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Oliver Bierhoff alerte : L'Italie ne se relèvera pas rapidement

À Trente, lors du Festival dello Sport, Oliver Bierhoff n’a pas cherché à enjoliver la réalité. L’ancien manager puis directeur technique de la sélection allemande connaît trop bien les cycles d’un football en crise pour vendre des solutions rapides. Pour lui, l’Italie est au début d’un long chemin, pas à l’aube d’un simple lifting.

Et au cœur de ce constat, un nom revient aussitôt : Paolo Maldini.

Maldini, 17 jours et puis s’en va

L’histoire devait être celle d’un retour au pays, presque naturel. Paolo Maldini nommé directeur technique de la FIGC après l’élection de Giovanni Malagò à la présidence de la fédération. Le symbole était fort, l’icône du Milan et de la Nazionale chargée de relancer tout un système.

Dix-sept jours plus tard, c’était terminé.

Bierhoff, lui, a passé dix-huit ans au sein de la DFB, d’abord comme team manager de la Mannschaft à partir de 2004, puis comme directeur technique. Deux trajectoires aux antipodes. Et entre les deux hommes, une relation de confiance.

« On se parlait tout le temps au téléphone. Je lui ai raconté mes expériences, je l’encourageais. Je voyais à quel point il voulait mettre de la détermination dans la reconstruction du football italien », raconte l’Allemand, cité par TMW.

Maldini, explique-t-il, n’est pas parti faute d’idées. Au contraire. « Il avait des idées claires, mais dès le début je lui ai dit qu’il faut aussi sentir que le système est prêt à te suivre. Probablement, il ne l’a pas ressenti. » Phrase lourde de sous-entendus. Quand une légende comme Maldini estime que la structure ne suit pas, ce n’est pas seulement un problème de personnes, mais de culture et de volonté collective.

L’Italie au pied du mur

Où se situent alors les vrais problèmes de la Nazionale ? Bierhoff refuse de pointer un seul coupable.

« C’est un peu de tout », lâche-t-il d’abord, avant de détailler. Pour lui, ceux qui espèrent un retournement express se trompent de combat : « Il faut comprendre que les changements ne se feront pas en deux ou trois ans, ça prend du temps. »

L’Allemand parle d’expérience. L’Allemagne a connu sa propre révolution après les désillusions de la fin des années 90. « En 2000, nous avons changé nos méthodes d’entraînement, d’éducation, nous avons commencé à investir davantage dans les infrastructures, les stades, les académies. Nous pensions que cela prendrait dix ans. »

La récompense est apparue à l’écran en 2010, en Afrique du Sud. Une Mannschaft rajeunie, technique, spectaculaire, symbole d’un travail de fond assumé : « On a vu une Allemagne différente, avec des joueurs techniquement doués. Cela demande de la patience, mais aussi la conviction de dire : “il faut changer”. »

Bierhoff ne prétend pas donner des leçons à distance, mais il fixe une ligne claire : « On doit aller tout au fond pour pouvoir remonter au sommet. Il semblait que l’Italie avait atteint ce point et qu’elle avait commencé à dire : “ça suffit”. » Reste à savoir si le système italien aura la même constance que l’allemand au moment de tenir le cap sur une décennie.

Mancini, Klopp et la question des vrais champions

Le débat ne s’arrête pas aux structures. Il touche aussi les hommes sur le banc. Interrogé sur Roberto Mancini pour l’Italie et Jürgen Klopp pour l’Allemagne, Bierhoff ne se réfugie pas derrière des slogans.

Pour lui, le problème dépasse les sélectionneurs. « C’est difficile de le faire à court terme, il y a un manque de qualité en ce moment, avec tout le respect pour les joueurs », souligne-t-il.

Il convoque aussitôt les fantômes glorieux de 2006 : « L’Italie a gagné la Coupe du monde en Allemagne avec Totti, Del Piero, Pirlo, Cannavaro. »

Puis il retourne le miroir vers son propre pays : « Je regarde aussi l’Allemagne et je me demande : lesquels, aujourd’hui, sont à un niveau suffisamment élevé en Europe pour vraiment peser ? Ils s’en sortent, mais les vrais champions, ce sont des gars comme Lothar Matthäus, qui est allé en Italie pour devenir un top player. »

Le message est limpide : sans joueurs de très haut niveau, les meilleurs entraîneurs du monde ne peuvent que colmater. L’Italie comme l’Allemagne manquent de ces figures capables de changer un match, un tournoi, une génération.

France–Italie, un test brutal

En toile de fond de ces réflexions, un rendez-vous immédiat : le match de Nations League entre la France et l’Italie. Un choc qui, pour Bierhoff, illustre parfaitement l’écart actuel.

« Avec la France, on ne sait jamais. Ils peuvent battre n’importe qui 4-0 quand ils sont dans un bon jour, parce qu’ils sont très forts, comme l’Espagne aujourd’hui », prévient-il.

Pour Mancini, la mission s’annonce rude dès le départ : « Ce ne sera pas facile pour lui au début et ce sera certainement difficile aujourd’hui. »

Entre une France capable de frapper fort à tout moment et une Italie en reconstruction, le contraste est saisissant. D’un côté, une génération pleine, profonde, habituée aux sommets. De l’autre, un pays qui cherche encore comment relancer la machine, du centre de formation jusqu’au banc de la Nazionale.

Bierhoff, lui, ne promet pas de miracle. Il rappelle seulement une vérité que le football moderne a tendance à oublier : on ne reconstruit pas une sélection en un cycle de compétition. Ni en deux.

La vraie question, désormais, n’est plus de savoir si l’Italie doit changer. Elle est de savoir si elle aura la patience, la cohérence et le courage de tenir ce changement jusqu’au bout.