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The Overlap : Gary Neville et l'ère des anciens footballeurs médiatiques

Vingt ans avant l’heure, Nathan Barley avait déjà tout compris. La série de Chris Morris, sortie en 2005, annonçait la ville moderne cramponnée à son smartphone, lessivée par le numérique et vidée de sens. Elle préfigurait aussi, sans le savoir, une drôle de mutation : l’ex-footballeur devenu “créateur de contenu”, nouvelle espèce dominante de l’écosystème médiatique.

Aujourd’hui, si un ancien joueur n’a ni podcast ni chaîne YouTube, on en viendrait presque à douter qu’il ait vraiment joué au haut niveau.

Dans ce paysage saturé, un nom domine : Gary Neville. L’ancien défenseur de Manchester United n’a pas seulement pris le virage, il a posé l’autoroute. Tandis que l’empire Goalhanger de Gary Lineker s’étend bien au‑delà du simple rire partagé avec Micah Richards et Alan Shearer, vers une sorte de centrisme bavard sur l’actualité générale, Neville, lui, garde le cap : football d’abord, football toujours.

Son projet phare, The Overlap, s’est imposé comme une machine bien huilée. Une tentative de diversification vers le rugby a été rangée au placard en février, le pendant cricket survit, mais le cœur bat au rythme du ballon rond. Et ce cœur vient d’accélérer.

The Overlap, de l’émission à la “famille”

Après avoir chipé Wayne Rooney à la BBC cet été pour un tête‑à‑tête consacré à Manchester United avec le YouTuber Mark Goldbridge, The Overlap a franchi un nouveau palier : une version quotidienne, du lundi au vendredi, en direct à 16 heures.

Le lancement en ligne a donné le ton. Jamie Carragher en mode pitbull face à Goldbridge – Brent Di Cesare à l’état civil, ex-policier – qui refuse le “no comment” et répond coup pour coup. Neville, hilare, manque de s’étouffer avec son Huel. Les extraits partent en boucle, parfaitement calibrés pour les réseaux. Envoyé. Viral. Case cochée.

Peu à peu, The Overlap a pris des airs de sitcom familiale. Neville et Carragher en couple référent, version footballistique de Richard and Judy. Jill Scott en tante fantasque. Roy Keane en oncle irascible, qui grogne, pique, mais sourit de plus en plus, souvent en tandem avec Ian Wright pour disséquer les derniers potins du vestiaire.

Le succès ne se discute pas. L’émission fait parfois l’agenda, a largement adouci l’image de Keane et transformé un membre de la production, Kiaran Saunders, fournisseur de biscuits et de myrtilles, en figure culte. Mais Neville ne s’arrête pas à une simple émission star. Il bâtit un empire. Ses chars avancent dans un espace déjà saturé de podcasts football, avec, en embuscade, des newsletters prêtes à suivre. Le titre s’impose presque tout seul : The Overkill.

Une grille chargée, des années 1990 au micro

La famille s’est agrandie. Le lundi, Steven Gerrard décortique le week‑end avec Becky Ives. Cette semaine, il a pris la défense de Florian Wirtz : “Ne l’abandonnez pas.” Message clair, ton posé, rôle d’analyste assumé.

Le mardi, Kelly Cates et Ashley Young prennent le relais. Le mercredi, duo très Sky Sports : Tim Sherwood et Jamie Redknapp, anciens partenaires au milieu de Tottenham, désormais réunis en studio plutôt que sur la pelouse.

Ce n’est pas la première fois que Sherwood et Redknapp tentent l’aventure hors terrain. Au milieu des années 2000, ils avaient lancé Icon, un magazine lifestyle d’abord réservé aux joueurs pros. Publicité haut de gamme, photos léchées à l’excès, interviews ronronnantes de stars du sport par Redknapp… Le tout a fini par se fracasser sur le réel, même après une diffusion élargie aux salons de première classe des aéroports.

Vingt ans plus tard, le parfum exclusif a laissé place à la production de masse. L’enfant le plus célèbre de Bury ne vend plus du luxe rare, il empile les formats. Et les ex-joueurs des années 1990 se bousculent pour toucher le cachet Neville. Deux d’entre eux forment un duo aussi improbable que prometteur : Mark Crossley et Duncan Ferguson.

Crossley, connu pour être le seul gardien à avoir stoppé un penalty de Matthew Le Tissier, a construit une belle carrière de conférencier, nourrie d’anecdotes sur Brian Clough et d’imitations de “young man” à l’ancienne. “Big Dunc”, lui, fuyait les micros quand il jouait. Il a pourtant cartonné dans la couverture de la Coupe du monde 2026 sur ITV. Le contraste fait mouche.

Dans l’émission de la semaine dernière, Ferguson a lâché que Gianluigi Donnarumma semblait déjà sur le déclin. “Il a 27 ans, en fait”, a rectifié Crossley, avant que la conversation ne bascule vers un classique : “le football d’avant”, la VAR accusée de détruire l’art sacré de rentrer dans l’adversaire sur les six mètres. C’est exactement ce que certains auditeurs viennent chercher, et cela mord forcément sur le territoire d’Under The Cosh, autre repaire d’anciens pros qui parlent “vrai”.

Reste une inconnue : la nomination de Ferguson à la tête de Glentoran mettra‑t‑elle fin au duo ? Rien n’est moins sûr. Robbie Savage a bien prouvé qu’un poste sur le banc n’empêche pas de multiplier les projets médiatiques.

Gardiens au front et sujet brûlant : Manchester City

Deux autres gardiens ont rejoint l’aventure. L’édition du vendredi a vu Joe Hart et Peter Schmeichel entrer dans l’arène pour parler des ennuis de Manchester City.

Schmeichel a reconnu avoir mal hiérarchisé l’information lorsqu’il a laissé filer des confidences croustillantes de Lisandro Martínez sur Manchester United, alors que l’Argentin officiait comme interviewer pour CBS lors d’une soirée de Ligue des champions à Madrid. Mais face à Hart, le Danois n’a pas levé le pied.

“C’est difficile d’être associé à Manchester City”, a admis Hart. “J’aime ce club… on est tous dans le même bateau.” Schmeichel, lui, a appuyé là où ça fait mal, en visant les propriétaires : “Ils laissent tomber Manchester, ils ne comprennent pas ce qu’est cette ville. Ils ont construit des tours, des logements, tout ça, mais ils ne saisissent pas l’essence de cet endroit.”

Hart a tenté de nuancer : “J’ai travaillé de près avec Khaldoon [al-Mubarak] et lui, il comprend cette ville, c’est mon point de référence. C’est une personne incroyable.” Une réponse hésitante, un échange tendu, et au final, encore une séquence taillée pour être découpée, relayée, disséquée.

Le dossier City va continuer de forcer les anciens joueurs à se positionner sur des terrains inconfortables. Argent, politique, urbanisme, image de marque : tout se mélange. Et Neville lui‑même n’est pas en dehors du tableau. Ses intérêts dans l’immobilier, qui avancent parallèlement aux projets financés par Abu Dhabi à Manchester, en sont un symbole parfait.

Les recouvrements ne sont plus seulement un titre d’émission. Ils sont devenus une réalité structurelle du football moderne : anciens joueurs devenus patrons de médias, consultants devenus promoteurs, clubs devenus instruments de puissance. The Overlap porte bien son nom. La question, désormais, n’est plus de savoir qui parle, mais pour qui. Et jusqu’où.