse, ou le début d’une nouvelle ère où un gamin de 18 ans, Rio Ngumoha, pourrait bien devenir l’un des visages de ce Liverpool‑là.




