RDC Sport

Phil Foden : un nouveau départ à Manchester City

À Hong Kong, loin de l’air humide de Manchester mais avec le même poids sur les épaules, Phil Foden parle de « rendre » ce que Manchester City lui a donné. Le mot revient comme un refrain : rembourser, répondre, assumer. À 26 ans, le milieu anglais sait qu’il arrive à un tournant.

Il sort d’une saison paradoxale. Brillant sur le papier il y a deux ans – 19 buts, un titre de Premier League, joueur de l’année pour le syndicat des joueurs et joueur de la saison en championnat – puis soudain ralenti, comme coupé dans son élan. Dix buts seulement la saison dernière, et surtout une statistique qui grince : aucune réalisation lors de ses 31 dernières apparitions, club et sélection confondus.

Dans beaucoup de clubs, ce genre de courbe descendante ouvre la porte aux doutes, voire aux départs. À City, elle a débouché sur une prolongation. Un nouveau contrat de quatre ans, signé le mois dernier, qui le lie à l’Etihad jusqu’en 2030. Un signal fort.

« Ça m’a détendu, je peux juste me concentrer sur le fait d’être la meilleure version de moi-même et de redonner au club pour la confiance qu’il a en moi », explique Foden. Il insiste : voir ce soutien, « ça veut dire beaucoup ». Puis la phrase tombe, simple, presque sèche : « Il est temps que j’essaie de les rembourser et de rendre au club. »

De Guardiola à Maresca, une nouvelle ère à apprivoiser

Foden n’est plus le gamin de 17 ans lancé dans le grand bain par Pep Guardiola. Il en est aujourd’hui à 369 matches avec City, six titres de Premier League, une Champions League, deux FA Cups. Un palmarès de vétéran, le visage encore juvénile.

Mais le décor a changé. Guardiola est parti à la fin de la saison dernière. Enzo Maresca a pris le relais, de retour dans un club qu’il connaît pour y avoir travaillé à l’académie puis comme adjoint de l’équipe première. Une continuité dans les idées, mais une rupture dans les habitudes.

Pour Foden, ce changement ressemble à une opportunité plus qu’à une menace. « Très bien – un nouveau départ, un nouveau manager et pour l’instant, je prends vraiment du plaisir », raconte le milieu formé au club. Il parle d’une situation « très étrange », mais nuance aussitôt : il connaît déjà Maresca, il sait « ce qu’il est ». Cette relation antérieure compte. Elle rassure, elle crée un pont entre deux cycles.

« Ça m’a clairement aidé d’avoir cette relation avec lui », glisse-t-il.

Maresca, lui, ne cache pas l’importance de Foden dans son projet. « Phil est très important, comme les autres. Le connaître depuis des années, je sais à quel point il est bon. C’est mon devoir de l’aider à redevenir le Phil que nous voulons tous », affirme l’Italien. Pour lui, tout commence par un principe simple : « D’abord, être heureux et prendre du plaisir avec le football, c’est le plus important. S’il se sent bien, il peut nous aider à gagner des titres. »

Une cicatrice en sélection, un coach présent au bon moment

Si la saison en club a été irrégulière, l’été en sélection a laissé des traces. Foden a débuté la finale de l’Euro 2024 perdue contre l’Espagne avec l’Angleterre. Deux ans plus tard, il regarde le Mondial 2026… à la télévision. Thomas Tuchel ne l’a pas retenu dans son groupe. Les Three Lions ont atteint les demi-finales avant de tomber 2-1 face à l’Argentine. Foden, lui, a vécu ces moments à distance, avec une forme d’impuissance.

Il avoue qu’il a eu du mal à regarder ses coéquipiers entrer sur le terrain pour l’hymne. Un rituel qu’il connaît par cœur, mais dont il a été exclu cette fois. Dans ces heures-là, le moindre signe venu du club compte. Maresca l’a compris.

« Il m’a contacté juste après pour voir si ça allait, ce qui était très sympa de sa part, ça montre son caractère et la personne qu’il est », raconte Foden. Il insiste sur un point : le nouvel entraîneur « se soucie de tout le monde » et veut « une bonne relation avec l’équipe ». Un détail humain, mais souvent décisif dans une saison où les matches s’enchaînent et où la pression ne faiblit jamais.

Blessures, vie privée et promesse de renaissance

La saison passée, Foden n’a pas seulement lutté contre des défenses regroupées. Il a aussi dû composer avec des soucis en dehors du terrain et une blessure à la cheville qui l’a freiné. Rien de spectaculaire, mais assez pour gripper une mécanique qui, jusque-là, semblait fluide.

Aujourd’hui, il assure être « totalement apte ». Le discours est clair : plus d’excuse, plus d’arrière-pensée physique. Juste le terrain, enfin.

Pour City, cette version de Foden – libéré par son contrat, soutenu par son coach, débarrassé de ses pépins – arrive à point nommé. Le club a perdu une somme d’expérience rare en un été : Guardiola, bien sûr, mais aussi le capitaine Bernardo Silva et le défenseur anglais John Stones. Trois piliers, trois repères du vestiaire et du terrain.

Foden ne minimise pas ces départs, mais il refuse le discours du déclin. À Hong Kong, lors de la présentation du nouveau maillot extérieur Puma, il affiche une ambition brutale, sans détour : « Je pense qu’on peut tout gagner, mais évidemment c’est difficile. On a toujours une équipe incroyable. »

Inter en guise de premier test

Enzo Maresca va diriger City pour la première fois samedi, lors d’un match amical contre l’Inter Milan à Hong Kong. Une affiche de préparation, mais déjà un révélateur : nouvelle animation, nouveaux automatismes, nouveaux leaders.

Dans ce City version Maresca, Foden n’est plus le jeune prodige qu’on protège. Il est l’un de ceux qui doivent porter l’équipe, assumer la transition et transformer la confiance du club en performances concrètes. Il le sait. Il en parle. Il en fait presque un contrat moral.

Reste maintenant à voir si ce « nouveau départ » qu’il décrit avec le sourire trouvera sa traduction là où tout se juge pour de bon : sur la pelouse, quand la saison commencera et que Manchester City cherchera, encore, à « tout gagner ».