Pep Guardiola refuse de devenir sélectionneur de l'Italie
La Fédération italienne y croyait. Elle était même prête à bousculer toutes ses règles budgétaires pour lui. Mais Pep Guardiola a refusé de devenir sélectionneur de l’Italie, selon Sky en Italie. Un non ferme, posé jeudi soir, pour des raisons personnelles qui dépassent le cadre du football.
Maldini, Leonardo et un projet XXL
Pour tenter de le convaincre, la FIGC avait sorti l’artillerie lourde. Paolo Maldini, figure absolue du calcio, et son conseiller Leonardo ont passé trois jours avec Guardiola à Barcelone. Trois jours pour lui détailler un plan qui allait bien au-delà d’un simple poste de sélectionneur.
Dans leur vision, Guardiola devait devenir le centre de gravité d’un vaste « projet azzurro », pensé pour reconstruire le football italien depuis ses fondations. Pas seulement l’équipe A. Toutes les sélections nationales, des jeunes aux seniors, devaient être alignées sur une même philosophie, une même méthode, un même cap.
Le contexte est brutal : l’Italie n’a même pas réussi à se qualifier pour la Coupe du monde élargie de cet été. Un échec de plus, après une série déjà lourde. La FIGC a donc lancé une refonte profonde de son organisation, et l’arrivée de Maldini et Leonardo en est l’un des symboles forts. Leur mission : trouver le successeur de Gennaro Gattuso, parti après l’échec de la qualification pour le tournoi en Amérique du Nord.
Face à eux, un Guardiola libre de tout contrat pour la première fois depuis dix ans, après la fin de son aventure avec Manchester City. Vingt trophées, un ratio de victoires de 70,8 %, et l’aura du plus grand technicien de sa génération. L’Italie rêvait de faire de ce CV-là le socle de sa renaissance.
Le Catalan a écouté. Attentif, curieux, disent les indiscrétions. Mais il a dit non.
Un refus dans la continuité de son discours
Ce choix ne tombe pas de nulle part. Guardiola avait annoncé la couleur bien avant de quitter l’Etihad. Dans un entretien accordé à Sky Sports un an avant son départ de Manchester City, il expliquait déjà qu’il ferait une pause une fois son cycle terminé.
« Pas de plans pour entraîner pendant un moment. Sinon je serais ici. J’ai besoin de prendre du recul. Je n’entraînerai pas pendant un moment », avait-il lâché lors de sa dernière conférence de presse à City. Il parlait d’énergie, de fatigue, de la difficulté à se projeter encore, jour après jour, dans la lutte pour les titres.
Il insistait aussi sur le besoin de redevenir simplement… un père, un fils, un homme. « Il y a des choses que je n’ai pas faites et que je veux faire. J’ai encore mon père en vie. Je veux passer plus de temps avec lui. Mes enfants… Et beaucoup de choses qu’en tant qu’être humain je peux faire. J’ai la chance de pouvoir décider, c’est pour ça que j’ai pris cette décision. »
La réponse adressée à la FIGC s’inscrit dans cette logique. L’Italie proposait un projet global, puissant, presque irrésistible sur le plan sportif. Guardiola, lui, tient sa ligne : la priorité va à sa vie personnelle.
Le précédent Angleterre, et la tentation du sélectionneur
L’Italie n’est pas la première fédération à avoir rêvé de Guardiola. En 2024, de nombreuses sources affirmaient qu’il avait trouvé un accord verbal avec la FA pour succéder à Gareth Southgate à la tête de l’Angleterre. Il avait finalement choisi de rester à Manchester, ouvrant la voie à Thomas Tuchel, qui a ensuite emmené l’Angleterre vers son meilleur parcours en Coupe du monde hors de ses bases. Tuchel est désormais lié jusqu’à la fin de l’Euro 2028, et a publiquement promis d’honorer son contrat.
Un détail reste pourtant essentiel : Guardiola ne ferme pas la porte au football de sélections. Au contraire. Dans une interview accordée au chef Dani Garcia en 2024, il expliquait qu’il ne se voyait pas quitter Manchester City pour reprendre un club et recommencer le même cycle, avec les mêmes exigences quotidiennes, la même intensité.
Reprendre un club, non. « Peut-être une sélection nationale », ajoutait-il. Là, oui, il y voit une différence.
L’international, compromis idéal… mais pas tout de suite
Guardiola est obsédé par le jeu. Ceux qui le connaissent le répètent : il ne reste jamais bien longtemps loin d’un terrain. C’est ce qui alimente l’idée qu’un poste de sélectionneur pourrait être, pour lui, un point d’équilibre.
Un rôle en sélection lui offrirait du temps. Pas d’entraînements quotidiens, pas de marathon de 60 matchs par saison. Des fenêtres internationales, des cycles Euro–Coupe du monde, la possibilité de modeler une équipe à intervalles réguliers, de lui inculquer sa fameuse « Guardiola way » sans l’usure permanente du calendrier de clubs.
Et puis il y a l’inconnu. Il a tout gagné en club. L’Espagne, l’Allemagne, l’Angleterre : partout, il a laissé une empreinte. L’international serait un nouveau territoire, avec d’autres contraintes, d’autres pressions, un autre rythme. De quoi nourrir son appétit de nouveauté autant que son besoin de souffler.
Pour l’instant, pourtant, la réponse est claire : pause. L’Italie, prête à lui confier les clés de sa reconstruction, devra se tourner vers d’autres options. Les noms de Roberto Mancini et Andrea Pirlo circulent déjà comme candidats alternatifs.
Et maintenant, l’Italie ?
La FIGC se retrouve face au même défi, mais sans son rêve absolu. Elle doit rebâtir après avoir manqué une troisième grande compétition d’affilée depuis le sacre à l’Euro 2021 sous Mancini. Elle doit redonner une identité à une sélection en perte de repères, tout en réformant en profondeur sa filière de formation.
Le projet présenté à Guardiola ne disparaîtra pas. Il faudra simplement l’incarner avec un autre visage, une autre idée du jeu, une autre autorité. La révolution azzurra se fera sans lui.
Reste une question, en filigrane : quand il décidera de revenir, à qui Pep Guardiola offrira-t-il enfin son premier costume de sélectionneur ?




