Rabbi Matondo rejoint Hibernian : un nouveau départ pour un talent en quête de stabilité
Rabbi Matondo rebondit à Hibernian : nouveau départ pour un talent cabossé
Six semaines sans club, un avenir en suspens, et puis un coup de fil d’Édimbourg. Rabbi Matondo a trouvé un nouveau point de chute. L’ailier gallois de 26 ans s’est engagé avec Hibernian Edinburgh jusqu’à l’été prochain, a annoncé le club jeudi. Un pari mutuel : Hibs cherche de la vitesse et des buts pour sortir du bas de tableau, Matondo, lui, cherche enfin une trajectoire stable.
Le club d’Édimbourg végète actuellement à la 10e place d’une Scottish Premiership à 12 équipes. La situation est fragile, la saison encore rattrapable. Il fallait du tranchant sur les côtés, quelqu’un capable de faire reculer une défense sur une accélération. C’est précisément le profil que décrit l’entraîneur Marink Reedijk, ravi de récupérer un joueur encore jeune mais déjà largement baladé par le football européen.
Il insiste sur trois mots : vitesse, verticalité, menace. Et ajoute un quatrième paramètre, plus intime, celui du vestiaire : une personnalité positive, censée amener de l’énergie dans un groupe sous pression. Hibs ne signe pas seulement un dribbleur. Le club mise sur un joueur qui doit aussi se reconstruire.
De Manchester City à Schalke : l’ascension éclair
L’histoire de Matondo n’a jamais été banale. À 18 ans, Schalke 04 débourse neuf millions d’euros pour l’arracher à Manchester City. Une somme lourde pour un gamin de l’académie, assortie d’une clause de rachat de 50 millions pour le club anglais. À l’époque, on parle de lui comme d’un des grands espoirs offensifs sortis de City.
Pep Guardiola, lui, ne le lance jamais en équipe première. Au moment de son départ, l’entraîneur espagnol défend pourtant la politique maison envers les jeunes : ils auront leur chance… s’ils acceptent d’attendre. Matondo, lui, choisit d’accélérer. Direction Gelsenkirchen, où il débute très vite avec Schalke, quelques jours après son arrivée.
Le souffle retombe aussi vite. Malgré plusieurs apparitions, il termine la saison sans le moindre but ni passe décisive. Les promesses de vitesse et de percussion restent théoriques. Sur le terrain, le déclic n’arrive pas.
Scandale en avion, photo en maillot de Dortmund : la trajectoire se brouille
Les gros titres arrivent, mais pas pour ses performances. Après la saison, un incident en vol entre Faro et Bristol éclabousse son image. Selon des témoignages concordants, Matondo aurait refusé d’attacher sa ceinture au décollage avant d’insulter une hôtesse de l’air en la traitant de « slut ». À l’atterrissage, trois policiers l’escortent pour un interrogatoire. Le joueur nie les accusations, mais l’épisode marque les esprits.
Sur le terrain, la saison suivante offre un léger mieux : deux buts en 21 apparitions avec Schalke. Rien de renversant, mais de quoi entretenir l’idée qu’il y a encore quelque chose à construire. Pourtant, là encore, ce n’est pas son jeu qui fait le plus parler.
Une photo circule : Matondo s’entraîne en maillot de Jadon Sancho, version Borussia Dortmund. Pour un joueur de Schalke, c’est une faute symbolique. Le maillot n’est pas neutre, il porte l’écusson du rival honni. Les supporters s’enflamment, la direction réagit. Le directeur sportif de l’époque, Jochen Schneider, lui passe un savon au téléphone et le fait savoir publiquement.
Matondo se justifie plus tard : il ne l’a pas porté « pour Dortmund », mais pour Sancho, présenté comme l’un de ses meilleurs amis. Les deux se sont connus à l’académie de Manchester City. En rejoignant Schalke, le Gallois voulait suivre la voie tracée par Sancho, devenu star au BVB après avoir quitté l’Angleterre très jeune. L’intention n’apaise pas totalement la colère des fans. L’image, elle, reste.
Prêts, blessures et rendez-vous manqués
Sportivement, la spirale devient difficile à enrayer. Lors de la première moitié de la saison 2020/21, Matondo ne dispute que trois matches supplémentaires avec Schalke. Puis le club enchaîne les prêts : Stoke City d’abord, puis Cercle Brugge. Deux expériences sans véritable tournant, ni catastrophe ni explosion.
L’été 2022, Rangers mise encore sur son potentiel et pose trois millions d’euros pour l’attirer à Glasgow, un an avant la fin de son contrat à Schalke. Nouveau décor, nouveau championnat, nouvelle chance. Mais le corps ne suit pas. Des pépins physiques répétés freinent son intégration. Il reste un joueur de rotation, jamais vraiment installé, rarement en mesure d’enchaîner.
Rangers finit par le prêter à Hannover 96, en Allemagne, pour tenter de relancer la machine. Là encore, rien ne s’inscrit dans la durée. Plus tôt cette année, le club écossais tranche : résiliation gratuite, Matondo est libre.
Brann, 30 minutes et le vide
La suite est brutale. Il rejoint SK Brann Bergen, en Norvège, mais ne dispute que 30 minutes de jeu. Une apparition symbolique, presque anecdotique, dans une carrière qui semblait promise à tout sauf à ce genre de parenthèse. Puis plus rien. Contrat terminé, six semaines sans club, sans perspective claire.
C’est dans ce contexte qu’Hibernian arrive. Un club historique du football écossais, mais aujourd’hui englué dans le bas de tableau. Un joueur longtemps présenté comme un phénomène de vitesse, mais qui n’a jamais réussi à s’installer durablement quelque part. Les deux se croisent au bon moment, ou au dernier moment, selon le point de vue.
Hibs et Matondo, dernier pari ou vrai tournant ?
Pour Hibs, l’équation est simple : il faut du danger sur les ailes pour s’éloigner de la zone rouge. Matondo apporte exactement ce que le club n’a pas assez vu ces derniers mois : des courses, du un-contre-un, la capacité à casser un bloc par l’explosivité pure. S’il reste en forme, s’il enchaîne, il peut rapidement devenir plus qu’un simple pari à court terme.
Pour le Gallois, ce contrat jusqu’à l’été ressemble à un test grandeur nature. Sa carrière a déjà connu l’Angleterre, l’Allemagne, la Belgique, l’Écosse, la Norvège. Beaucoup de timides amorces, très peu de continuité. À Édimbourg, il ne s’agit plus de promesses ou de potentiel théorique, mais de produire, semaine après semaine, dans un championnat qu’il connaît déjà.
La question est claire, presque brutale : Rabbi Matondo va-t-il enfin transformer ses éclairs en trajectoire, ou ce passage à Hibernian ne sera-t-il qu’une étape de plus dans un parcours fait de rendez-vous manqués ? La réponse, cette fois, passera uniquement par le terrain.




